/news/society
Navigation

Une autre municipalité fait disparaître un bâtiment patrimonial

Une autre municipalité fait disparaître un bâtiment patrimonial
Photo Agence QMI, Simon Dessureault

Coup d'oeil sur cet article

Deux ans après la démolition controversée de la maison du patriote Boileau à Chambly, une autre municipalité fait disparaître un immeuble patrimonial d’importance de son propre chef.

La Ville de Mascouche a procédé lundi dernier à la démolition de son manoir seigneurial dont la construction remonte à la fin des années 1700 et dont l’histoire est intimement liée à celle du sud-ouest de la région de Lanaudière. Mascouche était partie intégrante de la seigneurie de Repentigny à cette époque.

Devenue propriétaire en 2015 d’un ancien domaine comprenant le manoir et d’autres bâtiments historiques, la Ville avait cité le tout comme patrimonial avec dans ses cartables un grand projet de mise en valeur.

«Le manoir n’était pas récupérable, selon nos rapports», a expliqué Guillaume Tremblay, le maire de Mascouche, en entrevue. «On a récupéré des centaines de pierres et des structures de fer qu’on va pouvoir utiliser pour la prochaine construction», a ajouté le maire, faisant référence au projet de reconstruire le manoir.

La Ville dit avoir dû prendre cette décision de démolir la bâtisse à la suite d’un rapport de son service de prévention des incendies faisant état d’enjeux de sécurité, notamment dus à la présence occasionnelle de jeunes squatteurs dans l’immeuble abandonné.

Sur la présente photo prise le lundi 16 novembre 2020: le manoir seigneurial de Mascouche, qui venait tout juste d’être démoli.
Photo Agence QMI, Simon Dessureault
Sur la présente photo prise le lundi 16 novembre 2020: le manoir seigneurial de Mascouche, qui venait tout juste d’être démoli.

Le rapport est daté du jeudi 12 novembre; le lundi 16, le manoir était démoli.

«Les pompiers ne sont pas des spécialistes en patrimoine, ils ont démoli le bâtiment sur la foi de l’avis de pompiers, c’est aberrant», a déploré Clément Locat, président du Comité du patrimoine de la Fédération Histoire Québec. M. Locat croit que la Ville aurait dû mandater une firme d’architectes spécialisés en bâtiments anciens pour faire une évaluation de l’état réel des lieux.

«On se plaint souvent que ce sont des promoteurs qui démolissent du patrimoine, mais là, c’est une municipalité qui démolit du patrimoine», a ajouté M. Locat.

François Tétreault, coordonnateur à la Société d’histoire de Mascouche, était pour sa part sous le choc lorsque nous lui avons parlé, lui qui a participé à des concertations citoyennes pour essayer de sauvegarder le manoir.

«Je ne suis pas encore allé constater la démolition, je ne sais pas si j’ai le cœur à y aller, a-t-il témoigné peu après la disparition de l’immeuble. Le manoir était un symbole identitaire pour la ville.»

Au cabinet de la ministre de la Culture, Nathalie Roy, on nous a confirmé que le gouvernement n'avait pas à autoriser la démolition, car la protection du domaine seigneurial – qui comporte d’autres bâtiments historiques – relève de la Ville de Mascouche.

On nous a toutefois souligné qu’un récent projet de loi présenté par la ministre vient ajouter plusieurs mesures permettant une meilleure protection et gestion du patrimoine.

«Les municipalités auraient l'obligation [une fois ce projet de loi voté] d'adopter une réglementation de démolition visant les immeubles inscrits dans un inventaire patrimonial et de tenir une audition publique sur ces derniers», a expliqué Louis-Julien Dufresne, du cabinet de la ministre.

Ce projet de loi a été présenté dans la foulée du dépôt au mois de juin d’un rapport accablant de la vérificatrice générale qui mentionnait de graves lacunes au Québec en matière de protection du patrimoine bâti.

Aussi, la démolition de la maison du notaire Boileau commandée par la direction générale de la Ville de Chambly avait fait grand bruit à la fin de 2018. Puis, l’an dernier, un permis délivré par la municipalité de Berthierville autorisant la démolition d’un monastère historique avait aussi soulevé une controverse. Une intervention de la ministre Roy au début de la présente année avait permis d’empêcher sa démolition.