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Testée en secret, la qualité de l’air inquiète dans les écoles

Moniteur numérique de CO2
Photo courtoisie Un moniteur numérique de CO2 a été fourni à des enseignants qui ont testé la qualité de l’air dans leurs classes à l’insu de la direction.

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Près de la moitié des classes dont la qualité de l'air a été testée en secret à la demande d’un groupe de médecins dépassent le seuil recommandé par Québec, révélant des problèmes de ventilation qui risque de faciliter la propagation de la COVID-19 durant la saison froide.

Le collectif COVID-STOP, dont font partie les épidémiologistes Nimâ Machouf et Michel Camus, a confié des appareils de détection du CO2 à 12 enseignants qui ont testé près de 25 classes à Montréal, sur la Rive-Sud et sur la Rive-Nord. Le tout a été fait à l’insu de la direction, puisque les enseignants craignent d’être sanctionnés.    

  • Écoutez le journaliste Alexandre Dubé avec Benoit Dutrizac sur QUB Radio:  

À l’aube de la saison froide, l’exercice visait à mesurer la concentration de gaz carbonique produit par les élèves et les enseignants dans les classes: un local mal aéré augmente le risque de propager les gouttelettes et les aérosols liés à la COVID-19.  

Résultat, trois classes sur quatre affichaient des taux excédant un niveau jugé inquiétant par le collectif. «Les experts en aérosols s’entendent pour dire que si on veut réduire la propagation de la COVID-19, il faudrait viser 750 parties par million [ppm]», affirme la Dre Marie-Michelle Bellon, une spécialiste en médecine interne travaillant sur une unité COVID et membre du collectif.  

De son côté, Québec tolère jusqu’à 1000 ppm dans ses écoles neuves, mais encore là, au moins douze classes testées dépassaient ce seuil. Dans une classe de niveau secondaire de 35 élèves, la concentration de gaz carbonique a atteint 2130 ppm.  

Ouvrir les fenêtres

Bonne nouvelle, toutefois, le fait d’ouvrir les fenêtres semble réellement efficace pour réduire le taux de CO2. Dans l’exemple précédent, la concentration de gaz carbonique a chuté à 1320 ppm en 20 minutes après que l’enseignant ait laissé entrer l’air extérieur. 

C’est d’ailleurs le principal constat que le collectif tire de l’expérience. «Si on explique correctement aux gens quelles sont les mesures à prendre, si on leur donne les outils pour mesurer la quantité de CO2, ça va leur permettre de surveiller eux-mêmes la qualité de l’air de leurs classes» et de prendre les mesures appropriées, dit la Dre Bellon.  

Pour le microbiologiste-infectiologue Amir Khadir, les constats doivent inciter le gouvernement Legault à agir. «Ce n’est plus un principe de précaution, c’est une exigence scientifique pour protéger la santé publique», dit l’ex-député de Québec solidaire.  

Éventail de mesures

Le groupe de médecins souligne que plusieurs solutions existent afin de mieux ventiler les classes. Les enseignants peuvent ouvrir les fenêtres, au moins durant les périodes de récréation. Québec pourrait également favoriser les demi-groupes pour les élèves de secondaire 3, 4 et 5, plutôt que des groupes complets un jour sur deux, comme c’est le cas présentement.  

«Ça pourrait être de mettre en place des escouades, comme pour les CHSLD, afin de pallier les lacunes dans les écoles visitées», plaide la Dre Marie-Michelle Bellon.  

Québec étudie la question

Depuis l’été dernier, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et l’Agence de la santé publique du Canada reconnaissent un certain risque de transmission du coronavirus par la voie des airs.   

Pourtant, le gouvernement Legault n’a toujours pas envoyé de directives claires au réseau de l’éducation sur la ventilation des classes. Un comité d’experts sur le rôle des aérosols dans la transmission de la COVID-19 doit faire rapport au ministre de la Santé, Christian Dubé.  

Pour le Dr Amir Khadir, les gouvernements d’ici et d’ailleurs doivent écouter les avancées rapides de la science au sujet de la COVID-19, plutôt que d’attendre les recommandations officielles des organismes réglementaires comme l’OMS et l’INSPQ.  

Le même groupe de médecins était sorti sur la place publique au printemps dernier pour réclamer l’imposition du port du masque obligatoire dans les lieux fermés, alors que le gouvernement Legault hésitait encore à aller de l’avant. «Les actions gouvernementales, un peu partout, ont été en retard, deux-trois coups en retard sur l’avancée des sciences», déplore le Dr Amir Khadir.  

Membres du collectif COVID-STOP             

  • Marie-Michelle Bellon, MD - spécialiste en médecine interne, travaillant en unité COVID       
  • Michel Camus, épidémiologiste environnemental       
  • Nancy Delagrave, physicienne       
  • Amir Khadir, MD - microbiologiste-infectiologue       
  • Nimâ Machouf, épidémiologiste       
  • Mélanie Roy, MD - ophtalmologiste       
  • Nataly Trang, MD - ophtalmologiste