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Racisme, misogynie et homophobie: une «culture toxique» à la GRC

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Une «culture toxique règne à la GRC», selon un rapport dévoilé jeudi qui mentionne que cette situation encourage ou permet «les attitudes misogynes, racistes et homophobes».

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Il s’agit du constat fait par l’ex-juge de la Cour suprême du Canada Michel Bastarache et son équipe, qui ont examiné 3086 réclamations de femmes liées à deux recours collectifs pour discrimination et harcèlement basés sur leur genre et leur orientation sexuelle et mené 644 entrevues individuelles auprès de certaines femmes qui ont travaillé pour la Gendarmerie royale du Canada (GRC).

«Le problème est de nature systémique et ne pourra être corrigé uniquement en sanctionnant quelques "brebis galeuses"», a conclu Michel Bastarache.

Parmi les détails les plus troublants, ce document mentionne que plus de 130 femmes ont subi une agression sexuelle avec pénétration.

D’autres ont été victimes de harcèlement, de commentaires sexistes, de menaces, de racisme ou d’attouchements. 

  • Écoutez l'analyse d'Antoine Robitaille et de Caroline St-Hilaire avec Benoit Dutrizac sur QUB radio:   

Il recommande au gouvernement fédéral de procéder à un vaste examen externe et indépendant sur la GRC.

«Je suis d'avis qu'il est très peu probable que le changement de culture vienne de l'intérieur de la GRC. Cette dernière a eu de nombreuses années pour procéder, a fait l'objet de nombreux rapports et recommandations, et pourtant les comportements inacceptables continuent de se produire», a précisé M. Bastarache.

«Si des mesures concrètes ne sont pas prises, la GRC se retrouvera à nouveau au même endroit dans quelques années», a ajouté celui qui a formulé 52 recommandations pour lutter contre le sexisme et l’homophobie à la GRC.

Inacceptable, selon la GRC

La commissaire de la GRC Brenda Lucki et le premier ministre fédéral Justin Trudeau ont reconnu les problèmes au sein de la police fédérale, sans toutefois favoriser la mise sur pied d’une enquête externe pour les régler.

«Nous savons qu’il y a beaucoup de travail à faire, mais il n’y a personne qui devrait travailler dans un milieu où [elles] sont assujetties à ce genre de pressions, de harcèlement. C’est pour ça que nous nous sommes engagés à réformer la GRC et nous travaillons actuellement là-dessus», a dit M. Trudeau.

De son côté, la grande patronne de la GRC a affirmé que la lecture du document a été «pénible» et «difficile» pour ces comportements qualifiés d’«inacceptables».

«Je suis furieuse pour ce que ces femmes et leurs familles ont subi, a mentionné Brenda Lucki en conférence de presse téléphonique. Je suis profondément désolée.»

Disant avoir été victime de discrimination dans son milieu de travail, la première femme à diriger la GRC de manière permanente a déclaré que la culture au sein de son corps de police change depuis son entrée en poste, il y a environ deux ans et demi.

«Nous avons fait des progrès depuis, a-t-elle dit. Mais nous avons encore beaucoup de travail à faire.»

Elle a souligné qu’une meilleure sélection à l’embauche, des changements dans la formation des recrues, l’arrivée d’une nouvelle génération qui n’accepte plus les mêmes comportements, la mise sur pied d’une structure indépendante pour accueillir et traiter les plaintes et des activités de sensibilisation auprès des employés sont autant de mesures qui permettent d’enrayer le fléau qui mine la GRC.

Le rapport de Michel Bastarache a été fait en marge de deux recours collectifs intentés par des femmes contre la GRC. Ces recours ont fait l’objet d’une entente en 2016 et ont été approuvés par la Cour fédérale. Depuis, 2304 réclamations répondant aux critères ont été approuvées. Le total des dédommagements dans cette affaire s’élève à plus de 125 M$, selon le document.

Le patron de la GRC en 2016, Bob Paulson, avait d’ailleurs présenté des excuses officielles aux victimes.