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Legault et la volonté du peuple

Quebec
Photo Stevens Leblanc François Legault a plutôt bien saisi la volonté populaire jusqu’ici, mais il doit éviter que ça devienne un piège

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Le fait d’être connecté au peuple a bien servi François Legault en campagne électorale et en début de mandat. Mais sa propension à gouverner en fonction de sa perception de la volonté populaire peut parfois lui jouer des tours.

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Ainsi, de toute évidence, le gouvernement caquiste a présenté son plan de match pour la période des Fêtes, le jeudi 19 novembre, trop à la hâte pour qu’il soit bien ficelé.

Pourquoi ? Parce que la pression était forte, a reconnu le premier ministre en conférence de presse jeudi, alors qu’il a dû apporter un nouvel ajustement au fameux « contrat moral » proposé aux Québécois.

Peut-être que dans la population, il se trouvait des gens qui avaient hâte de savoir ce qui serait permis, pour pouvoir se préparer. 

Mais, à partir du moment où les déplacements entre régions ne sont pas recommandés, et que les rassemblements sont limités à 10 personnes, on conviendra que le besoin de préparation est plus limité. Pas de grand buffet avec plein de visite à coucher ! Il n’y avait pas péril en la demeure et le gouvernement aurait pu attendre d’être plus près du moment fatidique pour prendre une décision plus éclairée.

Sinon, comment expliquer autrement que le docteur Arruda ait permis ce jeudi-là d’annoncer quatre jours de festivités sans limite de rassemblements à 10, et qu’il ait rapidement changé d’idée ?

Revirement

Tous se sont perdus en conjectures en tentant d’expliquer ce revirement. Une source gouvernementale soutenait en début de semaine que M.Legault était devenu préoccupé, qu’il craignait une exagération des contacts. Pourtant, en point de presse jeudi, il n’a pas hésité à faire passer sous l’autobus le bon docteur Arruda. 

« Moi, je ne suis pas le spécialiste. Au début de la semaine dernière, la Santé publique m’a dit quatre jours, à la fin de la semaine dernière, ils m’ont dit deux [rassemblements]. Le meilleur pour répondre à ça, c’est le Dr Arruda », a-t-il dit, en lui transférant le fardeau, un sourire presque sadique aux lèvres.

Plus de confusion

Mais la confusion n’est pas propre aux échanges entre le PM et son directeur de santé publique.

Mercredi, le ministre Lionel Carmant assurait que la quarantaine préventive pour participer aux rassemblements était « non négociable ». Devant la déception des travailleurs de la santé, des services d’urgence et des commerces de détail, notamment, parce que certains devront travailler jusqu’au 24 décembre, M. Legault a jeté un peu de lest le lendemain. Essentiellement, il leur dit que c’est à eux de juger le niveau de risque auquel ils ont été exposés.

Pour rire un peu, soulignons qu’en tentant d’expliquer sur quelle base il jugerait si la pandémie est assez stable pour permettre ces rassemblements, le Dr Arruda a dit qu’il y avait trois facteurs... mais il en a énoncé quatre. 

Il bénéficie d’un coach de communication, mais, parfois, on croirait assister en direct à sa version parodiée par Marc Labrèche !

Pourtant, au départ, le gouvernement voulait présenter un message simple. Pas de « 10 personnes, provenant de trois foyers, à deux mètres », du printemps dernier, qui avait été jugé trop complexe à assimiler.

En fin de compte, François Legault s’est dépêché de faire une annonce pour éviter les critiques, mais a ensuite dû corriger le tir après avoir lu les critiques.

Sur le fond, c’est la prudence qui doit le guider.

Et quoi qu’il en soit, plus ça va, plus il se propage une impression que les Québécois seront nombreux à demeurer à la maison, finalement. À la fois démotivés par le risque et les consignes limitatives. La vue de la courbe n’est pas rassurante non plus. Les Fêtes seront plus joyeuses en 2021...