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Journal d’une proche aidante

CHSLD
Photo d'archives, Pierre-Paul Poulin

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La veuve de mon père vit en RPA sur le bord de la rivière, quelque part entre Montréal-Nord et Rivière-des-Prairies. Mon père y habitait avec elle avant d’être malade et de décéder en 2006. C’est dire que j’y vais depuis longtemps. Depuis quelques jours, ma belle-mère fait une bursite au genou et se déplace avec un déambulateur. Je fais donc ses courses.

À l’entrée de l’immeuble, COVID oblige, plusieurs mesures tout à fait justifiées.

Gel désinfectant, signature, on prend ma température. J’inscris mon numéro de plaque. On me tend un masque neuf. Et comme je vais monter, le gardien assez bourru me dit que je dois voir la dame derrière le comptoir. Elle me demande si je suis approuvée.

– Approuvée? Je viens ici depuis des années! J’étais encore là, il y a deux jours!

– Ça ne fait rien. Il faut maintenant remplir un formulaire.

On me fait la leçon en me disant que ma belle-mère aurait dû le savoir.

Qui viendra, à quelle fréquence? A-t-elle vraiment besoin d’une proche aidante?

– Selon moi, à 93 ans, oui.

Je monte enfin, prends ma liste et pars faire mes courses.

De retour avec mes paquets, j’entre par le garage en ayant pris la voiture de ma belle-mère. Je monte directement à l’appartement.

Bon! Le steak que j’ai pris ne sera peut-être pas assez tendre. J’offre de retourner à l’épicerie pour le changer pour un autre. Après plusieurs protestations, on décide que j’y vais. C’est l’affaire de 15 minutes, je vais prendre ma voiture. Donc, je repasse à l’entrée. Je remets le formulaire dûment rempli en disant à la dame que je reviens tout de suite.

– Vous pourrez pas rentrer, vous devez être approuvée.

– Voyons, je sors tout juste de chez elle, je vais changer un paquet, je reviens.

On me parle comme à une «petite pas fine» avec une attitude de maîtresse d’école excédée. Et là, ma patience est mise à rude épreuve... Pour cette fois-ci, on va me laisser passer.

J’arrive à l’épicerie, la broue dans le toupet, je choisis le bon morceau de viande, je vais voir la caissière lui explique mon affaire. Elle va en discuter avec sa collègue. Elles examinent ma facture.

– On ne peut pas le faire. Ça fait plus qu’une demi-heure et à cause de la COVID...

Heureusement, derrière le masque, on ne voit pas mes crocs prêts à mordre.

De retour à la maison, j’ai mordu dans le steak.