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Noël à l’ère de la COVID

Conférence COVI-19 - Coronavirus
Photo POOL, Josie Desmarais / Journal Métro François Legault

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Est-ce la pandémie qui fait que nous sommes tant obsédés par le temps des Fêtes ? D’où le suspense surréaliste précédant l’annonce faite hier par le premier ministre François Legault d’un « plan Noël » des plus officiels.

Pendant que le Québec se dirige vers un sommet de 7000 morts de la COVID-19 – le bilan le plus tragique au pays –, la « discussion » nationale porte sur la façon de fêter Noël. 

Il est vrai que nous avons besoin de voir nos proches. Que nos nerfs sont à bout. Le problème est que la pandémie, elle, ne prend pas de pause. En toute logique, Noël devrait se limiter au même foyer avec notre famille immédiate. Question de tenter d’éviter une 3e vague du virus en janvier. 

Le premier ministre a pris un autre chemin. Celui d’un « contrat moral » avec les Québécois. Une semaine tampon de « confinement volontaire » avant Noël et une après, pour limiter nos contacts. L’échange ? Quatre jours de rassemblements intérieurs, du 24 au 27 décembre, à 10 personnes max.

Ses raisons ? La « famille », dit M. Legault est essentielle. Très vrai. Aussi la crainte, sûrement, de voir plein de Québécois se réunir quand même et n’importe comment. 

Il aurait pu cependant inviter les gens à rester chez eux pour fêter. Bien sûr qu’il n’aurait pas convaincu tout le monde. À l’impossible, nul n’est tenu. Un message aussi fort aurait néanmoins pu en convaincre plusieurs.  

Principe de précaution

Or, qui dit « contrat moral », dit nécessairement « acte de foi ». Car on aura beau souhaiter que les deux semaines tampons soient respectées, la vie dans la communauté continuera pendant ce temps-là. 

Avec un virus aussi insidieux et contagieux, des rassemblements intérieurs à plus d’un ménage seront également risqués. Particulièrement pour les personnes à la santé plus fragile, qu’elles soient âgées ou non. 

Alors, que reste-t-il ? L’autoresponsabilisation. Exercer notre propre devoir de précaution. Appliquer le principe de réalité. Le message, on nous le martèle d’ailleurs depuis des mois : réduire nos contacts le plus possible.

Y faire exception pour le Noël 2020 pose donc un risque concret. On ne s’en sort pas. Des vies sont en jeu. Des enseignants sont épuisés par les nombreuses éclosions dans des écoles souvent vétustes et mal ventilées. 

Des travailleurs de la santé tiennent par un fil. Des milliers de proches aidants sont exténués. Près de 7000 familles au Québec pleurent encore un être cher, fauché brutalement par la COVID-19. La réalité plate, c’est celle-là.

Un pari risqué

Le « plan Noël » du gouvernement, comme ailleurs dans le monde, n’est pas de la science exacte. En pandémie, cela tombe sous le sens. Son travail est avant tout celui d’un équilibriste. 

Personne ne voudrait prendre sa place devant des arbitrages aussi difficiles à faire en pandémie mondiale. Le premier ministre, c’est clair, veut donner une « pause » aux gens avec des règles relativement simples. 

La motivation du « contrat social » est noble. Nul doute. On souhaite très fort qu’il ait visé juste. Par précaution, ne vaut-il pas mieux s’autoresponsabiliser d’abord et avant tout ? 

Ma grand-mère disait ceci de très sage : « Quand tu te frappes à un mur dont tu n’es pas responsable, il te reste toujours ta propre responsabilité d’action. »