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L’histoire forestière du Québec : source de fierté

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Dans les débats publics qui touchent le passé forestier du Québec, cette histoire est toujours présentée sous des épithètes cataclysmiques. Pourtant...

Entre environ 1850 et 1930, le Québec vivait une saignée de sa population au profit de la Nouvelle-Angleterre. Pour donner une idée, au tournant des années 1900, il y avait environ 600 000 francophones qui vivaient en Nouvelle-Angleterre alors que la population du Québec était à peine de 1,6 million.

Cette « saignée » coïncida avec la naissance de l’industrie des pâtes et papiers. Le gouvernement sauta sur l’occasion pour favoriser l’enracinement des « canadiens » (alors les francophones) à la terre par l’agriculture.

L’industrie papetière naissante offrait non seulement de l’emploi aux agriculteurs pendant la saison morte, mais apportait au gouvernement de nombreux capitaux qui faisaient alors défaut. De plus, c’était une industrie parfaitement adaptée aux zones alors inaccessibles. Elle représentait donc une occasion en or pour promouvoir la colonisation des régions et « garder son monde » face à l’attrait des manufactures étasuniennes.

Reine

Rapidement (1910), il fut aussi décidé que tout le bois coupé sur les terres de la Couronne devait recevoir sa première transformation au Québec. Les usines de pâtes et papiers s’installèrent donc dans nos contrées et y créèrent des emplois plutôt que de rester au sud de la frontière. Une exigence toujours en vigueur.

Dans la même période, un grand chantier de classification rigoureuse des sols fut entrepris. L’objectif était de délimiter les terres où les agriculteurs pourraient s’investir de celles qui pouvaient être laissées à l’industrie forestière. Historiquement, les terres furent ainsi divisées : les sols riches étaient privatisés au profit des colonisateurs pendant que les sols pauvres étaient laissés à l’industrie forestière et dans le domaine public.

De fait, les concessionnaires forestiers avaient deux grands « ennemis » : le feu et les colonisateurs. Ils savaient très bien que si un sol propice était trouvé dans leurs concessions, le gouvernement allait se dépêcher de le céder à de futurs paroissiens.

Comment cela pouvait-il être possible alors que l’on « sait bien » que l’industrie était reine? Tout simplement, parce qu’une concession forestière était essentiellement un droit de coupe de 12 mois sur un territoire donné. C’est tout. Après ce délai, le gouvernement pouvait, à sa convenance, reconduire ce droit. Bien sûr, ce fut très

généralement le cas. Mais bien souvent, pas avant d’avoir soustrait un morceau de la concession au profit de futures paroisses.

En parallèle, le gouvernement avait établi des règles pour s’assurer que les compagnies ne coupent pas plus que la possibilité forestière (le volume récoltable à perpétuité) et qu’il y ait une vision précise des coupes sur une décennie. Il y avait aussi de nombreuses vérifications sur le terrain.

Quand le gouvernement devait décider au début des années 1970 de révoquer les concessions forestières, ce fut parce qu’il était estimé qu’elles... ne coupaient pas assez, soit seulement 65 % de la possibilité forestière. En conséquence, cela limitait les retombées économiques pour la société.

Désolant

Sous le seul angle comptable, l’époque des concessions fut très rentable pour le gouvernement. En seules redevances de droits de coupe, il récupérait souvent jusqu’à deux fois les dépenses du ministère responsable (Terres et Forêts). La raison principale étant que si les compagnies avaient beaucoup de pouvoir à l’intérieur de leurs concessions, elles devaient aussi assumer 100 % des coûts. Lorsque l’on ajoute à ces gains comptables les emplois et paroisses créés, on ne peut que constater que la foresterie a beaucoup apporté à la société québécoise.

Pour conclure, je trouve désolant que l’histoire forestière du Québec soit si mal vue bien souvent sur la seule base d’une haine vis-à-vis de l’industrie. Pour moi, c’est plutôt l’histoire d’une société très pauvre, qui a su se prendre en main avec ce que les opportunités offraient (industrie papetière), pour bâtir ce qui est aujourd’hui une société très riche. Ces bâtisseurs mériteraient plus de considération aujourd’hui. Et le Québec y gagnerait en fierté.

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Eric Alvarez Ph.D.

Chercheur indépendant et blogueur en aménagement forestier

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