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Il était temps qu’on s’intéresse à Loto-Québec

casino de Montréal
Photo d'archives, Chantal Poirier Des mafieux notoires avaient leur carte privilège au Casino de Montréal.

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Il était grand temps qu’on s’intéresse à Loto-Québec. Je veux dire qu’on s’y intéresse pour une autre raison que pour annoncer que le gros lot du Lotto Max a été remporté.

Depuis trop longtemps, la riche société d’État vogue comme un gros paquebot sur une mer tranquille. 

Elle ne veut pas trop en révéler sur les comptes qu’elle rend au gouvernement, mais elle veut vraiment que vous sachiez que le gagnant de 55 M$ en Outaouais est recherché, à la suite du tirage du 30 octobre dernier.

Tout allait bien, madame la marquise, jusqu’à ce que notre Bureau d’enquête se penche sur l’infiltration du Casino de Montréal par le crime organisé.

C’est alors devenu vraiment gênant pour les dirigeants de la Société des casinos et pour le ministère des Finances, de qui relève Loto-Québec.

Révélations troublantes

Mes collègues Éric Yvan Lemay, Félix Séguin, Denis Therriault et Eric Thibault y sont allés d’une cascade de révélations pendant cinq jours. Faisons le point sur ce qu’ont découvert ces journalistes d’expérience :  

À plat ventre

Loto-Québec a-t-elle vraiment pris « tous les moyens à (sa) disposition » pour éviter la présence du crime organisé entre ses murs, comme l’assure sa présidente Lynne Roiter ?

Il y a de quoi être sceptique, surtout lorsqu’on entend des employés du casino se mettre à plat ventre au téléphone pour accommoder Stefano Sollecito, dans des enregistrements que nous avons diffusés.

Le gouvernement, qui reçoit bon an mal an plus d’un milliard de dollars de Loto-Québec, a-t-il vraiment voulu savoir ce qui s’y passe ?

Laissons le vérificateur indépendant, mandaté par le ministre Éric Girard après la publication de nos reportages, faire son travail.

Et souhaitons que le rapport en entier soit rendu public, pas seulement une version édulcorée.

Comme Otéra

La saga de la dernière semaine me fait penser à nos enquêtes publiées en 2019 sur Otéra Capital, la filiale de prêt immobilier de la Caisse de dépôt.

Encore une fois, personne ne regardait cette institution avant que notre Bureau d’enquête s’y mette le nez.

Nous avons découvert entre autres les liens troublants d’une vice-présidente et de son conjoint, un prêteur privé longtemps lié au clan mafieux Rizutto. Nous avons aussi révélé qu’Otéra avait prêté 44 M$ pour des projets de son propre grand patron !

Résultat : une enquête externe de 5 millions $ commandée par la Caisse, quatre congédiements en haut lieu, dont celui du PDG, et l’adoption d’un code d’éthique digne du 21e siècle.

Une preuve de plus, s’il en fallait une, de l’importance du journalisme d’enquête.