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Le sculpteur de papier

Lafortune en papier
Photo courtoisie Marika Lapointe Tanya Lapointe part à la rencontre de l’animateur et artiste visuel Claude Lafortune dans le long métrage documentaire Lafortune en papier.

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Pendant les deux années qui ont précédé la mort de Claude Lafortune, la réalisatrice Tanya Lapointe a accompagné le célèbre animateur et artiste visuel dans son atelier ainsi que dans divers événements et expositions de ses œuvres en papier. Elle a tiré de ses rencontres avec lui un documentaire intimiste, Lafortune en papier, qui sera présenté cette semaine en première mondiale au Festival du film de Whistler, en Colombie-Britannique. Le Journal s’est entretenu avec elle. 

Le décès de Claude Lafortune en avril dernier a provoqué une onde de choc au Québec. Pourtant, ses émissions les plus connues – L’Évangile en papier, Parcelles de soleil – remontent à plus de 30 ans. Pourquoi a-t-il tant marqué les gens ?

« Il avait une présence et une douceur qui étaient uniques à la télévision québécoise et canadienne. Ses émissions étaient aussi empreintes d’une grande humanité. Il faut savoir qu’à cette époque, il y avait seulement deux ou trois postes de télévision en français et, à la maison, si tu voulais regarder quelque chose le dimanche matin, tu regardais Claude Lafortune. Il y avait une vraie rencontre avec les Québécois devant leurs téléviseurs. Claude était un incontournable de la télévision. »

Vous n’aviez pas encore terminé le tournage de votre film quand Claude Lafortune a été emporté par la COVID-19 au printemps dernier à l’âge de 83 ans. Comment avez-vous réagi ? 

D’abord, j’ai été sous le choc parce qu’il était devenu un ami pendant les deux années où j’ai eu la chance de le côtoyer. J’avais l’intention de faire encore quelques jours de tournage avec lui, mais j’avais déjà amassé assez de matériel pour terminer mon film. Pour moi, c’était très important de faire ce film quand même, pour lui rendre hommage. 

D’où est née l’idée de réaliser un documentaire sur Claude Lafortune ? 

« J’avais déjà rencontré Claude durant mon ancien travail de journaliste culturelle [à Radio-Canada]. En février 2018, il est entré en contact avec moi sur Facebook. J’ai fait le saut parce que je n’avais pas entendu parler de lui depuis longtemps. Il avait 81 ans à ce moment-là. J’ai trouvé ça tellement touchant. Il m’a envoyé une de ses créations pour une exposition qu’il faisait à Nicolet. Ça m’a fascinée de voir qu’à 81 ans, il avait encore la même passion pour faire ses œuvres. Il m’a invitée à son atelier. On a discuté de son art, de culture, de politique. Je lui ai proposé de faire un documentaire sur lui. Il m’a dit : je ne suis pas Céline Dion, je ne suis pas très glamour. Il s’est donné du temps pour y penser et il a fini par accepter. »

Le film prend plus la forme d’une rencontre avec Claude Lafortune que celle d’un documentaire classique. C’était voulu dès le départ ?

« Quand j’ai dit à Claude que je voulais faire un documentaire à son image, c’était important pour moi d’adopter une approche humaine. Je sentais une grande responsabilité sur mes épaules : je racontais la vie de Claude. »

La plupart des gens se souviennent de lui pour son émission L’Évangile en papier. Mais on sent dans le film qu’il aurait aimé davantage être reconnu comme un artiste visuel, un sculpteur de papier...

« Il y a plein de gens qui vont dire : ah ! un documentaire sur le bricoleur. Mais l’objectif du film, c’est justement de montrer que Claude était d’abord et avant tout un artiste. C’était aussi important pour moi de souligner son implication sociale. Dans son émission Parcelles de soleil, par exemple, il valorisait et faisait accepter la différence en recevant des jeunes qui étaient malades ou atteints d’un handicap. Il était un peu avant-gardiste pour cela. »

Vous avez réalisé deux documentaires depuis que vous avez quitté Radio-Canada en 2016. Vous avez aussi récemment travaillé comme productrice exécutive sur Dune, le prochain film de votre conjoint Denis Villeneuve. Comment envisagez-vous la suite de votre carrière ?

« J’adore travailler avec Denis et j’adore travailler sur ses films. Mais j’aime aussi réaliser mes propres projets, comme mes documentaires. Je n’écarte pas non plus la possibilité de réaliser un jour des films de fiction. »

À propos de Dune, que pouvez-vous nous dire au sujet du livre sur les coulisses du tournage du film que vous préparez en ce moment ?

« Le livre The Art and Soul of Blade Runner 2049, que j’avais écrit sur le tournage de Blade Runner 2049 [paru en 2017], avait eu un certain succès et avait été vendu un peu partout dans le monde. Le studio Legendary a eu l’idée de faire la même chose avec Dune. J’ai accepté avec bonheur d’écrire le livre et de partager notre expérience sur le plateau. La bonne nouvelle, c’est que le livre va être traduit en français chez Hachette. Je suis vraiment contente parce que celui sur Blade Runner n’avait pas été traduit. Le livre sera lancé en même temps que la sortie du film, en octobre 2021. » 


Le documentaire Lafortune en papier est présenté à compter du 10 décembre sur le site du Festival du film de Whistler. Le film peut être visionné en ligne partout au Canada.