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Des chevaliers à Ottawa

Conf presse Mélanie Joly Pierre Fitzgibbon
Photo Chantal Poirier Mélanie Joly

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Plusieurs ont souligné les contradictions au sein du Parti libéral du Canada sur la question de la défense du français. Personnellement, je préfère tourner les projecteurs vers le courage de ceux qui agissent comme des agents de changement dans ce parti. Ils ont fait bouger les choses. Symboliquement ou réellement ? On verra.

Rappel historique : lorsque le PQ a déposé la loi 101 à la fin des années 70, le Parti libéral, alors dirigé par Pierre E. Trudeau, a fustigé de toutes les façons cette initiative. Les efforts du gouvernement péquiste de Lévesque pour protéger le français ne récoltaient que du mépris à Ottawa.

Gros changement

Les choses ont bougé un peu au fil des ans, mais l’esprit général de la Charte québécoise de la langue française heurtait de front la vision des droits des minorités du PLC. Souvent, les libéraux ont préféré se coller sur les doléances de la minorité anglophone du Québec, faisant fi de l’évidence que cette « minorité » fait partie de l’immense majorité linguistique de ce continent. Qui n’est pas menacée de perdre sa langue...

Depuis quelques semaines, et notamment dans le discours du trône, le langage libéral a vraiment changé. Au moment même où le débat s’est intensifié au Québec. Puis les déclarations de la députée Lambropoulos, mettant en doute le problème du français à Montréal, ont forcé ses collègues à parler plus fort.

On a alors clairement senti la détermination d’un groupe de députés du Québec à infléchir le parti de Justin Trudeau. Sur la place publique, Mélanie Joly a mené la charge. Elle a exprimé sa distance avec les propos de sa collègue. Madame Joly a pris du galon et a gagné une crédibilité dans le dossier linguistique.

Cette mouvance inclut d’autres élus québécois comme le leader Pablo Rodriguez, la ministre Diane Lebouthillier, les députés Joël Lightbound et Soraya Martinez Ferrada. Ils s’appuient aussi sur des ministres poids lourds comme François-Philippe Champagne et Jean-Yves Duclos. Ce n’est plus une force négligeable à l’intérieur du caucus de Justin Trudeau.

Le temps d’agir

Ces libéraux ont réaffirmé leur adhésion à l’esprit de la loi 101. Ils soutiennent une réforme de la Loi sur les langues officielles du Canada plus adaptée au problème linguistique québécois de 2020. Plus encore, ils ont annoncé une ouverture à collaborer avec le gouvernement Legault au renforcement des mesures de défense du français. 

Advenant que cette collaboration se matérialise, elle change le cours de l’histoire. Si la réforme que s’apprête à déposer Simon Jolin-Barrette est aussi musclée que ce qu’on nous annonce, elle va faire des vagues et rencontrer des oppositions. Il aura besoin d’alliés. Le Bloc est un naturel, les conservateurs répondent présents, mais les libéraux de Justin Trudeau détiennent le pouvoir.  

Quelques gros tests s’en viennent en matière linguistique pour les chevaliers libéraux à Ottawa. Au-delà des principes, il faudra voter, agir. 

C’est ce jour-là qu’on devient preux chevalier ou don Quichotte.