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Michel Hamelin: c’est fini la boxe

Jean Douville Michel Hamelin
Photo d’archives Grâce à Michel Hamelin, l’application des règles de la Régie des alcools, des courses et des jeux a atteint un nouveau sommet.

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Les plus jeunes et les moins initiés étaient terrorisés par Michel Hamelin. Celui qu’on appelait amicalement « le commissaire » régnait sur la sécurité de la boxe et des sports martiaux au Québec depuis plus de 10 ans.

C’est fini. Michel Hamelin a prévenu les patrons de la Régie des alcools, des courses et des jeux qu’il était rendu à la croisée des chemins. Son contrat annuel prend fin en janvier et Hamelin a décidé que c’était assez. Qu’il passe à autre chose. Il a remis sa démission.

Et homme de groupe s’il en est un, Hamelin a prévenu ses employés et ses camarades œuvrant à la sécurité des sports de combat très tôt hier matin en les remerciant chaleureusement. La nouvelle devrait être confirmée aujourd’hui ou demain à Rimouski.

« FACE DE BEU »

Michel Hamelin a appris à côtoyer la police pendant 30 ans, à être intimidant. Les journalistes riaient souvent de ses photos dans les journaux ou des prises de caméra à la télévision où il affichait « sa face de beu ». Il savait se faire obéir et avait la mèche courte. Dans l’exercice de ses fonctions, il n’avait pas le sourire facile. Il en riait lui-même après la soirée qui, la très grande majorité du temps, s’était déroulée à la perfection. 

Hamelin était très exigeant. Et avec lui, l’application des règles de la Régie a atteint un nouveau sommet. Comme le soulignait le promoteur Camille Estephan plus tôt ce mois-ci, Hamelin aura apporté quelque chose de très important à la boxe professionnelle au Québec.

« Un gala présenté à Thetford Mines ou au Centre Bell devait être organisé de la même façon. Avec lui et son équipe, les boxeurs étaient en sécurité. Il n’y avait pas de petit gala pour la sécurité, les boxeurs étaient toujours premiers », de dire le promoteur.

ANNÉES DE GLOIRE

Hamelin a vécu les années de gloire de la boxe professionnelle. Il était là pour les titres mondiaux de Jean Pascal, de Lucian Bute, d’Adonis Stevenson, de David Lemieux. La situation de village gaulois du Québec dans la boxe internationale aura permis au patron de la Régie de rencontrer et de connaître des promoteurs célèbres comme Oscar De La Hoya, Bernard Hopkins, Bob Arum, Frank Warren, Yan Pellerin, Kathy Duva ou Eddie Hearn. Il avait la stature pour imposer ses normes. Ce qui n’était pas toujours évident. 

Vous auriez fait quoi avec Don King, qui venait de se mettre deux doigts dans une prise de courant à en juger par sa coiffure ?

Mathieu Boulay, Nancy Audet, Luc Legendre et quelques autres l’ont vu parler fort et mettre le poing sur la table pour régler des problèmes de gants ou de dimension de ring. 

Et je n’oublierai jamais le premier combat de Sadriddin Akhmedov à Québec. Sadriddin a du front tout le tour de la tête et a de la graine de champion. Il avait gelé un Mexicain en 10 secondes. Sans respecter la tradition de toucher les gants au début du combat.

Michel Hamelin était furieux. Il avait rejoint Anna Reva et Akhmedov dans l’allée conduisant aux vestiaires. Il fulminait. Il parlait à Mme Reva, qui tentait de traduire en kazakh les propos du « commissaire » pendant que Sadriddin n’arrêtait pas de justifier son geste.

« Écoute-moi Anna, je le sais pas comment tu vas lui dire en russe ou en kazakh... mais dis-lui qu’y ferme son hostie de gueule ! »

Akhmedov se l’était fermée.

DEUX ANNÉES PÉNIBLES

Les deux dernières années auront été pénibles pour Hamelin. Il détestait se retrouver coincé avec les demandes de nouveaux candidats promoteurs comme Yan Pellerin, alors que la Régie et la police avaient certaines réserves. En plus, il se retrouvait à tenter de démêler les ententes entre Pellerin, ses partenaires et Yvon Michel. On sait que la Régie a finalement suspendu le permis de promotion d’Yvon Michel pour deux semaines.

Ces conflits semblaient avoir fait perdre à Michel Hamelin une grande partie du plaisir de travailler. Les journalistes et ses proches s’en rendaient compte.

Il ne faut pas oublier que le poste qu’il occupait en est un qui exige de la passion. Il faut connaître le milieu québécois et international de la boxe, connaître les individus, connaître les alliances, approuver les bonnes décisions et sanctionner les bons combats. Il faut surtout marcher droit et avoir de la colonne vertébrale. 

Son successeur devra être choisi avec soin. Et surtout, comme dans toute bureaucratie chronique, on sera tenté de choisir un comité ou de simples fonctionnaires. Une décision à éviter à tout prix. Ce serait faire reculer la boxe de 40 ans et la replonger entre les mains des mafieux et des magouilleurs.  

Finalement, Michel Hamelin a pris sa décision. Remettre sa démission et, au printemps, dès que la COVID le permettra, monter à bord d’un VR et s’offrir des kilomètres et des kilomètres de liberté et de sainte paix.

Ne lui manque plus qu’un Harley...

DANS LE CALEPIN | Faudrait demander conseil à Jean Langevin, un des inspecteurs de la Régie. Il a été impliqué jusqu’au cou dans la formule 1. Il a survécu à Jean Todt, à Craig Pollock, à Bernie Ecclestone. Autrement dit, il a déjà sa veste pare-balles...