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À qui la «facture COVID»?

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La perspective d’un vaccin est désormais réelle. Bientôt, on préparera l’après-COVID, qui prendra des allures de lourd lendemain de veille. On pensera d’abord à nos disparus et, ensuite, à toute cette croissance économique perdue pendant la crise.  

On réfléchira aussi aux coûts financiers pour les gouvernements, qui auront éventuellement à vivre avec une dette publique gonflée à bloc. 

Beaucoup d’économistes ont d’ailleurs déjà commencé à proposer des solutions. Plusieurs sont excellentes, mais la réflexion va au-delà des opinions d’experts. Un débat de société doit avoir lieu. 

1. Taxes de vente

La première option serait d’augmenter les taxes de vente. Il est vrai que celles-ci sont relativement basses au Québec et au Canada, si on se compare avec les autres pays industrialisés. Nous serions tout à fait capables de vivre avec une petite hausse. 

Sous Stephen Harper, Ottawa avait baissé la taxe TPS de 7 % à 5 %. Plusieurs économistes suggèrent au gouvernement fédéral de revenir en arrière et de remonter la TPS de 2 %. Ceci permettrait de complètement financer les intérêts sur la nouvelle dette engendrée par les mesures COVID. 

D’autres recommandent à Québec de faire la même chose. Si c’était le cas, les taxes de vente atteindraient les 19 %, ce qui commence à être pas mal élevé... probablement trop. 

Par ailleurs, les tenants de cette approche vous diront que les taxes sur la consommation encouragent l’épargne. Or, nous vivons une crise où certains Canadiens ont augmenté leur taux d’épargne et où l’économie aura besoin d’être stimulée. Il n’est donc pas évident que ce soit le bon temps d’aller dans ce sens du côté de Québec. 

2. Taxe spéciale COVID

Certaines entreprises ont bénéficié de la crise sanitaire et continueront d’en profiter. On pense aux détaillants en ligne ou aux fournisseurs de matériel médical. Ces entreprises devraient être appelées à contribuer davantage au bien public, ne serait-ce que temporairement. À l’aide d’une taxe spéciale, par exemple. 

Pensez aussi aux compagnies qui obtiendront les contrats d’approvisionnement pour des vaccins. Non seulement auront-elles bénéficié d’aides publiques pour la recherche et le développement... mais elles revendront leurs vaccins aux gouvernements mêmes qui les ont financées ! 

3. Repenser la contribution

Nous pourrions aussi entièrement repenser le rôle des entreprises dans le financement des services publics. Juste avant la crise, celles-ci plaidaient en faveur d’allégements fiscaux et réglementaires... particulièrement les entreprises indépendantes.  

Depuis le mois de mars, elles se sont retrouvées à demander au contribuable de les sauver. Elles demandent (avec raison) des subventions salariales, de l’aide pour payer leurs loyers. Après la crise, se rappelleront-elles des contribuables qui leur auront permis de respirer ? 

Les pires entreprises sont évidemment de grandes multinationales qui pratiquent l’évasion fiscale. Certaines d’entre elles, notamment les grosses firmes technologiques, pratiquent l’optimisation fiscale agressive. 

Elles menacent aussi de partir si on leur demande de payer leurs impôts. Ces pratiques étaient immorales avant la crise. Elles le sont encore plus maintenant.  

4. Taxer le capital

Finalement, la crise actuelle soulève une question éthique cruciale : est-il juste de refiler la facture aux générations futures, sous la forme d’une gigantesque dette publique ? C’est une idée qui se défend.

Toutefois, une autre idée est tout aussi intéressante : faire payer les générations passées. Et pas besoin de réveiller les morts ! Celles-ci vivent toujours parmi nous sous la forme de capital accumulé qui a été versé en héritages.  

On trouve, parmi les défenseurs de cette approche, l’économiste français Thomas Piketty. Celui-ci aime bien nous rappeler que nos sociétés riches ont parfois des gouvernements pauvres... parce que ceux-ci n’ont pas le courage d’aller taxer l’argent où il se trouve. 

  • Jean-Denis Garon est professeur à l’ESG-UQAM