/finance/business
Navigation

Du plastique recyclé au Québec qui attire des multinationales

L’entrepreneur Jean-Luc Lavergne est un des trésors cachés du Québec inc.

Jean-Luc Lavergne
Photo Chantal Poirier Jean-Luc Lavergne trace son chemin dans le secteur du plastique depuis plus de 30 ans. Son entreprise est à l’avant-garde.

Coup d'oeil sur cet article

Sans le crier sur tous les toits en cette ère de changements climatiques, un entrepreneur québécois méconnu a bâti, au cours des 20 dernières années, l’entreprise Lavergne, qui occupe aujourd’hui le rang de leader mondial dans la fabrication de plastique recyclé.

Plus tôt cette semaine, la multinationale Keurig annonçait d’ailleurs que ses modèles de cafetières les plus populaires allaient maintenant être fabriqués avec 20 % à 30 % de ce plastique « circulaire ». 

Ce n’est que le dernier client en lice pour Lavergne, qui ne produit aucune résine vierge. 

« Depuis deux ans on est all in, on ne fait que du recyclé. On prend des produits en fin de vie et on les transforme », raconte le fondateur et propriétaire, Jean-Luc Lavergne, depuis son usine située dans l’est de Montréal.

En plus de cette installation dernier cri où travaillent 80 employés, Lavergne opère une autre usine au Vietnam. Celle-là emploie une cinquantaine de personnes et sa superficie sera bientôt quadruplée.

En mai prochain, l’entreprise va en ouvrir une autre en Belgique, sa première en Europe. Elle vient aussi d’en inaugurer une en Haïti, où elle traite du plastique qui était destiné à finir dans l’océan. 

Le vent dans les voiles, vous dites ? 

« Il y a assez de plastiques en fin de vie pour desservir nos besoins sans jamais avoir à faire du produit vierge », se plaît à répéter celui qui compte déjà parmi ses clients des gros noms comme HP, Dyson, Microsoft, Cisco et Sonos.

Et la véracité de ce mantra est de plus en plus facile à établir auprès des fabricants — les grands donneurs d’ordre, comme les appelle Jean-Luc Lavergne.

Unique au monde

Quand il raconte ses modestes débuts, en 1984, « dans un bain, à patenter un système de décontamination de petites cups de lait », on comprend à quel point cet homme sans diplôme postsecondaire est parti de loin. 

« Le recyclé a la réputation d’être un produit de deuxième ordre, mais maintenant, on a beaucoup de preuves que ça marche », lance-t-il.

Un de ses bons coups est la cartouche d’encre HP, qui depuis cinq ans est fabriquée à 100 % avec son plastique. « Nos clients sont nos meilleurs vendeurs ! Quand les gens de Keurig ont appelé ceux de HP, ils ont été très rassurés », se souvient-il. 

Ses concurrents, après tout, sont les géants de cette « industrie dinosaure » vieille de plus de 100 ans qu’est celle du plastique : les Dupont, Dow, SABIC et BASF. Tous produisent de la résine vierge. 

« Notre usine à Montréal est notre meilleure carte de visite. Quand les clients voient un produit qui a l’air d’une vidange, comme une vieille télé, et qu’on leur montre comment elle passe à l’état de granules qui vont servir à faire des pièces de machines à café, d’ordinateurs, de balayeuses ou de haut-parleur, on gagne en crédibilité. »

« Nous sommes une des seules entreprises au monde à faire ça », ajoute Jean-Luc Lavergne. 

Avenir radieux

Il ne sera pas seul bien longtemps. Car son succès, comme celui d’Elon Musk avec la voiture électrique Tesla, en inspire d’autres. 

Pour l’instant, l’unique actionnaire de Lavergne continue d’innover et vient de mettre le pied dans l’industrie automobile. Trois de ses quatre fils travaillent avec lui, et il n’a pas eu à leur tordre un bras. L’autre est encore aux études. 

« On a du fun ! Le mot retraite, je ne sais pas comment ça s’écrit », lance-t-il en riant. 

Le groupe Lavergne en bref  

  • Unique actionnaire : Jean-Luc Lavergne 
  • Trois usines (Canada, Vietnam, Haïti), une quatrième en chantier (Belgique) 
  • 130 employés 
  • Clients : HP, Microsoft, Cisco, Keurig, Dyson, Sonos