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La culture en crise: «Ce n’est pas jojo»

La directrice artistique du Trident, Anne-Marie Olivier, a beaucoup de questions

Quebec
Photo d’archives, Stevens Leblanc Anne-Marie Olivier du Trident se demande ce que deviendra le théâtre lorsque la pandémie de COVID-19 sera terminée.

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Comédienne, auteure, metteuse en scène, codirectrice générale et directrice artistique du Théâtre du Trident, Anne-Marie Olivier se pose beaucoup de questions sur la suite des choses et la survie de son art. Elle croit que le monde du théâtre ne sera plus du tout le même lorsque la pandémie sera chose du passé. Entretien.

Vous avez vécu de belles émotions lorsque vous avez présenté quatre pièces avec du public. Puis, les salles de spectacle ont dû fermer à nouveau. Cette décision a dû être difficile à vivre?

«On savait que ça pouvait arriver, mais quand quelque chose est là, on ne veut pas que ça s’arrête. Ce fut aussi un coup dur pour les artistes qui s’étaient investis à fond. On avait passé l’été à organiser ce retour. J’étais découragée au début, mais je suis quand même contente, avec du recul, de l’avoir fait. On l’a fait et on peut le faire à nouveau.»

Comment vivez-vous cette deuxième fermeture des salles de spectacles?

«Nous sommes solidaires des décisions prises par le gouvernement, même si c’est difficile de comprendre pourquoi on a été fermés. On avait mis en place des affaires super sécuritaires et on en faisait même un petit peu plus que le client en demandait pour être sûrs qu’il n’y ait pas d’éclosion. Nous étions ouverts à d’autres mesures et je croyais que l’étape suivante était le port du masque durant les représentations. La décision de nous fermer à nouveau a été un coup dur.»

Quelle est l’ambiance en ce moment?

«C’est inquiétant. Je me demande quand nous allons nous sortir de tout ça. Les questions sans réponses sont nombreuses. Et on se dit, en même temps, que tant qu’on est en santé, qu’on peut manger et qu’on a un toit, que tout est correct, mais ce n’est pas jojo.»

Des comédiens ont choisi de quitter le milieu. Est-ce que le nombre est important?

«Il y a eu une vague durant l’été et elle s’est poursuivie cet automne. Il y a une dizaine d’artistes, à ma connaissance, qui sont retournés aux études. Ce n’est pas tout le monde qui le dit ouvertement. Des gens qui se sont inscrits à l’université ou au cégep dans des programmes menant à des emplois plus stables. Il y a une partie de ces gens qui ont plus de 50 ans. C’est quelque chose de dire à 50 ans, je change de branche ou j’ajoute une corde à mon arc. Le théâtre est déjà un milieu précaire et là, ça vient précariser davantage les travailleurs autonomes.»

Est-ce que les pièces présentées en webdiffusion et les balados vont demeurer?

«J’ai l’impression, s’il y a une après-crise, qu’il y a des initiatives qui vont demeurer. Il y a des trucs qui peuvent se faire, qui sont intéressants et on travaille là-dessus. Nos captations filmées et les audios, on va pouvoir les écouter à Rimouski, en Gaspésie, au Portugal et n’importe où. Ce qui est quand même intéressant par rapport aux contraintes habituelles des spectacles en salle que l’on fait. On perd d’un côté et on gagne un petit quelque chose de l’autre, mais ce n’est pas la même affaire.»

Que va devenir le théâtre?

«Est-ce que nous allons être fermés jusqu’au printemps ? Est-ce que le théâtre va disparaître? Est-ce qu’il va s’affaiblir, se transformer? Est-ce que les œuvres qu’on avait prévu de diffuser vont avoir encore de la pertinence dans ce monde qui est en train de changer à vitesse grand V? On n’a pas de réponse. C’est fou comment on peut aussi sentir, en restant enfermés, ce que le monde devient. C’est quoi le monde sans contact et sans rencontre? C’est avec les graines de réponses que l’on va pouvoir continuer à être pertinents, ouverts et à jour. J’ai hâte de voir ça va être quoi les autres possibles.»

BIO 

Nom : Anne-Marie Olivier 

Profession : Elle occupe, depuis 2012, les postes de directrice artistique et codirectrice générale du Théâtre du Trident. Anne-Marie Olivier est aussi comédienne, auteure et metteuse en scène.

Impact : Anne-Marie Olivier a écrit et joué dans plusieurs pièces. Elle a remporté le Masque du public et le Prix Paul-Hébert pour sa pièce Gros et détail, en 2005, et elle a reçu, en 2018, le Prix littéraire du Gouverneur général dans la catégorie théâtre avec sa pièce Venir au monde.