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Sourire triomphant après que justice eut été rendue

Victime de son entraîneur de soccer, elle appuie la démarche du gouvernement

GEN - PROCÈS DE GUYLAIN BONNET
Photo Martin Alarie À sa sortie du palais de justice, jeudi dernier, Éliane Viau a voulu prendre la parole pour les victimes d’agressions sexuelles après la condamnation de son ex-entraîneur.

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SAINT-JÉRÔME | Fière d’être allée jusqu’au bout de sa démarche, une ancienne joueuse de soccer récréatif, qui a été agressée par son entraîneur il y a 25 ans, croit fermement à la nécessité d’avoir un bureau indépendant pour enregistrer les plaintes formulées par les victimes.

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« Je vois ça d’un bon œil. Dans mon cas, on n’avait pas eu une bonne collaboration de la part de l’association. Quand j’ai appelé, on m’a dit qu’ils avaient eu vent d’affaires comme celle-là concernant mon coach, confie Éliane Viau, 40 ans, appelée à commenter l’annonce du gouvernement. J’étais choquée. »

La semaine dernière, l’ancienne joueuse de soccer avait le torse bombé et l’air triomphant, à sa sortie du palais de justice de Saint-Jérôme.

Son agresseur venait de reconnaître les gestes qu’il avait commis après un match de soccer à Sainte-Thérèse, en 1996.

Pas d’anonymat

Afin de prendre la parole, elle a demandé au tribunal de retirer l’ordonnance qui préservait son anonymat en tant que victime.

« Je suis fière d’être passée par le processus de la guérison et des accusations. Je suis fière de la finalité, de m’être rendue là ! Je ne veux pas me cacher », confie Mme Viau.

Selon elle, il ne fait aucun doute qu’un bureau « neutre » doit recevoir les plaintes.

« Ce serait excessivement aidant. Dans mon cas, l’association [semblait protéger] l’entraîneur, et c’était du récréatif. Imaginez quand c’est pour des entraîneurs de performance », fait-elle valoir.

La physiothérapeute de profession avait toutefois un message rassurant à adresser aux parents qui laissent leurs enfants entre les mains d’individus qu’ils ne connaissent pas ou à peine.

« Il ne faut pas soupçonner tout le monde non plus, dit Mme Viau. Il faut être à l’affût des comportements ou des paroles déplacés. Autant les parents que les joueurs. Il faut en parler [aux enfants]. »

« Même si le coach a juste un comportement louche, si un parent a un soupçon, s’il vous plaît, faites une plainte. Il ne faut pas hésiter à en parler, insiste la survivante. L’inconduite sexuelle n’a pas sa place dans le sport. Les médailles n’en valent pas la peine. »

La mère de deux enfants souhaite également redonner ses lettres de noblesse au système judiciaire, dont la réputation a été écorchée par la vague de dénonciations sur les réseaux sociaux.

« Je suis tannée que les gens disent qu’ils ne font pas confiance au système de justice, lance Éliane Viau avec agacement. Oui, il est fastidieux, mais il est bon. Il y a des ressources. La preuve, c’est moi qui ai pris presque toutes les décisions. »

En inspirer d’autres

Après des années de détresse psychologique et de thérapie, la courageuse femme désire maintenant inspirer d’autres victimes à dénoncer leur agresseur à la police. Elle conseille de commencer par en parler à son entourage, si ce n’est déjà fait. « C’est ainsi qu’on se désensibilise et qu’après on peut aller chercher de l’aide pour entamer le processus », affirme Mme Viau.

Comme après une partie remportée, elle s’est permis, ce jour-là, de célébrer avec une amie quelques consommations, et la conviction du devoir accompli. 

Il plaide coupable d’avoir touché sa joueuse de 15 ans    

L’ex-coach de soccer d’Éliane Viau a écopé d’une sentence d’un an et demi à purger dans la collectivité pour l’avoir agressée sexuellement alors qu’elle avait 15 ans, au milieu des années 1990.

« Estimez-vous chanceux que le sursis était encore possible à l’époque. Aujourd’hui, la peine aurait été la prison. »

C’est ainsi que le juge Paul Chevalier a sermonné l’accusé au moment d’entériner la suggestion commune d’une peine de 18 mois, le 12 novembre, au palais de justice de Saint-Jérôme.

Aux yeux de la victime, la peine prononcée contre son agresseur n’avait toutefois que très peu d’importance. Le procureur de la Couronne, Pierre-Alexandre Krupa, a d’ailleurs précisé qu’il n’aurait pas accepté une peine si clémente, n’eût été le choix de Mme Viau.

« Je visais simplement l’accusation, sa reconnaissance des faits et l’épée de Damoclès au-dessus de sa tête, pas le verdict. Et c’était très satisfaisant », observe-t-elle.

Chambre à coucher

Quelques minutes plus tôt, Guylain Bonnet, 51 ans, venait de plaider coupable à une accusation de contact sexuel sur une adolescente, auprès de laquelle il était en situation d’autorité.

Les faits se sont produits un soir de l’été 1996, alors qu’elle jouait pour l’équipe de soccer récréatif de Bonnet, à Sainte-Thérèse.

Après un match, l’homme, qui avait à l’époque 27 ans, l’a invitée chez lui. Ils ont bu quelques bières ensemble avant qu’il dirige sa joueuse vers sa chambre à coucher.

Il a alors profité de la situation pour pousser sa victime contre le lit et lui soutirer son pantalon. Celle-ci lui a immédiatement demandé d’arrêter, mais Bonnet avait déjà eu le temps de commettre son crime.

Le quinquagénaire, qui entraînait jusqu’à récemment l’équipe de hockey-balle de son fils, devra notamment se soumettre à une probation de trois ans et apparaîtra au registre des délinquants sexuels durant 20 ans. Il ne doit pas communiquer avec sa victime ou des enfants de moins de 16 ans, et ne doit pas se trouver dans des lieux comme un parc sans l’accompagnement d’un adulte au fait du dossier.

– Avec Christian Plouffe