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Au-delà du vaccin, voici une autre importante percée sur la COVID-19

Les caillots sanguins sont impliqués dans les complications sévères de la maladie, selon une découverte récente

REMÈDES - Ventilateur patient
Photo AFP Cette découverte pourrait permettre de sauver la vie de patients qui subissent des complications graves de la COVID-19. Sur la photo, du personnel médical surveille un patient à l’unité de soins intensifs COVID-19 d’un hôpital de Rome, en Italie.

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Les complications de la COVID-19 sont souvent causées par la présence de plusieurs caillots sanguins qui bloquent l’arrivée de sang aux organes vitaux. Selon une découverte récente, la formation de ces caillots est dans plusieurs cas due à une production anormale d’anticorps qui attaquent nos propres cellules et activent la cascade de coagulation.  

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Malgré les bonnes nouvelles des dernières semaines sur les vaccins développés contre la COVID-19, il faut se résigner à devoir composer avec la maladie encore quelques mois, le temps que les vaccins soient produits à grande échelle et qu’on puisse immuniser une bonne partie de la population.  

De nombreuses personnes deviendront malades durant cette période et il demeure important de continuer à chercher de nouvelles approches thérapeutiques pour réduire les complications graves de l’infection.

Caillots sanguins

La COVID-19 n’est pas une infection respiratoire comme les autres. Parmi les nombreuses manifestations cliniques atypiques de cette maladie (perte d’odorat et atteintes cardiaques et rénales, par exemple), un des phénomènes les plus curieux est la forte incidence de désordres de la coagulation chez les patients qui développent des complications sévères de la maladie.  

Ces thromboses (formation de caillots) peuvent mener à un arrêt de la circulation sanguine aux organes vitaux (poumons, cœur, cerveau, rein) et ainsi causer plusieurs accidents graves (infarctus, AVC, embolie pulmonaire, défaillance rénale) qui peuvent mener au décès des patients.

Dérèglement immunitaire

L’origine de ces caillots sanguins vient d’être élucidée par les travaux d’un groupe de chercheurs américains dont les résultats ont été récemment publiés dans Science Translational Medicine(1).  

Dans cette étude portant sur 172 patients gravement atteints de la COVID-19 et qui étaient hospitalisés en raison de la maladie, ils ont découvert que la moitié des patients avaient développé des auto--anticorps, c’est-à-dire des anticorps qui au lieu de défendre le corps contre les agents pathogènes, attaquent plutôt nos propres cellules. 

Ces auto-anticorps présents chez les patients COVID-19 sont les mêmes que ceux retrouvés chez les patients atteints d’une maladie auto-immune appelée syndrome des antiphospholipides : dans cette maladie, ces auto-anticorps qui circulent dans le sang interagissent avec les phospholipides présents dans la membrane des cellules, en particulier les plaquettes sanguines et les cellules qui tapissent les vaisseaux sanguins, ce qui entraîne la formation de caillots. 

Les patients présentant les taux sanguins les plus élevés de ces auto-anticorps étaient aussi ceux qui avaient développé les formes les plus sévères de COVID-19, indiquant que ce dérèglement immunitaire joue vraisemblablement un rôle très important dans le développement des complications de cette maladie.

Les chercheurs ont également observé que ces caillots contenaient de grandes quantités de neutrophiles, un type de cellule immunitaire qui forme la première ligne de défense de l’organisme contre les infections.

Chez les patients atteints de COVID-19, ces neutrophiles sont hyperactifs et explosent au site du caillot, générant un environnement inflammatoire qui attire d’autres facteurs de coagulation circulant dans le sang.

Un cercle vicieux se met alors en place, avec une inflammation qui active la coagulation, et une coagulation qui entraîne encore plus d’inflammation, menant à l’apparition d’une multitude de caillots sanguins obstruant le passage du sang vers les organes vitaux.

Ces observations sont très importantes, pour deux principales raisons :  

  1. Des tests biochimiques pour mesurer la présence des auto-anticorps présents dans le syndrome des antiphospholipides sont déjà accessibles et peuvent donc être utilisés pour identifier les patients les plus susceptibles de bénéficier d’un traitement avec des anticoagulants afin de prévenir le développement de complications graves de la COVID-19 ;  
  2. Certains médicaments comme le dipyridamole sont déjà approuvés pour traiter les accidents vasculaires cérébraux et prévenir les caillots sanguins chez les personnes qui reçoivent des valves cardiaques mécaniques, et il sera possible de tester cette molécule pour déterminer si elle peut également réduire le risque de coagulation chez les patients COVID-19.    
  • La recherche scientifique sur la COVID fait que notre compréhension biochimique des processus moléculaires associés à l’infection par ce coronavirus a explosé en quelques mois.   
  • Cet exploit remarquable des chercheurs du monde entier se concrétise par la mise en place de nouvelles stratégies d’intervention thérapeutique, basées sur une approche rationnelle de ces mécanismes d’infection.   
  • Vacciner pour mieux prévenir l’infection, mais également mieux traiter ceux qui seront gravement infectés, voilà comment nous allons venir à bout de cette pandémie, dans les prochains mois.  

(1) Zuo Y et coll. Prothrombotic autoantibodies in serum from patients hospitalized with COVID-19. Science Trans. Med., publié le 2 novembre 2020.