/sports/hockey/canadien
Navigation

Comment Paul Wilson a calmé Patrick Roy avant son départ

Patrick Roy
Photo d'archives Dans une grande salle du Sheraton Laval, une meute de journalistes était au rendez-vous en cette fin de journée du 4 décembre pour entendre les premières paroles de Patrick Roy depuis les événements survenus 48 heures plus tôt.

Coup d'oeil sur cet article

« Veux-tu partir en bon gars ou en gars qui ramasse tout le monde et qui donne des coups de pied dans les poubelles ? »

• À lire aussi - Les débuts de l’ère de glace

• À lire aussi - CH: 25 ans de grande noirceur

• À lire aussi - La séparation se dessinait depuis la coupe de 1993

Paul Wilson était à l’emploi de la firme de communication National depuis sept ans lorsque Robert Sauvé, l’agent de Patrick Roy, l’a contacté pour gérer la sortie de son client.

Son mandat : conseiller le gardien de but sur la façon d’annoncer son départ de Montréal. Wilson, qui occupe aujourd’hui le poste de vice-président aux communications du Canadien, a rapidement compris que la tâche pourrait se révéler colossale.

« La première fois que je l’ai rencontré, il était en joual vert. Si ça n’avait été que de lui, ça aurait brassé en tabarnouche [lors du point de presse]. Plus je lui posais des questions, plus le ton levait. Ça revolait. Tu voyais qu’il avait été blessé », a raconté Wilson lors d’un généreux entretien avec l’auteur de ces lignes.

Pressé par le temps, ce dernier a rapidement placé Roy devant le dilemme de l’image qu’il souhaitait laisser derrière lui. Non sans d’abord avoir usé de psychologie.

« C’est un peu ça le rôle de conseiller : faire sortir le méchant pendant qu’on est entre quatre murs pour adopter une position plus réfléchie par la suite », a expliqué Wilson.

Éviter d’attiser le feu

L’expert en gestion de crise tient tout de même à souligner que c’est Roy qui a fait le cheminement vers cette approche plus posée. 

« Patrick, c’est un gars émotif, mais très intelligent. Il peut être prompt, mais il sait comment ça marche. Il a rapidement compris qu’il n’avait rien à gagner à jouer des bras. »

Patrick Roy
Photo d'archives

Aujourd’hui, quand on réécoute le discours de Roy, on réalise qu’il mentionne le nom de Réjean Houle, mais ne prononce jamais celui de Mario Tremblay. Une suggestion de Wilson, qui croyait qu’en demeurant vague sur les événements, les risques de ramener la confrontation avec Tremblay s’amenuiseraient grandement.

« Patrick étant Patrick, je ne voulais pas lui donner l’allumette alors qu’il se trouvait à côté de la botte de foin », a-t-il imagé. Et il avait vu juste.

« Si on avait utilisé une approche où on avait envoyé promener Réjean et Mario, je ne pense pas que le public aurait apprécié. Patrick est allé chercher l’appui du public en quittant de cette façon, a convenu Wilson. Avec le recul, je pense que tout le monde était sorti gagnant là-dedans. Tout le monde était dans de bonnes dispositions. Ça avait été bien géré des deux côtés. »

Patrick Roy
Photo d'archives

Époque dangereuse

Le plan avait beau être clair, il aurait pu dérailler à n’importe quel moment. Wilson se souvient à quel point il était nerveux dans la grande salle de l’hôtel Sheraton Laval en finalisant les préparatifs du point de presse. Lorsqu’en jetant un coup d’œil par la fenêtre donnant sur l’autoroute 15 nord, il s’est mis à penser qu’à l’intérieur de toutes ces voitures se trouvaient des gens qui regarderaient l’événement sur leur téléviseur, une heure plus tard.

« Il ne fallait pas que je me sois trompé dans mes conseils », a lancé Wilson.

« Je n’avais jamais vu autant de journalistes de toute ma vie. C’était la plus grosse affaire en ville. Les gens ne parlaient que de ça, s’est-il souvenu. Patrick avait été très sharp et avait fait preuve de beaucoup de classe. »

Patrick Roy
Photo d'archives

En poste chez le Canadien depuis août 2018, l’homme de 53 ans n’ose pas imaginer l’ampleur que prendrait une telle crise de nos jours. En raison de la présence des réseaux sociaux, Roy ne se serait peut-être pas contenté de seulement dire sa façon de penser devant Ronald Corey. Il aurait peut-être étalé ses états d’âme dans la Twittosphère.

« Il ne faut jamais agir sur le coup de l’émotion. C’est ça le danger aujourd’hui. Tu viens en maudit, tu écris quelque chose sur le coup de la colère. Si Pat avait eu Twitter à l’époque, il aurait peut-être écrit quelque chose le soir même. Là, on a eu quelques jours pour se préparer et penser à un plan. »

Ce qui lui a permis de partir avec l’opinion publique de son côté. 

