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Jean Pascal a vaincu ses «traumatismes»

Jean Pascal a vaincu ses «traumatismes»
Photo d'archives, Agence QMI

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«Je suis né en Haïti, mais j’ai été fabriqué au Québec. C’est grâce aux valeurs québécoises que je suis devenu l’homme que je suis aujourd’hui.» Comme il le dit si bien lui-même, Jean Pascal est un produit ici, même s’il a vu le jour en Haïti.

Et pour cause. Il n’avait que 4 ans lorsqu’il a quitté Port-au-Prince. C’est donc au Québec qu’il a effectué ses premiers pas à la boxe.

Trente-quatre ans après son arrivée, celui qui est devenu un membre de l’élite mondiale de son sport a raconté son fascinant parcours personnel et professionnel dans une longue entrevue accordée à l’émission «Dave Morissette en direct», lundi soir, sur les ondes de TVA Sports.

Pourtant, lorsqu’il a mis les pieds dans la Belle Province pour la première fois, il a vécu deux traumatismes.

«Quand je suis arrivé à l’aéroport de Mirabel, ma mère est venue m’accueillir avec mon beau-père, François Laporte. La première chose qu’il m’a dit, c’est : "ici, on parle français". Je me suis mis à pleurer et je voulais retourner en Haïti! Après, quand je suis sorti de l’aéroport, j’ai vu de la neige, mais je ne connaissais pas ça. Je pensais qu’il y avait des monstres en-dessous de la neige.»

«Rendu à la maison, quand mon pied s’est enfoncé dans la neige pour la première fois, j’ai commencé à crier et à pleurer parce que je pensais que les monstres allaient manger mon pied!»

Doué dans tout

En grandissant, il s’est vite aperçu qu’il était doué pour les sports. Son beau-père, qu’il considère comme son «père biologique», était entraîneur au hockey. Il s’est donc naturellement intéressé au hockey. Et il y a connu un certain succès.

«J’ai toujours excellé dans tous les sports. Au handball ou au soccer, j’étais toujours le premier choisi à l’école. Peut-être moins au basket... J’étais aussi bon au hockey.»

C’est alors qu’il jouait au niveau bantam qu’il a commencé à boxer, sans toutefois arrêter le hockey.

«Mon espoir était d’être le premier P.K. Subban du Canadien!», laisse-t-il à la blague.

Comme Subban, Pascal a été victime d’intimidation sur la glace en raison de la couleur de sa peau. Il en retire cependant du positif puisqu’il juge que c’est ce qui a forgé son fort caractère.

«Peu de Noirs jouaient au hockey dans les années 1990. Dans mon équipe, je n’ai pas vécu de racisme. Les joueurs des autres équipes, eux, riaient de moi. Ils me traitaient de palette de chocolat ou me disaient de retourner dans mon pays. C’est de l’ignorance de la part des enfants.»

«Ç’a forgé mon caractère. C’est pourquoi je suis aussi fort mentalement aujourd’hui. J’ai bien été encadré par ma mère et mon beau-père, alors j’ai pu surmonter ces épreuves.»

Le plan B était le bon

Détenteur d’un diplôme en techniques policières, Pascal pensait bien gagner sa vie en tant que policier, mais l’amour de la boxe l’a emporté. Des années plus tard, c’était finalement une bonne idée d’opter pour son plan B.

«J’ai décidé d’opter pour mon plan B. Mon plan A, c’était de devenir le premier Noir directeur du Service de police de la Ville de Montréal. Je crois que je ne me suis pas trompé. Quand je suis mon instinct, c’est rare que je me trompe.»

Pascal a amorcé sa carrière chez les amateurs à l’âge de 13 ans, qui le mènera vers sept championnats canadiens, en plus de médailles d’or aux Jeux de la Francophonie de 2001 et aux Jeux du Commonwealth de 2002, ainsi qu’une de bronze aux Jeux panaméricains de 2003.

Il a même représenté le Canada aux Jeux olympiques de 2004. L'année suivante, il a fait le grand saut chez les professionnels. Depuis ce temps, le Lavallois, actuel champion WBA des mi-lourds, a compilé 35 victoires, dont 20 par K.-O., en 42 combats, en plus d'obtenir les titres mondiaux WBC et NABF chez les mi-lourds, ainsi que ceux chez les super-moyens nord-américains NABA et NABF.

Parmi ses combats célèbres, notons ceux contre Carl Froch, Chad Dawson, Bernard Hopkins, Sergey Kovalev, Lucian Bute, Eleider Alvarez et Adrian Diaconu.

«Tu m’aimes ou tu ne m’aimes pas»

Le boxeur québécois Jean Pascal a toujours été un spécialiste pour faire la promotion de ses combats.

Son ancien promoteur, Yvon Michel, qui était invité lundi soir à l’émission de TVA Sports Dave Morissette en direct, est bien placé pour en témoigner.

«Là où il y avait de la difficulté avec Jean, c’était pour finaliser un contrat. Mais quand le contrat était signé, Jean était le meilleur pour l’amener jusqu’au bout, le meilleur pour nous épauler et pour faire une promotion de première classe.»

Pascal a souvent fait des coups d’éclat lors de ses points de presse avec ses adversaires. Le plus souvent, rien n’était planifié, selon lui.

«J’y allais souvent avec mon instinct, mon intuition. Parfois, on me disait que tu ne dois pas dire ça, mais je le disais quand même. Je n’ai jamais été un marchand de rêves. J’ai toujours été authentique avec mes partisans.»

Michel amène cependant un son de cloche différent.

«Jean s’informait de comment allaient les ventes, avant les conférences de presse. Je me souviens de son combat avec Adrian Diaconu où les ventes étaient très ordinaires. Il était arrivé avec une dent de requin et ça avait soulevé tout le monde. Dans la dernière semaine, on avait vendu plus de la moitié de la salle.»

Dangereux

Les frasques de Pascal lui ont parfois attiré certaines critiques, mais il affirme qu’il était conscient du danger.

«Moi, je suis un vrai, un naturel. Je ne voulais pas jouer à l’homme parfait ou l’athlète parfait. Moi, j’étais juste moi. Tu m’aimes ou tu ne m’aimes pas, mais je ne laisse personne indifférent.»

L'événement qui a le plus marqué Michel, dans la carrière de Pascal, est le combat revanche de ce dernier contre Diaconu.

«Jean s’était blessé et on était en transition pour notre organisation. Et s’il perdait contre Adrian Diaconu, on aurait été dans une situation avec deux champions du monde pour Interbox. On serait tombé deuxième violon. Mais, pendant ce combat-là, Jean a tellement démontré de courage et de détermination avec seulement un bras... Il y a eu Jean Pascal “avant Diaconu“ et “après Diaconu”.»

Pour Pascal, le moment marquant de son association avec Michel a été son passage chez les 175 livres pour un combat de championnat du monde contre le boxeur d’origine roumaine.

«Chez les amateurs, je m’entraînais avec Diaconu et il me dominait. Mais Yvon Michel m’a dit: “Tu vas le battre.” Mes gérants ne voulaient pas que je prenne le combat, mais j’ai suivi le conseil d’Yvon et je suis devenu champion du monde.»