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Le Québec vu de loin

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Vu de loin, depuis Cuba, le Québec me semble un champ de bataille où tous les coups semblent permis. Je ne nous reconnais plus. Les accusations de racisme systémique fusent de toute part, surtout depuis la mort déplorable de Joyce Echaquan, cette femme autochtone décédée à la suite de mauvais traitements à l’hôpital de Joliette.

Les contestataires de la loi 21 accusent les pro-laïcité d’islamophobie et de racisme et même le juge de la cour supérieure qui entend la cause actuellement semble afficher une partialité qui, si elle est avérée, déshonore sa fonction.

Le français est de plus en plus menacé à Montréal, aussi bien dans les offres de service que dans l’affichage et les nouvelles générations ne s’en préoccupent guère.

Les petits caporaux bien-pensants force l’interdiction de certains mots chargés d’un lourd passé colonial, reconstruisant l’histoire à leur manière et nous culpabilisant pour la blancheur de notre peau.

Et, comme si ça ne suffisait pas, le premier ministre François Legault, qui n’a pas nécessairement ma sympathie, est contesté pour sa gouverne de la crise de la pandémie, tout comme est contesté le port du masque hygiénique, alors que le nombre de nouveaux cas quotidiens se situent au-dessus des 1100. Désespérant.

L’exemple cubain

Au sujet du racisme systémique, je voudrais citer l’exemple de Cuba, pour contribuer modestement au débat en cours au Québec.

L’an dernier, le gouvernement cubain a mis en place un Programme national contre le racisme et la discrimination raciale. De toute évidence, et selon les statistiques officielles, Cuba est un pays métissé, aussi bien biologiquement que culturellement, avec des gènes européens, africains, autochtones et asiatiques, ces deux derniers dans une moindre mesure.

Le racisme, qui consiste à justifier l’exploitation et l’oppression d’un groupe sur un autre, a existé et existe encore dans tous les pays. Bien souvent, la couleur de la peau désigne ceux qui sont supérieurs et ceux qui sont inférieurs. À Cuba, le racisme a été combattu dès les tout débuts de la geste d’indépendance, au XIXe siècle. Avec la Révolution de

1959, le caractère métissé de la nation a été reconnu comme faisant partie de la cubanité.

Mais, même après soixante ans de révolution et l’adoption de lois interdisant la discrimination raciale, celle-ci existe encore. D’ailleurs Fidel l’avait reconnu en l’an 2000, dans un discours célèbre prononcé dans une église de Harlem, à New York : « Nous ne prétendons pas présenter notre patrie comme un modèle parfait d’égalité et de justice. Nous avons cru, au début, qu’il suffisait de voter des lois contre toute manifestation de discrimination sexuelle ou raciale, pour que celle-ci disparaisse. Mais nous avons découvert sur le tard que la marginalité, et avec elle la discrimination raciale ne se suppriment pas avec une loi, ni avec dix, et même après 40 ans, nous n’avons pas réussi à la supprimer totalement. »

Deux ans auparavant, au congrès des écrivains et artistes, il avait abordé la même question en ces termes : «Nous avons cru qu’en ouvrant les clubs privés à toute la population, ainsi que les plages, les écoles et les universités, nous allions ainsi éliminer la discrimination. Nous avons pensé qu’en supprimant les classes sociales, les riches et les exploiteurs, nous allions créer l’égalité des chances pour tous. Mais, plus tard, nous nous sommes rendus compte que la discrimination revêt un aspect social et culturel.»

Alors, y a-t-il un racisme systémique à Cuba ? Certainement pas, mais le Programme national contre le racisme et la discrimination raciale va se déployer à travers tout le pays d’ici la fin de l’année pour tenter d’éradiquer (à jamais ?) toute manifestation et tout comportement basés sur la couleur de la peau.

Y a-t-il un racisme systémique au Québec, pays également fortement métissé ? Certainement pas. Mais pour satisfaire toutes les parties, pourquoi ne pas instaurer, plutôt qu’une commission sur le soi-disant racisme systémique au Québec, un tel programme national pour sensibiliser la population et les nouvelles générations aux valeurs de l’antiracisme et de l’égalité pour tous, où seraient expliqués notre mixité européenne et autochtone, ainsi que l’apport des grands courants migratoires au Québec ?