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Pourquoi les vêtements locaux coûtent-ils plus cher?

 Pourquoi les vêtements locaux coûtent-ils plus cher?
Joël Lemay / Agence QMI

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Pour 220$ avant taxes, vous pouvez acheter une robe Ève Gravel faite à Montréal ou sept robes H&M fabriquées en Chine. Pourquoi les vêtements conçus et produits ici coûtent-ils si cher ? Qu’est-ce qui peut expliquer un tel écart de prix ? On en discute avec deux créatrices d’ici.

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Il faut d'abord distinguer les compagnies montréalaises qui envoient leurs patrons dans des usines à l’étranger de celles qui font le choix de produire ici, malgré un net désavantage sur le plan des profits. L'entreprise d'Ève Gravel appartient à la deuxième catégorie. La designer montréalaise fait exclusivement affaire avec des couturières et couturiers du 514.

« De travailler avec la Chine, avec quelqu’un que je ne connais pas et qui ne parle pas la même langue, pour moi, c’était un gros casse-tête! En plus, il y a l’aspect de la rémunération qui me tracasserait [si je faisais affaire avec la Chine]. Je me demanderais toujours qui fait mes vêtements, si c’est des enfants. » 

« Là, ce que j’aime, c’est que mes couturières sont à Montréal. C’est tellement plus agréable d’analyser les corrections ensemble et d’être face à face. C’est à échelle humaine. Je le sais, aussi, que je participe à l’économie locale. » 

Le haut signé Ève Gravel que porte cette mannequin se détaille à 184$ avant taxe.
Courtoisie / Ève Gravel
Le haut signé Ève Gravel que porte cette mannequin se détaille à 184$ avant taxe.

À l’instar d’Ève Gravel, qui emploiera bientôt 9 personnes à temps plein, Noémie Vaillancourt entretient un lien privilégié avec celles et ceux qui lui prêtent leur talent.

Dans son cas, le mode de production est encore plus artisanal que pour Ève Gravel. Le coût de ses vêtements, 319$ pour cette robe de la plus récente collection par exemple, en témoigne.

« Je travaille avec une illustratrice, un brodeur, une dame qui m’aide à coudre depuis le début et un coupeur pour les tissus. »

« Entre Ève et moi, c’est quand même très différent. Pour ma part, j’essaie vraiment de miser sur le fait que les robes sont ajustées sur-mesure, explique la créatrice. Les morceaux passent toujours entre mes mains avant d’être livrés. » 

Nager à contre-courant

18 ans après la création de la marque qui porte son nom, Ève Gravel confie qu’il est encore très difficile de trouver de la main-d’œuvre. Et il n’y a pas beaucoup de relève. 

« C’est une industrie qui n’est pas tellement soutenue par les gouvernements. L’industrie de la manufacture a été abandonnée dans les années 1980-1990. Tout le monde s’est mis à produire en Chine et des ateliers de couture, il n’y en avait presque plus. »

« Nous, les designers du Québec ou même du Canada, on s’est mis à sous-traiter avec des petites équipes. Des couturières qui travaillent de chez elles, par exemple. Avoir une couturière, c’est presque comme trouver une épingle dans une botte de foin. » 

Après coup, forcément, il faut payer ces perles rares au juste prix. 

Interrogée sur cette question, Ève Gravel répond que l’une de ses missions comme designer est d’éviter toute forme de «cheap labor».

« Je travaille en sous-traitance, donc je ne sais pas exactement quel est leur taux horaire. Moi, je ne les paie pas de l’heure, mais du vêtement. Si je paie 23$ pour une robe et qu’une couturière met une heure pour la faire, elle sera payée 23$ par heure. En même temps, ça peut aussi lui prendre une heure et quart ou 45 minutes. » 

« On essaie d’être quand même assez précis [dans notre évaluation du temps de production], mais après, eux, ils sont encore plus expérimentés que nous à l’interne. En plus, à la chaîne, tu gagnes du temps. » 

C'est sur cette machine à coudre que s'affaire Noémie Vaillancourt, la fondatrice de la marque artisanale Noemiah.
Joël Lemay / Agence QMI
C'est sur cette machine à coudre que s'affaire Noémie Vaillancourt, la fondatrice de la marque artisanale Noemiah.

Qu’elle soit artisanale ou simplement éthique, la confection locale gagne du terrain dans le cœur des gens. Une observation que partagent nos deux créatrices. Malgré la crise économique provoquée par la COVID-19, leurs entreprises se portent bien. 

« C’est sûr que depuis le début, je vends plus aux États-Unis à cause du taux de change et parce que j’utilise la plateforme Etsy, détaille Noémie. En même temps, le confinement a amené beaucoup de Québécois [à s'intéresser à son entreprise], de gens qui se disent depuis longtemps qu’ils veulent acheter une robe Noemiah. » 

« Je pense qu’il reste encore de l’éducation à faire sur la consommation», nuance Ève, ajoutant que la pandémie a pu, d'une certaine manière, mettre les vêtements produits ici en lumière. « Les gens sont plus ouverts que jamais, on le voit dans nos ventes en ligne. »

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