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L’héroïsme du bien

Laurence Devillairs
Photo courtoisie Laurence Devillairs est docteure en philosophie et doyenne de la faculté de philosophie de L’Institut catholique de Paris.

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Choisir de faire le bien plutôt que le mal est une question de choix et même de liberté, selon l’auteure et philosophe Laurence Devillairs. À ses yeux, pour être quelqu’un de bien, il suffit d’agir en héros dans la vie quotidienne animé par une vertu simple : la bonté.

Que faites-vous si vous voyez quelqu’un échapper un billet de 50 $ par terre ? 

Le petit moment d’hésitation, aussi court soit-il, entre le ramasser et le rendre à la personne qui l’a laissé tomber ou bien le prendre et le mettre dans sa poche, c’est ce que l’auteure, Laurence Devillairs, qualifie d’expérience morale fondamentale. 

Selon le vécu, les valeurs et l’histoire de chacun, certains se questionneront à savoir comment ils devraient agir moralement, même si au fond, on sait que ce serait bien de rendre le billet. L’expérience morale est ce mystère d’obligation et de liberté, que l’auteure analyse et élucide dans son livre, Être quelqu’un de bien

<strong><em>Être quelqu’un de bien, Philosophie du bien et du mal</em><br>Laurence Devillairs</strong><br>Éd. Presses Universitaires de France<br>228 pages
Photo courtoisie
Être quelqu’un de bien, Philosophie du bien et du mal
Laurence Devillairs

Éd. Presses Universitaires de France
228 pages

« Quand on fait l’expérience du bien, il y a une forme de douceur morale et une forme d’attendrissement à l’autre et au bien », explique Laurence Devillairs, qui véhicule le bien et transmet les valeurs qui l’associent.

Dans la période incertaine que nous traversons, où les repères sont bousculés, jamais les questions morales n’ont été aussi importantes et brûlantes. Lorsque l’on perd ses repères, il reste la morale, ce qui est bien de faire, mal de ne pas faire. 

Tandis que l’on vit de plus en plus dans un monde individualiste et que la théorie du chacun pour soi prime bien trop souvent, cet ouvrage apporte une belle réflexion sur le sujet. « Chacun ne voit que ses intérêts, sa vie et son périmètre carré. Le chacun pour soi est une règle de conduite, et il revient en réalité bien trop souvent à un “après moi le déluge”, comme on le voit pendant cette crise sanitaire, où chacun y va de sa petite révolte, soi-disant pour défendre la liberté, alors qu’il s’agit de ses libertés, ou même de ses intérêts », affirme l’auteure qui ajoute que nous sommes dans une société qui semble réfractaire à l’idée de devoir quelque chose aux autres. 

Le courage du respect

Dans son livre, Laurence Devillairs nous fait comprendre que la gentillesse est une force et que la méchanceté est une faiblesse. L’auteure estime qu’il faut retrouver la force d’admirer et de respecter. « Admirer la bonté, respecter la gentillesse, ce sont des choses que l’on a malheureusement perdues », lance-t-elle. 

Ici, il est question de la gentillesse qui est une force, un courage et non celle qui est perçue comme une faiblesse. « Le gentil est un méchant qui a décidé de ne pas l’être, qui a eu le courage de ne pas hurler avec les loups, souligne la philosophe. C’est ce pouvoir de la gentillesse, cette force de la bonté que j’aimerais que l’on respecte davantage. Le cynisme, le relativisme, le “à quoi bon” a engendré le “après moi, le déluge”, qui est en réalité porteur de tristesse et de découragement. Il est essentiel que l’on retrouve le goût d’admirer et de respecter. »

Les autres

Si on fait abstraction des pervers, des psychopathes ou de ceux qui sont carrément cruels, il y a ceux qui font le mal par lâcheté. Ceux qui n’ont jamais le temps d’aider, de s’impliquer et qui font constamment preuve de lâcheté.

« Ce mal ordinaire, c’est l’absence de courage moral, celui qui refuse de déranger son confort et sa tranquillité. », fait remarquer l’auteur.

En revanche, il y a ceux qui font preuve de courage. « C’est celui qui fait braver la routine, celui qui sait se dépasser pour s’indigner, agir, avancer, changer », illustre Laurence Devillairs.

L’auteure estime qu’on a toujours le pouvoir de dépasser ce qui nous conditionne et nous détermine, pour être cette personne bien, qui s’arrête, aide, écoute, épaule. « C’est cela le courage, être libre, de décider, de s’engager pour le bien, contre le mal », conclut-elle. 

  • Laurence Devillairs est docteure en philosophie et doyenne de la faculté de philosophie de L’Institut catholique de Paris.
  • Elle est l’auteure de plusieurs livres, dont Guérir la vie par la philosophie et Un bonheur sans mesure.
  • Elle vient de faire paraître un calendrier de philosophie, Un jour, un philosophe, une citation. Il compte une citation philosophique par jour, tirée des grands philosophes du monde entier, de romanciers et de poètes.