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La séparation se dessinait depuis la coupe de 1993

Patrick Roy
Photo d'archives Réjean Houle, Mario Tremblay et Patrick Roy ont écrit une page sombre de l’histoire du Canadien en 1995.

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Déjà 25 ans ! C’est ma première réaction quand je pense à l’échange de Patrick Roy. Le temps a pris le dessus sur l’événement. C’est ainsi qu’on voit la vie avec les années.

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J’étais attaché à la couverture du Canadien en 1995. À l’époque, les journalistes passaient beaucoup de temps avec les joueurs. On voyageait avec eux. On avait le pouls de l’équipe.

Les jours et les mois qui ont suivi le départ de Roy ont été infernaux. Je comprends les principaux acteurs de cette saga de ne plus vouloir en parler. Leurs vies ont été bouleversées.

Moi-même, je ne tenais pas vraiment à revenir sur le sujet. 

Qu’est-ce qui n’a pas été dit ?

Monnaie d’échange insuffisante

L’émotion passée, on apprend à relativiser les choses. Oui, cette transaction fut la pire dans l’histoire du Canadien. Réjean Houle aurait peut être limité les dégâts s’il avait obtenu un joueur étoile dans l’échange. Un joueur de la trempe d’Owen Nolan que Serge Savard voulait obtenir, en compagnie de Stéphane Fiset, avant que Ronald Corey ne lui montre la sortie.

Oui, le dossier a été mal géré. Réjean a sauté sur la première offre de Pierre Lacroix. Il tenait mordicus à Jocelyn Thibault, qu’il voyait comme le dauphin de Patrick. Mais les jambières de Roy étaient trop lourdes à porter pour Thibault.

Le reproche qu’on peut faire à Houle est de ne pas avoir fait monter les enchères. Scotty Bowman voulait Patrick avec les Red Wings de Detroit. Il disait à tout le monde que la proposition déposée par son équipe était supérieure à celle de l’Avalanche.

Un cas problème pour Savard

Cela dit, Roy était destiné à partir avant même la soirée fatidique du 2 décembre 1995. Le courant ne passait plus depuis un certain temps entre lui et l’organisation.

Voici ce que Serge Savard dit dans sa biographie relativement aux pourparlers qu’il avait eus avec Lacroix : « Patrick était rendu trop important dans le club. Il en menait trop large dans le vestiaire. Au cours des années précédentes, j’avais dû le gérer avec des gants blancs. J’éprouvais la même admiration envers lui que lors de nos conquêtes de la coupe Stanley en 1986 et en 1993, où son rôle avait été déterminant. Mais un changement était devenu nécessaire. L’équipe tournait trop autour de lui. Pour le bien de tous, il devait changer d’air. »

Les joueurs ne chuchotent pas ce genre de chose aux oreilles des journalistes. Par contre, je savais très bien que Patrick ne se plaisait plus vraiment avec le Tricolore. Il m’avait raconté des choses sous le couvert de la confidence. Il n’aimait pas ce qu’il voyait depuis la conquête de 1993. Il estimait que l’organisation avait bifurqué de sa route. Il voyait un relâchement au niveau des attentes.

Un bien mauvais début

L’embauche de Réjean Houle et de Mario Tremblay ne faisait pas sérieux à ses yeux. On l’a vu dès leur premier match quand il a lancé après une victoire de dernière seconde contre les Maple Leafs de Toronto qu’il était allé prendre une douche froide pour voir s’il était bien réveillé, quand il avait appris l’arrivée du duo Houle-Tremblay après sa sieste d’avant-match.

Ça commençait mal !

De son côté, Mario ne pouvait concevoir qu’un joueur puisse bénéficier d’un statut particulier dans une équipe. Quand il jouait, aucun joueur ne profitait de faveurs chez le Canadien. Guy Lafleur, Ken Dryden, Larry Robinson, Serge Savard et les autres grandes stars de l’équipe étaient traités sur le même pied que les joueurs de soutien. Scotty Bowman ne l’aurait pas permis autrement.

Jean Perron et Pat Burns, les deux premiers entraîneurs à avoir dirigé Roy chez le Tricolore, le voyaient comme leurs autres joueurs.

La vision de Demers

Les choses ont changé avec Jacques Demers. Ayant travaillé longtemps aux États-Unis, Jacques avait fait connaissance avec des entraîneurs de renom qui dorlotaient leurs joueurs étoiles.

À l’époque où il était gérant des Tigers de Detroit, Sparky Anderson lui avait raconté comment il gérait son as lanceur Jack Morris. Jacques savait aussi comment l’entraîneur en chef des 49ers de San Francisco, Bill Walsh, s’y prenait avec son célèbre quart Joe Montana.

Pour lui, il était normal que Patrick Roy ait droit à un traitement à la hauteur du rôle qu’il jouait avec le Canadien. Il s’asseyait avec lui pour établir l’horaire de ses matchs. 

Or, il n’était pas question pour Mario qu’il poursuive cette pratique. Dans son esprit, il était payé pour diriger et Patrick pour jouer.

Je me suis toujours demandé ce qui serait arrivé si Ronald Corey n’avait pas été assis derrière le banc du Canadien, ce soir-là. Mais probablement que c’est à Tremblay que Roy aurait annoncé qu’il venait de jouer son dernier match avec l’équipe.

Qui est coupable à la fin ?

Ronald Corey pour avoir embauché deux hommes sans aucune expérience comme directeur général et entraîneur en chef. Réjean Houle pour avoir réagi trop vite. Mario Tremblay pour avoir laissé Patrick Roy trop longtemps devant le filet et Patrick Roy pour avoir perdu le contrôle de ses émotions.

Le plus grand drame aura été de voir partir un autre grand joueur du Canadien dans la tourmente.