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Bientôt des écofrais sur les panneaux de gypse?

Québec souhaite limiter le gaspillage des matériaux de construction

Richard Darveau
Photo Pierre-Paul Poulin Richard Darveau, président et chef de la direction de l’Association québécoise de la quincaillerie et des matériaux de construction, est en accord avec cet intérêt de la CAQ pour diminuer le gaspillage des matériaux de construction.

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Après les pneus, les piles, les téléviseurs et les frigos, le gouvernement Legault songe à imposer des écofrais sur certains matériaux de construction, comme les panneaux de gypse et les revêtements de toiture.  

Des frais de recyclage s’appliquent actuellement sur plusieurs produits et gros électroménagers.  

Québec a manifesté son intention plus tôt cette année d’étendre le Règlement sur la récupération et la valorisation de produits par les entreprises aux petits électroménagers comme les grille-pain ou les séchoirs à cheveux.

Cette fois, ce sont les feuilles de « Gyproc » et les bardeaux d’asphalte qui sont dans la mire du ministre de l’Environnement, Benoît Charrette.

  • Écoutez la chronique politique de Rémi Nadeau, chef du Bureau parlementaire à Québec, sur QUB radio:

Responsabilité élargie

Son ministère avait convié jeudi les fournisseurs et distributeurs de matériaux de construction à une séance d’information virtuelle au sujet de la responsabilité élargie des producteurs (REP), un principe selon lequel les entreprises qui mettent sur le marché des produits au Québec sont responsables de leur gestion en fin de vie.

« Le MELCC évalue la possibilité d’étendre la portée du règlement à de nouveaux produits, parmi lesquels figurent les matériaux de construction suivants : les panneaux de gypse et les revêtements de toiture », précisait très clairement l’invitation.

Au cabinet du ministre Charrette, on signale que le gypse est un matériau problématique sur le plan environnemental.

« Il se désagrège facilement et, une fois enfoui, il dégage une odeur désagréable qui fait en sorte que les sites d’enfouissement ne sont pas intéressés à l’accueillir, augmentant ainsi les chances qu’il soit enfoui illégalement, par exemple sur des terres agricoles », insiste sa porte-parole, Geneviève Richard.  

La mise en place d’une filière de récupération distincte permettrait ainsi de donner une seconde vie à ce matériau, que ce soit comme intrant dans les engrais ou le ciment. 

« Nous regardons toutes les solutions possibles, donc pas uniquement la REP », a-t-elle tenu à souligner.

Pandémie et hausse des prix  

Dans l’industrie, certains acteurs ont manifesté leurs craintes de voir imposer des écofrais, alors que le prix des matériaux a augmenté depuis que la pandémie a incité les gens à rénover leur chaumière. Mais plusieurs n’ont pas souhaité commenter ce scénario sur la place publique pour l’instant. 

Richard Darveau, président et chef de la direction de l’Association québécoise de la quincaillerie et des matériaux de construction, voit quant à lui d’un bon œil cet intérêt de la CAQ pour diminuer le gaspillage des matériaux de construction.

« Tout le monde est d’accord. Les producteurs, les associations comme la mienne, les grandes chaînes de détaillants ont tous dit que ça n’a pas de bon sens qu’on enfouisse ces affaires-là, alors que c’est réutilisable, réemployable », relate-t-il, après avoir participé à la réunion virtuelle.

Pas de décision unilatérale 

S’il n’est pas contre la REP, il aurait toutefois aimé que le gouvernement n’arrive pas avec une solution unique pour éviter que le gypse ou les bardeaux d’asphalte ne finissent dans les écocentres.

« Il y a de plus en plus de solutions, mais ils ne nous en ont présenté (qu’)une, qui est le fameux REP. C’est comme si je vous dis, pour votre prochaine salle de bain, je vous propose trois couleurs, il y a le rouge et je ne vous mentionne pas les deux autres, dit-il. Il faut vraiment qu’on continue de discuter, on n’aimerait pas personne que le gouvernement impose une décision de façon unilatérale ».