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Un miraculé de la COVID-19 qui a dû réapprendre à marcher... et manger

La croisière dans les Caraïbes en mars aurait pu être fatale pour le résident de Lévis, sur la Rive-Sud de Québec

Quebec
Photo Stevens LeBlanc Jacques Goupil, le 14 octobre, dans l’arrondissement Saint-Romuald, à Lévis.

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Jacques Goupil a failli ne jamais se réveiller. À trois reprises, ses médecins ont prédit sa mort, ne sachant plus quoi faire pour l’aider à vaincre la maladie. Après 40 jours dans le coma et 70 lb en moins, l’homme de 68 ans a remporté le plus gros combat de sa vie, mais pas à n’importe quel prix.

• À lire aussi: La COVID-19 a fait basculer leur vie

« Je l’ai mis K.-O. [la COVID-19], mais elle a réussi à me mettre les deux genoux à terre. J’ai passé proche d’y passer », confie le résident de Lévis, le souffle court.

Si le sexagénaire est aujourd’hui guéri, il vit au quotidien avec les « dommages collatéraux », tant physiques que psychologiques, laissés derrière par le coronavirus.

« C’est un ouragan que j’ai eu dans mes poumons », illustre le chauffeur d’autobus scolaire, avant d’énumérer les dégâts.

Un essoufflement qui perdure, une corde vocale paralysée, deux lobes de poumons « finis » et une difficulté à déglutir à la suite de sa trachéotomie pendant son hospitalisation.

Il ressent des engourdissements dans ses deux jambes, à cause de nerfs qui auraient été écrasés pendant son coma.

En parlant, il peut aussi être pris d’une quinte de toux, rauque et profonde, assez pour manquer d’air, dit-il.

Et il y a les crises d’angoisse, des moments où il croit encore qu’il va mourir, incapable de respirer. Une terreur qu’il n’avait jamais ressentie auparavant. 

« Présentement, je respire, c’est l’essen-tiel », admet M. Goupil, qui sait qu’il revient de très loin.

Tout a commencé lorsque sa conjointe et lui ont mis le pied à bord du bateau de croisière Costa Favolosa dans les Caraïbes, le 9 mars.

Aux prises avec une grave éclosion, le navire a accosté en Guadeloupe. Le couple est alors rentré en avion, en transitant par Miami, puis a passé un test de dépistage.

Le jour même où il a reçu son diagnostic positif, le corps de M. Goupil se mettait à surchauffer. Ce soir-là, le thermomètre a grimpé à 40 °C et il est parti en ambulance pour l’Hôtel-Dieu de Lévis.

Un monstre

« Quand je suis arrivé, j’étais le monstre qui rentrait dans l’hôpital. Les infirmiers se sauvaient de moi, ils se tenaient très loin », se souvient-il. À ce moment-là, il était l’un des premiers, sinon le premier, dans sa région à être hospitalisé pour ce nouveau virus.

Jacques Goupil croyait qu’on lui donnerait quelques antibiotiques et que le tour serait joué. Rien ne lui permettait de prédire le cauchemar qui l’attendait.

Il a vite été transféré, le 28 mars, aux soins intensifs de l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec. Toujours fiévreux, le temps pressait, car il manquait d’oxygène dans le sang et il devait être intubé.

« Et là, j’ai perdu la carte », raconte-t-il. Une lutte de 41 jours dans le coma venait de commencer pour sa survie.

Le sexagénaire a perdu 70 lb pendant ses 41 jours sous respirateur artificiel.
Photo courtoisie
Le sexagénaire a perdu 70 lb pendant ses 41 jours sous respirateur artificiel.

Seule chez elle, malade aussi, mais dans une bien moindre mesure, son épouse des 25 dernières années sursautait dès que le téléphone sonnait, craignant le pire.

Tous les jours, les médecins l’appelaient. À au moins trois reprises, on l’a préparée au pire. 

