/misc
Navigation

Afghanistan: après les Australiens, les Canadiens?

Coup d'oeil sur cet article

La nouvelle a eu peu d’échos ici, mais elle domine l’actualité en Australie. Les forces spéciales du pays opérant en Afghanistan auraient été impliquées dans le meurtre de 39 civils, selon un rapport d'enquête publié il y a quelques jours. Les assassinats de non-combattants alors qu’ils étaient détenus se seraient déroulés au tournant des années 2010. Pendant des années, des reportages concernant ces crimes et des demandes d’enquête de groupes de défense des droits de la personne ont été rejetés par les autorités australiennes comme de la «propagande talibane».

Un enquêteur spécial va maintenant rassembler des preuves concernant 36 incidents différents, impliquant 19 membres des forces spéciales australiennes. Human Rights Watch a exhorté les pays dont les armées ont fait partie de la coalition dirigée par les États-Unis en Afghanistan à suivre l'exemple de l'Australie et à enquêter sur la conduite de leurs propres soldats. Dans le cadre de leur enquête, les Australiens ont demandé l’assistance du Canada. Voici sans doute pourquoi.

En 2010, la Défense nationale a enquêté sur des opérations des forces spéciales canadiennes sous commandement américain en Afghanistan. L’enquête secrète qui, à l’origine, portait, comme celle menée en Australie, sur l’assassinat de prisonniers afghans capturés par les Forces armées canadiennes, aurait été élargie pour remonter la chaîne de commandement.

Ottawa n’a jamais rien révélé sur les activités en Afghanistan des membres des Forces spéciales canadiennes, dont l’unité secrète connue sous le sigle JTF-2, sauf pour dire qu’ils participent à des missions qui ciblaient les dirigeants des talibans. Contrairement aux 2800 militaires canadiens qui opéraient dans le cadre de l’OTAN, les quelque 150 commandos canadiens étaient intégrés au Commandement des forces spéciales américaines avec des règles d’engagement particulières aux Américains.

Ces missions «assassinat/capture» entraînèrent de nombreuses bavures à cause de renseignements erronés et, surtout, de l’utilisation disproportionnée par les forces sous commandement américain de leur puissance de feu. Ça fait partie de leur culture organisationnelle depuis toujours. En Afghanistan comme au Vietnam. Pour tuer un homme soupçonné d’être un dirigeant ennemi, on détruit le village.

Dans des dizaines d’opérations, ce ne sont pas des chefs talibans qui sont tués, mais des civils, dont des enfants, des femmes enceintes, des policiers et des fonctionnaires du gouvernement afghan. Plutôt que de décapiter l’insurrection, les Américains ont ainsi multiplié les volontaires disposés à rejoindre l’insurrection pour venger leurs proches.

Il est donc vraisemblable que les commandos JTF-2 aient des squelettes dans leurs placards. Les gouvernements successifs, conservateurs comme libéraux, n’ont jamais voulu les découvrir. Non, Justin Trudeau n’aura jamais à présenter des excuses en pleurnichant et en demandant pardon aux Afghans.

Ottawa ne veut absolument pas être confronté à une nouvelle affaire comme celle de la Somalie qualifiée à l’époque de «honte nationale canadienne».

En 1993, l’état-major des forces armées canadiennes a tenté de dissimuler que des membres d’une unité d’élite, le régiment aéroporté canadien, en mission «humanitaire» en Somalie avaient torturé des civils et en avaient tué un. Les militaires assassins, qui étaient aussi des idiots, s’étaient photographiés en train de torturer un Somalien à mort.

Photo courtoisie, Commission d'enquête sur le déploiement des Forces canadiennes en Somalie

Un médecin militaire dégoûté avait révélé l’affaire aux médias malgré les directives de ses supérieurs. Une commission d’enquête civile avait été créée pour tenter de découvrir jusqu’à quel niveau de la hiérarchie allait la complicité pour dissimuler ces crimes de guerre.

Quand l’enquête a mis en cause le QG de la Défense nationale à Ottawa, Jean Chrétien y a abruptement mis fin afin d’éviter que des généraux aillent en prison. Comme il fallait des coupables, le gouvernement libéral a dissous le régiment aéroporté canadien, un cas unique dans l’histoire militaire canadienne.

Au Canada, l’uniforme kaki camouflage ou écarlate resplendissant, s’il est garni d’épaulettes à dorures, donne l’immunité à des criminels ou leur permet de s’en tirer à bon compte.