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Un puissant hommage à l’Acadie par l'œuvre d'Antonine Maillet

Antonine Maillet
Photo Pierre-Paul Poulin Antonine Maillet

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Pour inaugurer une collection anthologique tirée du fonds littéraire de Leméac, cette prestigieuse maison d’édition a rassemblé neuf œuvres en prose d’Antonine Maillet, débutant en 1957 par le roman Pointe-aux-Coques. On retrouve dans ce premier tome des incontournables, comme Pélagie-la-Charrette (prix Goncourt 1979). C’est à la fois une fabuleuse immersion dans l’œuvre d’une grande dame de la littérature francophone et une œuvre indissociable de l’Acadie.

Plus de 60 ans après la sortie de Pointe-aux-Coques, Antonine Maillet parle toujours avec autant d’enthousiasme de sa carrière. Elle n’a jamais cessé d’écrire et vient tout juste de mettre le point final à son prochain projet – un conte mettant en vedette Radi, Nounours et Scapin.

«Je vais bien quand mon travail va bien et j’ai terminé un livre hier ! C’est pas mal, ça!», s’exclame-t-elle d’entrée de jeu, dans un entretien téléphonique. «Devinez quel est mon dernier mot?» Hum... Acadie? « Non... espoir!» Espiègle, elle rit de bon cœur... comme toujours. «Les deux vont ensemble, en fait.»

La grande dame de la littérature a reçu le tome 1 des Œuvres le jour même où elle terminait son prochain livre. Avant la publication, elle s’est replongée dans chacune de ces œuvres. 

«Les livres que je croyais les meilleurs, je leur trouvais des fautes, je leur trouvais des choses que je n’aimais pas. Et les livres que j’avais négligés un peu, je ne m’en rappelais pas trop... eh bien, ils étaient bons ! C’est curieux : après toutes ces années, on a un jugement qui est différent.» 

Elle a relu Pointe-aux-Coques, son premier roman publié, avec plaisir. «J’avais un jugement assez sévère sur ce livre, parce que c’était le premier que j’écrivais tout au complet. J’avais dans la jeune vingtaine. J’essayais d’écrire très correctement, très français, tout ça. Quand je l’ai relu, j’ai trouvé qu’il y avait un rythme, des sentiments. Le deuxième livre, On a mangé la dune, je l’ai écrit carrément en acadien – la langue acadienne.»

Ses personnages

Dans son œuvre, Antonine Maillet a créé plus de 1000 personnages, surgis de sa culture, de son imaginaire. Et chacun a eu son modèle dans la vie réelle, écrit-elle dans l’introduction.

En entrevue, elle précise. «Je n’ai jamais inventé de toutes pièces de personnages. J’ai toujours été inspirée par quelqu’un de réel. Mes personnages sont des personnes que je peux voir, que je peux nommer. Bien sûr, je les transforme – probablement que la plupart ne se reconnaîtraient pas. Quand ce n’est pas une personne, ça peut être deux ou trois personnes qui m’ont inspiré un personnage.»

C’est le cas pour le personnage-culte de La Sagouine et pour Pélagie-la-Charrette. Pour cette dernière, elle avait deux ou trois modèles en tête... et se souvient d’avoir vécu une crise identitaire à 5 ans, n’étant ni «canadienne» (c’est-à-dire québécoise) ni «anglaise». Sa mère lui avait alors révélé qu’elle était acadienne.

«Après, elle a ajouté : l’Acadie, ça n’existe plus. J’ai dû fondre en larmes encore... parce qu’elle m’a serrée dans ses bras. Elle m’a dit : ne t’en fais pas, elle va revivre, parce qu’on va la faire revivre, nous. Et je suis sûre que c’est ce jour-là qu’est née Pélagie.»

La mémoire d’un peuple

Dans l’introduction, Antonine Maillet écrit qu’on peut déposséder un peuple de ses terres, mais pas de son âme, de sa langue, de sa mémoire. 

«J’ai eu un rôle à jouer, c’est vrai, je suis consciente de ça. Je suis consciente qu’avec la Sagouine, j’ai relancé l’Acadie. Je l’ai fait connaître au monde. Avec Pélagie aussi. Si j’ai révélé un peuple au monde, bien, j’ai joué un rôle, bien sûr.»

Avec l’écriture, elle a contribué à sauver la mémoire d’un peuple.  


  • Antonine Maillet est née en 1929 à Bouctouche, au Nouveau-Brunswick. 
  • Elle a publié une cinquantaine de livres (romans, contes, pièces de théâtre et essais), dont La Sagouine, Pélagie-la-Charrette (prix Goncourt 1979), Le huitième jour, Le chemin Saint-Jacques, Le mystérieux voyage de Rien, Fais confiance à la mer, elle te portera et, tout récemment, à l’occasion de son quatre-vingt-dixième anniversaire, Clin d’œil au Temps qui passe.  
  • Sa renommée s’étend à toute la francophonie, et son œuvre est aujourd’hui traduite dans de nombreuses langues. 
  • Son nouveau conte sortira bientôt.  

Extrait  

<strong><em>Œuvres, tome 1</em><br>Antonine Maillet</strong><br>Éditions Leméac<br>1104 pages environ
Photo courtoisie
Œuvres, tome 1
Antonine Maillet

Éditions Leméac
1104 pages environ

« Et, le regard perdu entre les petites flammes jaunes qui dansaient à un rythme égal, mon père se mit à me raconter--- comment l’idée lui était venue-,
jeune homme, de partir, laisser son village et sa famille et s’en aller en quête de travail dans un pays étranger. Le goût de l’aventure l’avait tenté si fort qu’il avait cédé. 

Une fois vendus son bateau et ses agrès de pêche, il avait dit adieu aux siens, sans grief ni ressentiment, mais en leur laissant bien entendre pourtant qu’il ne reviendrait plus.

Personne ne s’en était trop inquiété, pensant qu’une fois ses désirs d’évasion rassasiés, l’aventurier retrouverait son goût du réel et ferait demi-tour. » 

Œuvres I comprend : Pointe-aux-Coques On a mangé la dune Par-derrière chez mon père Don l’Orignal Mariaagélas Emmanuel à Joseph à Dâvit Les Cordes-de-Bois Pélagie-la-Charrette – La Gribouille (Cent ans dans les bois) 

  • Sous formes de rétrospectives, CORPUS LEMÉAC proposera une relecture des œuvres fondatrices du catalogue. Déjà sont prévues des séries avec les univers d’Hubert Aquin, de Marcel Dubé, de Jacques Ferron, de Françoise Loranger, de Jovette Marchessault, de Francine Noël, d’Antonine Maillet, de Jacques Poulin, de Michel Tremblay...