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Marc-André Bédard: un passionné du Québec

L'ex-ministre péquiste Marc-André Bédard est décédé mercredi à l'âge de 85 ans.
Photo d'archives, Agence QMI (Roger Gagnon) L'ex-ministre péquiste Marc-André Bédard est décédé mercredi à l'âge de 85 ans.

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Marc-André Bédard était un passionné du Québec et des Québécois.

Souverainiste de la première heure, un des membres fondateurs du Parti québécois et ancien ministre de la Justice sous René Lévesque, dont il était aussi devenu un ami, il est décédé à 85 ans.

M. Bédard vivait dans une résidence privée pour aînés à Chicoutimi, le Manoir Champlain, durement affectée par la COVID-19. Le malheur a fait que lui aussi, comme des milliers de femmes et d’hommes du Québec depuis le printemps, a fini par attraper cette maladie et en décéder.

Toutes nos condoléances à sa famille.

Par où commencer si ce n’est par le touchant message de son fils Stéphane, ex-ministre lui aussi du Parti québécois:

«Au nom de toute la famille de Marc-André, c’est avec une profonde tristesse que nous vous informons qu’il nous a quittés cet avant-midi. Profondément croyant, il rejoint aujourd’hui l’amour de sa vie, Nicole. Il laisse aux Québécois un héritage immense, marqué par la confiance et la fierté, la recherche constante de justice et l’engagement envers sa communauté. Il a consacré sa vie au Québec et à ses concitoyens. Nous remercions toutes les personnes qui nous ont fait part de leur soutien et de leur support. Éric, Stéphane, Louis et Maxime.»

Élu dès 1973

Né au Lac-Saint-Jean en 1935, avocat de formation, il fut élu pour la première fois dès 1973, puis réélu à l’élection mythique du 15 novembre 1976. 

Jusqu’à son départ de la politique active en 1985, il sera tour à tour ministre de la Justice, ministre d'État à la Réforme électorale, leader parlementaire du gouvernement, vice-premier ministre et solliciteur général. Ce qui donne la pleine mesure du rôle majeur qu’il joua en politique québécoise.

Dans le très beau livre fraîchement publié aux Éditions de l’Homme – René Lévesque et nous. 50 regards sur l’homme et son héritage politique, cosigné par Marie Grégoire et Pierre Gince –, Marc-André Bédard livre un témoignage qui en dit très long sur sa propre vision de la politique, mais aussi de l’amitié.

Un homme vrai

Permettez-moi de le citer. Ici, Marc-André Bédard parle du premier mandat du gouvernement péquiste sous René Lévesque. Une superbe leçon de ce que doit être la politique, tous partis confondus:

«[René Lévesque] a été un premier ministre soucieux de respecter ses engagements. Et il faisait confiance à son équipe. Au conseil des ministres et au caucus, il nous rappelait constamment nos responsabilités, notre obligation de résultat et notre devoir de gouverner pour l’ensemble des Québécois. 

Il fallait constamment rester “connecté” aux attentes des Québécois. Il invitait les élus du parti à faire des tournées quand il les sentait éloignés de la réalité quotidienne [...] 

Il demandait un engagement constant du Conseil des ministres en assurant un suivi régulier. Il était ferme, mais juste. Il pouvait exceptionnellement s’emporter, comme la fois où il a constaté que l’aide destinée au maintien à domicile pour les aînés avait plutôt été utilisée pour créer des structures administratives... Il croyait au contact direct avec la population. [...] 

Je suis particulièrement fier de la réforme du droit de la famille, qui a consacré le principe d’égalité des conjoints, et de la Charte québécoise, qui a été la première à interdire la discrimination fondée sur l’orientation sexuelle. J’ai obtenu un appui sans équivoque de monsieur Lévesque. [...]

[René Lévesque] savait à quel point ses ministres travaillaient fort pour faire adopter leurs lois et réaliser les engagements du parti, souvent en faisant face à des blocages. Alors, il trouvait ça important de nous laisser le plus de rayonnement possible. Consciemment ou pas, il agissait pour que la population constate que l’action gouvernementale reposait sur l’ensemble d’une équipe et que chacun avait son mérite. [...]»

Comment devenait-on un ami de René Lévesque?

À la question «comment devenait-on un ami de René Lévesque?», la réponse de Marc-André Bédard est tout aussi révélatrice de sa propre authenticité:

«C’était bien spécial, quand j’y repense... Je crois qu’il fallait ne rien faire dans ce but-là et être vrai, sans hypocrisie. C’est lui qui choisissait qui pouvait entrer dans son intimité, il était authentique et appréciait cette qualité chez ses amis.»

Reposez bien en paix, Me Bédard.