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«Fairfly»: pas facile de changer le monde

«Fairfly»: pas facile de changer le monde
PHOTO COURTOISIE / Suzane O'Neill / Théâtre La Licorne

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Se battre pour conserver son emploi dans une multinationale irrespectueuse de ses employés ou lancer sa propre entreprise et, pourquoi pas, changer le monde au passage? Attention, toutefois, à ne pas sacrifier ses valeurs et revenir à la case départ, poches vides en sus... 

Le quatuor d’amis (interprétés par Mikhaïl Ahooja, Sonia Cordeau, Simon Lacroix et Raphaëlle Lalande) au cœur de la pièce Fairfly, présentée en webdiffusion par le Théâtre La Licorne, vit les grandeurs et les misères de la création d’une entreprise en démarrage. 

Mentionnons-le tout de suite: si certaines productions scéniques perdent saveur et mordant lorsque regardées à travers un écran, ce n’est pas le cas de Fairfly, mise en scène par Ricard Soler Mallol d’après le texte du catalan Joan Yago Garcia (traduction d’Elisabet Ràfols et de Maryse Warda).

Derrière la caméra, le réalisateur Julien Hurteau a focalisé sur les regards et les actions des protagonistes, et le produit fini se consomme aussi aisément qu’un téléfilm.

«Fairfly»: pas facile de changer le monde
PHOTO COURTOISIE / Suzane O'Neill / Théâtre La Licorne

Voir grand

Un courriel envoyé par la compagnie Lesage Lepage Nutrition et Développement à ses employés suscite la panique chez quatre d’entre eux, qui se réunissent, bière et pizza à la main, pour évaluer la situation.

On évoque une «restructuration et une réduction drastique du personnel». Aucun de nos complices n’a encore reçu son 4%, mais la menace plane.

Que doivent-ils faire alors? Se battre pour conserver un travail qu’ils aiment de toute façon plus ou moins, ou repartir à neuf en démarrant leur propre entreprise de purées artisanales pour bébés? Belle occasion, par le fait même, de «changer le monde». De lutter contre les changements climatiques. De voir grand!

Chacun ira de ses envolées et de ses propositions sympathiques ou loufoques. Le fantasme sera-t-il viable? Pendant trois ans, on y croit, on s’emballe, on s’engueule, on se trahit, on se désillusionne. Et on y croit encore. Désorganisés, mais déterminés. On affronte les géants.

Dans les 10 dernières minutes, une brique tombe et scinde complètement le petit groupe. Le rêve aurait-il dû demeurer à son état originel de rêverie?

«Fairfly»: pas facile de changer le monde
PHOTO COURTOISIE / Suzane O'Neill / Théâtre La Licorne

Tiède résultat

Fairfly compte pour principale force ses quatre acteurs attachants, généreux et charismatiques à souhait, qui arrivent à rendre parfois amusante une trame qui ne l’est pas d’emblée. Et qui s’avère plutôt grinçante dans le contexte social actuel.

On décerne nos premières étoiles à une Sonia Cordeau toujours aussi expressive d’une simple intonation ou d’un regard furtif, et à un Simon Lacroix déjanté. Les dialogues, intelligents et bien tournés, déversés sans répit, nous laissent à peine souffler.

Mais quelque chose ne colle pas avec Fairfly. On y cherche ce je-ne-sais-quoi qui nous titillerait la fibre émotive, qui nous sensibiliserait réellement au sort de ces jeunes bien de leur temps, déchirés entre confort et idéaux. Est-ce que leur quête manque de folie, de couleur?

C’est peut-être là le hic. La joute verbale de Fairfly divertit, mais ne transporte pas, ne désopile pas, ne fait pas rêver. Son sujet est parfaitement d’actualité, mais peu propice à la créativité.

Le résultat n’est pas froid. Il est tiède. Comme une purée fade au premier goûter, qu’on aurait le goût de retourner au micro-ondes quelques secondes pour qu’elle nous fasse plus d’effet. Les intentions sont nobles, mais le produit manque d’attrait.

On peut voir Fairfly en ligne au coût de 20$ jusqu’au 12 décembre. On consulte le site du Théâtre La Licorne pour plus d’informations (theatrelalicorne.com).