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Blanchiment d’argent: Québec doit cesser de tolérer l’intolérable

opinions - lettre ouverte - Jonathan Légaré
Associé directeur, V
Photo courtoisie Jonathan Légaré
Associé directeur, Vidocq
Membre du conseil d’administration, Transparency International

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Le Bureau d’enquête a récemment mis en lumière la tolérance de Loto-Québec envers la présence du crime organisé et le blanchiment d’argent dans ses casinos. Ces révélations font suite à d’autres reportages démontrant l’ampleur du phénomène du blanchiment d’argent au Québec, mais, cette fois, dans l’immobilier résidentiel.

L’équipe d’Enquête de Radio-Canada a, au printemps dernier, démontré à quel point il était facile de faire entrer de l’argent sale dans le marché immobilier montréalais des résidences de luxe.

En avril dernier, avec les révélations concernant la résidence Herron de Dorval, plusieurs découvraient avec stupeur ce que des initiés savent déjà depuis des années : la concentration suspicieuse de magnats de l’immobilier commercial ayant des accointances avec le crime organisé ou des antécédents criminels.  

Ce que peu de Québécois semblent savoir est que le phénomène du blanchiment d’argent bien de chez nous – appelé le snow-washing – fait grand bruit dans le Canada anglais, et particulièrement à l’autre bout du Canada. Une commission d’enquête est en cours, en Colombie-Britannique, pour traiter du blanchiment d’argent via les casinos et le secteur immobilier. 

  • Jonathan Légaré était à QUB radio pour en parler :

Près de chez nous

Ceux qui croient que le blanchiment d’argent est un problème théorique lointain qui a peu d’impacts sur leur vie ou leur communauté font fausse route. Les effets néfastes du blanchiment d’argent contribuent à la flambée des prix dans le secteur immobilier des grands centres urbains du Canada. 

De petits commerçants honnêtes, déjà éprouvés par la pandémie, doivent concurrencer à armes inégales les commerçants faisant illégalement gonfler leur chiffre d’affaires en lessivant de l’argent sale.

Au Québec, officiellement, l’appareil policier et le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) prétendent lutter contre le blanchiment d’argent.

Le rapport annuel 2019-2020 du DPCP faisait état de la confiscation de sommes d’argent et de la vente de biens provenant de produits de la criminalité pour une valeur de plus de 10 millions de dollars, soit une goutte d’eau dans l’océan. 

Un calcul basé sur les évaluations du Service canadien de renseignements criminels (SCRC) et de l’ONU nous permet d’estimer grossièrement que le blanchiment d’argent annuel au Québec pourrait osciller entre 7 et 20 milliards de dollars.  

Lueur d’espoir

L’écart entre ce que fait l’État québécois actuellement pour lutter contre le blanchiment d’argent et ce que l’on devrait faire est abyssal. Il y a parfois des lueurs d’espoir. Des irréductibles, comme le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), qui essaient, malgré l’apathie et l’incurie du système judiciaire et policier, de faire leur part. Des projets qui, comme le projet Collecteur de la Gendarmerie royale du Canada (GRC), nous font rêver du possible un instant. Toutefois, trop peu y travaillent et ceux qui y travaillent en font pour la plupart trop peu.

Comme le Royaume-Uni l’a fait récemment et ce que la Colombie-Britannique explore en ce moment, le gouvernement du Québec doit cesser de tolérer l’intolérable sous le couvert de la sempiternelle prospérité économique. 

Le prix réel, pour nos concitoyens et nos communautés, est trop grand pour que l’on continue à faire ce que l’on fait si bien. Ne rien faire. Nous sommes dignes d’une économie à la fois prospère et propre.  

Jonathan Légaré
Associé directeur, Vidocq
Membre du conseil d’administration, Transparency International Canada

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