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Aimer, c’est agir

Je remercie Tout le monde en parle de m’avoir invitée dimanche.
Capture d'écran, Radio-Canada Je remercie Tout le monde en parle de m’avoir invitée dimanche.

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J’ai trouvé difficile mon passage à Tout le monde en parle dimanche, même si j’y ai été très bien accueillie par leur magnifique équipe et que je suis extrêmement reconnaissante de l’invitation.

Il y avait tant à dire sur l’urgence d’agir à la suite de la présentation d’un Plan pour une économie verte (PEV) clairement insuffisant pour protéger l’avenir de nos enfants. Tant à dire sur ce qui y manque, sur ce qui pourrait être fait de mieux afin que le Québec devienne vraiment une société exemplaire. 

Je ne suis malheureusement pas parvenue à communiquer adéquatement le sentiment d’urgence qui habite la communauté scientifique travaillant en environnement. Ni à mettre en lumière l’ampleur des bénéfices sociaux et économiques qu’une transition apporterait si on s’y mettait sérieusement. 

Même s’il faut saluer les avancées de ce plan, surtout en matière d’électrification, il est impératif d’arrêter de se comparer aux plus grands pollueurs de la planète, concentrés en Amérique du Nord. On peut et on doit s’élever au rang des meilleurs en s’inspirant de la Suède, de la Suisse, du Danemark, de la Grande-Bretagne, de la France et j’en passe. 

Ces pays ont de vrais plans pour la transition qui incluent des mesures structurantes et contraignantes. C’est dire qu’étape par étape, ils mettent en place des règles du jeu qui font en sorte qu’il devient toujours plus économique, plus rapide, plus facile et plus agréable pour les entreprises, les organisations et les individus de poser des gestes écoresponsables plutôt que l’inverse. Ils utilisent la réglementation et l’écofiscalité, interdisant peu à peu certains choix trop polluants ou les rendant trop chers, faisant en sorte qu’ils sont peu à peu abandonnés.

Besoin d’une plus grande volonté politique

Les solutions sont là. Elles sont réalistes et à notre portée si on y mettait davantage de volonté politique. C’est ça, le plus frustrant! Surtout en sachant que plus on attend pour agir, plus il devient presque impossible d’éviter le pire pour nos enfants. Voilà pourquoi j’avais envie de grimper dans les rideaux en écoutant les arguments du ministre Charette. 

Des solutions porteuses ont notamment été soumises au gouvernement par le Pacte pour la transition avec les 101 idées pour la relance, par le Front commun pour la transition énergétique avec la Feuille de route Québec ZEN et par le G15+, qui demande une relance solidaire, prospère et verte. 

Même les comités formés par le gouvernement ont proposé des mesures qui permettraient d’aller plus loin que ce qui se trouve dans le plan gouvernemental. Bon nombre n’ont pas été retenues même si les représentants de l’industrie y étaient favorables. 

Au Québec, il y a une volonté d’agir hors du commun. Ce n’est pas seulement les scientifiques et le milieu environnemental qui demandent une relance juste et verte, mais aussi les syndicats ainsi que le milieu des affaires, autant que celui communautaire et le secteur de la santé. 

Les mères montent elles aussi au front. Comme des mamans ourses qui sentent leurs petits menacés, elles se lèvent. De 22 à 83 ans, elles sont près de 5000 un peu partout à travers le Québec venant du milieu artistique autant que scientifique, communautaire, éducatif, de la santé, de l’agriculture et autre. Les Mères au front réclament une relance juste et verte pour protéger l’avenir de leurs enfants. Elles ont entendu l’appel de leurs enfants qui ont fait la grève et pris la rue. Elles veulent que la vie gagne. 

C’est dire à quel point les appels à l’action viennent de toutes parts en faveur de changements structurants et, oui, contraignants pour une plus grande justice climatique. La bonne volonté ne suffit pas. De nombreuses études l’ont démontré. 

S’engager dans la transition

Il est de la responsabilité des États de protéger l’avenir de nos enfants. Pour ce faire, ils doivent mettre en place les cadres qui permettront rapidement à tous les acteurs de la société de réduire la taille de leur empreinte écologique. 