« Vous allez voir, il a une tête de cochon », leur répétait Nicole Hains.

Le débrancher ?

« J’étais sûre qu’il était pour revenir », dit la dame de 72 ans, qui a gardé espoir même sans voir son mari pendant deux mois.

Quand on lui a parlé de la possibilité de « débrancher » son mari, elle a demandé si son cerveau était atteint. La réponse étant non, Mme Hains a insisté pour que les médecins continuent les soins.

« Ce que j’ai vécu, on me dit qu’il n’y a pas un homme qui est capable de passer au travers conscient », souffle M. Goupil.

Sa fièvre était si élevée et tenace que les médecins l’ont couché dans un lit réfrigéré pour faire baisser sa température.

Son ange souriant

Une fois débarrassé de la COVID-19 et sorti du coma, son combat était loin d’être terminé. Jacques Goupil avait survécu inconscient pendant des semaines, et le vrai travail commençait.

Après son coma de plus d’un mois, la convalescence a été également très longue à l’Hôtel-Dieu de Lévis pour réapprendre à marcher, et même à parler.
Photo courtoisie
Après son coma de plus d’un mois, la convalescence a été également très longue à l’Hôtel-Dieu de Lévis pour réapprendre à marcher, et même à parler.

Encore gavé et amaigri de 70 lb, il est retourné à l’Hôtel-Dieu de Lévis. Il devait reprendre des forces et réapprendre à marcher, à manger et même à parler.

Seul et terrassé par la maladie, Jacques Goupil ne cache pas qu’il était dépressif, parfois même agressif.

Mais il salue le travail d’une préposée aux bénéficiaires (PAB), « un ange », qui a su le « casser avec son sourire ». 

« Je lui dois d’être capable de marcher aujourd’hui », dit-il.

Cette jeune PAB, Claudia Martineau-Ferland, se souvient bien de ce patient qui lui donnait du fil à retordre, étourdi, dès qu’il se levait, ne mangeant presque pas et vomissant beaucoup. Mais elle a su lui donner de petits défis chaque jour. 

Fallait le brasser

« Ça prenait quelqu’un pour le brasser », dit-elle en riant. Puis elle avait aussi plus d’un tour dans son sac. Par exemple, elle lui demandait de faire 15 minutes d’exercices sur un vélo assis, mais ne revenait dans sa chambre que 20 ou 30 minutes plus tard.

« Je lui disais : “tu n’as pas l’heure ?” », se rappelle Jacques Goupil, à la fois frustré et amusé.

Ou elle lui demandait de marcher jusqu’à la porte, puis à une poubelle dans le corridor et ainsi de suite jusqu’à ce qu’il traverse l’unité au complet.

Les astuces de Claudia ont été si fructueuses qu’il a pu retourner directement chez lui et éviter un séjour en CHSLD.

À sa sortie, les employés ont même fait une haie d’honneur pour lui. 

« Je suis sorti en pleurant, ça marque un homme. Je n’ai jamais cru que je serais capable de revenir [à la maison] », laisse-t-il tomber, ému.

Les culottes à terre

La maladie ne lui a rien fait perdre de son sens de l’humour. M. Goupil se rappelle en riant qu’il est sorti avec les mêmes vêtements qu’il portait à son arrivée des mois plus tôt.

Mais sa ceinture ne retenait plus ses pantalons, qui tombaient aux chevilles dès qu’il lâchait son emprise, relate l’homme qui était alors passé de 195 lb à 125 lb. 

Jacques Goupil | 68 ans  

  • 41 jours dans le coma  
  • 70 livres perdues  
  • Réapprentissage pour marcher, manger et parler  
  • Toujours le souffle court et une difficulté à avaler  
  • Une corde vocale paralysée  
  • Engourdissements dans les jambes  
  • Ne pourra plus jamais faire de gros efforts  
Un résumé pertinent de la journée,
chaque soir, grâce aux diverses
sources du Groupe Québecor Média.