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Les «tant qu’à y être» de Justin

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On estime que le déficit fédéral sera de 400 milliards pour l’année financière en cours. Ce n’est qu’une prévision, puisqu’une aggravation de la pandémie pourrait creuser un trou encore plus profond. Il va sans dire que le montant est colossal. 

Suite à l’annonce de cette nouvelle, des commentateurs sont presque noyés dans leur propre indignation. Je ne suis jamais tombé dans ce panneau, étant d’avis qu’Ottawa n’avait pas le choix d’agir fortement. Il aurait pu mettre la pédale un peu plus douce, bien sûr. Mais avec un déficit de 325 milliards, les critiques auraient été les mêmes.

Comme, par exemple, les critiques des conservateurs. De leurs banquettes d’opposition, ils demandent à ce que le gouvernement se fixe des règles claires quant aux déficits.

J’ai moi-même témoigné dans une commission parlementaire où Pierre Poilièvre demandait au gouvernement, en pleine crise, d’établir une espèce de plafond pour la dette, un peu comme aux États-Unis. 

Bien que tentante, cette idée ne tient pas la route puisque nous traversons un choc économique sans précédent. Prenez le Québec en exemple, où le gouvernement doit se conformer à la Loi sur l’équilibre budgétaire. 

Besoin de cibles

Maintenant que Québec a épuisé sa « réserve de stabilisation », il faudra fort probablement modifier la loi pour permettre des déficits supplémentaires. On peut aussi revenir à la crise financière de la dernière décennie. Le gouvernement du Québec avait aussi dû remettre à jour la Loi sur l’équilibre budgétaire pour traverser la crise. 

Cela ne signifie pas qu’on doive laisser Justin Trudeau dépenser sans compter sans le juger. Mais pour bien juger sa gouvernance, nous aurions besoin que le gouvernement se donne des cibles à atteindre, ce qu’il ne fait pas. 

Ottawa rétorque que la situation est trop instable pour établir des cibles claires. J’accepte cet argument. Il faudrait donc qu’Ottawa nous fournisse des scénarios : le meilleur, l’intermédiaire et le pire. Comme ça, nous saurions jusqu’où il est prêt à aller pour soutenir financièrement les Canadiens, et dans quelles circonstances. 

La publication d’objectifs clairs aiderait les partis d’opposition à faire leur travail. Elle fournirait aussi au fédéral un puissant outil d’autocontrôle. Parce que présentement, Ottawa semble succomber à la tentation des « tant qu’à y être ».

Si vous avez déjà fait de grosses rénovations à votre maison, vous savez de quoi je parle. Vous savez que ça va coûter cher de toute façon, alors au fur et à mesure que le projet avance, vous ajoutez toutes sortes de petits extras « tant qu’à y être ». Et à la fin, sans vous en apercevoir, vous avez doublé vos coûts. 

Un régime universel d’assurance médicaments (qui empiète sur le programme québécois), tant qu’à y être. Des subventions pour les rénovations vertes (alors que les Canadiens n’ont jamais autant rénové), tant qu’à y être. Voilà la mentalité qui m’inquiète. 

Pendant ce temps

Pendant ce temps, toujours pas d’annonce quant à une bonification durable des transferts en santé pour les provinces. Celles-ci vivent pourtant une situation budgétaire précaire, elles n’ont pas la capacité d’emprunt d’Ottawa, et elles devront vivre avec les coûts de santé directs et indirects liés à la COVID même après la pandémie. 

Le gouvernement fédéral a bien aidé les provinces, avec l’accord sur la relance et en finançant des équipements de protection. 

On lui dit un gros merci. 

Reste que la portion fédérale du financement de la santé qui demeure virtuellement intouchée à ce jour est celle qui est permanente et pérenne : le Transfert canadien en matière de santé. C’est inacceptable.


♦ Jean-Denis Garon est professeur à l’ESG UQAM