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Les défis du Parti démocrate

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Les démocrates peuvent se féliciter d’avoir sauvé les États-Unis et le monde d’un second mandat de Donald Trump, mais leur victoire est loin d’être totale.

Déloger un président en exercice dont le parti n’a fait qu’un seul mandat n’est pas une mince affaire aux États-Unis. C’est arrivé en 1980 avec la victoire de Ronald Reagan contre Jimmy Carter, mais il faut remonter à la fin du 19e siècle pour trouver un autre président battu dans de telles circonstances. 

Joe Biden et les démocrates sont en droit de célébrer une victoire convaincante, mais la fête est assombrie par un léger recul à la Chambre des représentants et une avancée insuffisante au Sénat, dont le contrôle pourrait bien leur échapper.

Le jeu des reproches

Le Parti démocrate est reconnu pour ses chicanes internes et ses membres n’ont pas tardé à s’engager dans la distribution des reproches pour tenter d’expliquer leur contre-performance. 

Plusieurs candidats modérés défaits dans des districts où les luttes étaient serrées pointent du doigt la gauche du parti, dont la réputation de radicalisme était brandie par leurs adversaires républicains comme un épouvantail.

Notamment, suite à un été marqué par la violence dans plusieurs villes, les appels à couper les vivres aux forces policières étaient mal reçus par l’électorat frileux des banlieues, qui a fait confiance à Joe Biden mais qui craignait la gauche de son parti.

Le yin et le yang

Cette nouvelle gauche, personnifiée par des représentants élus dans des districts sûrs, a parfois des mots durs pour ses collègues centristes. De telles chicanes nuisent à la cause démocrate.

En fait, comme le yin et le yang, l’aile gauche et l’aile plus modérée du parti sont aussi nécessaires l’une que l’autre au succès des démocrates. 

La gauche apporte au parti les idées nouvelles et l’enthousiasme pour mobiliser les militants. On peut probablement créditer ce niveau d’énergie pour les millions de nouveaux participants au vote qui ont donné à Joe Biden un nombre record de voix.

Comme la victoire de Biden l’a démontré, toutefois, les démocrates modérés sont plus nombreux et les politiciens qui cherchent à promouvoir les valeurs progressistes en privilégiant les consensus à la confrontation sont en bien meilleure posture pour se rallier les indépendants et les républicains qui rejettent le trumpisme.

Chercher l’équilibre

Après le 20 janvier, les républicains devront affronter des divisions profondes qui donneront aux démocrates l’occasion de consolider leurs appuis et d’éviter un retour de la vague trumpiste.

Pour ce faire, ils devront reconnaître la complémentarité entre modérés et progressistes comme un atout. La gauche devra adapter ses propositions au pragmatisme imposé par le cadre institutionnel. Quant aux modérés, les défis qui les attendent demanderont plus que des timides demi-mesures. 

Une bonne partie du succès de la campagne de Joe Biden et de Kamala Harris est justement attribuable à l’équilibre entre le pragmatisme rassurant de l’un et le progressisme énergique de l’autre. 

Reste à savoir si les démocrates du Congrès en tireront les leçons qui s’imposent.