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Le beau risque de Noël

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En proposant aux Québécois son « contrat moral » pour les fêtes, François Legault prend deux importants risques.

D’abord de relancer la pandémie jusqu’à en perdre le contrôle.

Ensuite, de mettre en furie nombre de Québécois qui estiment qu’on en fait déjà trop, notamment les restaurateurs.

Mais a-t-il le choix ?

Plusieurs Québécois estiment déjà avoir été excessivement privés de contacts familiaux. Ils sont résolus à voir leurs proches et fêter, peu importe ce que le gouvernement préconise.

Abstinence

Ainsi, annuler totalement le temps des Fêtes aurait comporté un risque peut-être plus grand encore.

Les Noëls clandestins se seraient probablement déroulés au mépris de toute règle. Mais surtout, la « santé mentale », comme on dit, et plus généralement le moral en auraient pris un coup chez plusieurs.

C’eût été, m’a lancé un collègue, comme ces parents puritains prônant l’abstinence, en matière sexuelle, à leurs adolescents : « Ça ne fonctionnerait pas, de toute manière ! »

Mieux vaut, donc, permettre, mais expliquer, baliser, tenter de minimiser le risque.

Bye Bye

En cela, le choix du « contrat moral » est un « beau risque ».

L’annulation d’une fête sur les deux les plus ancrées dans nos traditions, avec un choix clair pour Noël aussi.

Au jour de l’An, on retournera chacun dans notre bulle, devant nos écrans. « On regarde le Bye Bye », a bien résumé François Legault. (Il ne peut être raté cette année, tellement cette année fut dingue.) Rarement peut-être n’aura-t-on été aussi sincère dans nos vœux pour l’année qui vient.

Au reste, s’assurer, un peu avant Noël, de faire l’école à distance est bien avisé aussi. Mais a-t-on vraiment tout le matériel nécessaire pour tous ?

Il faut saluer qu’on ait renoncé à annuler – encore – une ou deux semaines d’école, selon le scénario qui circulait. Les enfants et les jeunes, le monde scolaire, les apprentissages ont déjà assez souffert ainsi.

Contrat à améliorer

Néanmoins, dans quelle proportion les Québécois respecteront-ils suffisamment ces consignes spéciales, notamment les 10 personnes maximum ?

Tout dépendra de la capacité, pour les autorités, de marteler les messages. Or, ceux-ci, hier soir, n’étaient pas toujours aussi clairs qu’il l’eût fallu.

On en a même rajouté certains au fur et à mesure de la conférence de presse. C’est presque avec un « en passant » que le premier ministre a précisé que les déplacements interrégionaux n’étaient pas recommandés. Ce n’est pas un détail dans cette période de l’année !

Aussi, un contrat, ça s’améliore. Et comme le notait la cheffe de l’opposition Dominique Anglade hier, le gouvernement devrait d’ici quelques jours y ajouter des clauses. Notamment :

• qu’il s’engage plus clairement et résolument à dépister les personnes asymptomatiques ;

• qu’il fasse de nouvelles annonces visant à « faciliter et améliorer l’éducation à distance ».

Il faudrait aussi rappeler avec plus d’insistance les consignes liées à la contamination par aérosol.

Sur le strict plan de la santé publique, il aurait été mieux, dans les circonstances actuelles (un plateau instable de cas), de tout annuler.

Mais il n’y a pas que la lutte à la pandémie dans notre vie. Noël 2020 mérite un beau risque.