Ultimement, cela implique d’avoir le courage de s’attaquer au gaspillage et à la surconsommation qui caractérisent l’organisation de nos sociétés modernes. Cela implique de revoir la manière dont on produit et consomme afin de réduire notre consommation énergétique autant que matérielle. De même que nos déplacements en véhicules polluants.

Continuer à externaliser les coûts environnementaux et sociaux comme on le fait, c’est hypothéquer l’avenir de nos enfants. Ils en ont déjà assez à porter dans l’immédiat avec la COVID. 

Briser le mythe territorial et la place de l’autosolo

Un des arguments répétés par le gouvernement Legault pour ne pas s’attaquer à l’autosolo, c’est de dire que le territoire est grand. Il oublie qu’environ la moitié de la population du Québec habite la Communauté métropolitaine de Montréal. La densité moyenne y dépasse le 1000/km2

C’est pareil autour d’autres grandes villes du Québec. Commençons par là! Il n’y a pas de raison pour que les gens qui habitent en milieu urbain doivent posséder plusieurs voitures par foyer pour répondre à leur besoin de mobilité. Il faut faciliter d’autres choix en les rendant plus attrayants que l’autosolo.

Les autos coûtent cher. Elles contribuent à l’endettement. Il s’agit du deuxième poste de dépenses courantes d’une majorité de ménages, passant avant l’alimentation. Sans compter qu’elles ne servent à déplacer que 1,2 personne en moyenne par véhicule et qu’elles sont stationnées plus de 95% du temps, occupant des espaces qui pourraient être dédiés à autre chose que du béton. 

Est-ce utiliser les ressources intelligemment? Avec toutes ces données, il y a de quoi douter. 

Si autant de ménages possèdent plus d’une auto en ville, c’est parce qu’il manque un réseau de transport durable structurant qui permettrait à la population de se déplacer autrement efficacement. 

Il faut donc augmenter l’offre de transport en commun dans les villes et entre les villes tout en évitant l’étalement urbain. L’autopartage, l’accès à des véhicules en libre-service, le covoiturage, l’utilisation de taxis, les services de livraison, la location d’autos, les pistes cyclables et d'autres éléments d’un cocktail transport permettront de réduire notre dépendance à l’autosolo et donc nos émissions de gaz à effet de serre. 

Il faut aussi aménager nos villes pour qu’il soit agréable et sécuritaire de s’y déplacer à pied et à vélo. Il doit s’y trouver moins d’autos. Donc moins de stationnements, même si cette mesure est impopulaire. Les véhicules les plus polluants devraient coûter plus cher que leurs autres solutions, grâce à l’application de bonus-malus, c’est à dire d’une taxe dont les revenus pourraient servir à subventionner des choix écologiques. 

Comme le disait Enrique Penalosa, ancien maire de Bogotá: «Une ville peut se dire avancée non pas quand les pauvres se déplacent en voiture, mais quand les riches utilisent les transports publics.» N’est-ce pas ce à quoi on devrait aspirer pour pouvoir par la même occasion mieux respirer en milieux urbains?

Agir et réagir

«Aimer, c’est agir», a écrit Victor Hugo peu de temps avant sa mort. Si depuis 30 ans, je m’engage pour protéger l’environnement et que malgré toutes les raisons de désespérer, je crois encore à un monde plus juste, c’est par amour. Par amour de la vie et par amour du monde qui m’a accueillie. 

Je crois aussi que c’est par amour, surtout par amour pour nos enfants, que les Québécoi.se.s sont prêts à aller plus loin que ce que propose le gouvernement. 

Un changement de paradigme est certes nécessaire pour faire en sorte que l’économie respecte les limites planétaires et permette à tous de bien vivre. Ce changement viendra à force d’en parler en osant remettre en question nos biais cognitifs, ce qui implique d’être davantage à l’écoute des scientifiques.

Pour ce faire, il est important de pouvoir débattre de ces questions sur les grandes tribunes. Je remercie donc Tout le monde en parle de m’avoir invitée dimanche (vous pouvez voir l'entretien ici).