4 jours en enfer      

« J’ai été là pendant huit ans. Ce fut sans aucun doute la crise la plus difficile que j’ai eue à gérer. Ce moment-là et le départ de Serge Savard, disons que ça faisait beaucoup en peu de temps. »

Bernard Brisset occupait le poste de vice-président communication du Canadien lorsque Patrick Roy a signifié à Ronald Corey qu’il venait de disputer son dernier match avec l’équipe. 

Les quatre jours qui ont suivi ont été un véritable enfer.

« Le monde entier appelait Réjean pour savoir ce qu’il se passait. Ça commençait à aller vite, a raconté Brisset, lors d’un entretien réalisé, il y a quelques semaines. Il avait déjà une assez grande expérience en communications. Il était habile. Par contre, c’était quand même la première fois qu’il était dans le feu, qu’il se trouvait dans la fournaise. À ce moment-là, il fallait s’assurer qu’il n’allait pas être submergé par tout ça. »

Deux prises dès le départ

Plus facile à dire qu’à faire. D’abord en raison du statut de Roy, l’idole de tout un peuple. Puis, en raison de l’annonce rapide (dès le lendemain) que la supervedette serait échangée au plus offrant.

Aussi bien dire que le directeur général du Tricolore faisait face à deux prises dès le départ. 

« Ça ne lui donnait pas beaucoup de temps pour se retourner. C’étaient des circonstances complètement folles, pratiquement impossibles à gérer », a indiqué Brisset. 

« A-t-il obtenu assez en retour de Roy et de Mike Keane ? C’est une question d’évaluation. Mais, malgré les circonstances, il avait tout de même réussi à aller chercher trois joueurs. »

Et comme Savard avait déjà jeté les bases de cette transaction avec Pierre Lacroix, avant son congédiement le 17 octobre, le plus facile était de se tourner de nouveau vers le directeur général de l’Avalanche. Sauf que, à l’exception de Roy, les joueurs impliqués dans le troc n’étaient pas les mêmes.

Une crise éclair

Roy était la deuxième grande vedette du Canadien à quitter l’organisation dans le tumulte en 11 ans. La retraite de Guy Lafleur, en novembre 1984 n’avait pas été prise de façon aussi fracassante, mais elle était également le résultat d’un conflit entre la direction et lui.

« Ce fut une crise majeure, possiblement la plus grande crise de l’histoire du Canadien, a soutenu Brisset à propos du divorce entre Roy et le CH. Mais, grâce à Réjean et Mario, qui ont bien manœuvré dans les circonstances, elle fut assez courte. » 

« Ils n’ont pas fait de bêtises ou de déclarations à l’emporte-pièce pour planter Patrick ou n’importe qui d’autre. Ça a été très admirable de leur part parce que ce n’était pas facile. Eux, par contre, se sont fait planter », a-t-il pris soin d’ajouter.

La crise aurait peut-être duré plus longtemps si le Canadien avait connu une mauvaise saison. Or, l’équipe avait tout de même récolté 90 points, après avoir amorcé la saison avec cinq revers. 

De plus, les festivités entourant la fermeture du Forum et l’ouverture du Centre Molson, prévues pour le mois de mars suivant, avaient incité tout le monde à passer à autre chose. Jusqu’à ce que Roy aide l’Avalanche à remporter la coupe Stanley six mois après la transaction. 

Le Canadien en trois temps      

AVEC ROY DEVANT LE FILET (1985 À 1995)

Patrick Roy
Photo d'archives

Séries  

  • 2 coupes Stanley      
  • 3 présences en finale      
  • 4 présences en finale d’association       
  • 1 élimination dès le premier tour      
  • 1 exclusion des séries      
  • Participation à 24 rondes de séries au total (sur possibilité de 40)            

Saison  

  • 3 saisons d’au moins 100 points      
  • 3 championnats de la division Adams      
  • 2 championnats de l’Association Prince-de-Galles      
  • 2 fois détenteur du 2e rang de la LNH            

PENDANT LES SAISONS DE ROY AU COLORADO (1996 À 2003)

Patrick Roy
Photo d'archives, REUTERS

Séries  

  • 2 éliminations dès le premier tour      
  • 4 exclusions des séries      
  • Participation à 6 rondes de séries au total (sur possibilité de 32)            

Saison  

  • Une saison de 90 points*      
  • 3e position de la division Nord-Est*      
  • 6e place dans l’Association de l’Est*            

* C’était au cours de la saison 1995-1996. Au moment du départ de Roy, le Canadien avait récolté 27 points en 25 matchs.


DEPUIS LA RETRAITE DE ROY (2003 À AUJOURD’HUI)

Patrick Roy
Photo d'archives, Getty Images

Séries  

  • 2 présences en finale d’association      
  • 6 éliminations dès le premier tour      
  • 5 exclusions des séries      
  • Participation à 18 rondes de séries au total (sur une possibilité de 64)            

Saison  

  • 4 saisons d’au moins 100 points      
  • 4 championnats de division      
  • 1 championnat de l’Association de l’Est      
  • 1 fois détenteur du 2e rang de la LNH