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Notre latinité? Non coupable!

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Capture d’écran, TVA NOUVELLES Christian Dubé

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Depuis le début de la pandémie, on se demande pourquoi le Québec est affecté aussi durement par rapport au ROC (rest of Canada).

Début novembre, par exemple, on dominait au Dominion quant au nombre de cas de COVID (45 %) ; et, plus tragique encore, quant à la mortalité (62 %). Le Québec, c’est à peine 23 % de la population canadienne.

Fin septembre, le ministre de la Santé Christian Dubé, à la télévision, émettait une hypothèse devenue célèbre : « Je pense qu’on a un côté latin. On aime faire le party ».

Les photos des rassemblements monstres de juin au parc des Cascades de Rawdon m’étaient alors revenues en tête et j’avais été séduit par l’« hypothèse latine ».

Identités multiples

Avec un sourire en coin, j’avais même, le 29 septembre, fait une petite chronique s’intitulant « Ce maudit côté latin ».

Je m’amusais à comparer notre côté nordique, discipliné, des premiers mois (confirmé par les données Google) et notre côté latin, « insouciant, festif », déchaîné par l’été 2020, particulièrement clément.

L’identité québécoise est multiple. L’historien Yvan Lamonde a suggéré cette équation : Q = – F + GB + (USA)2 – Rome (le Québec, c’est moins de France qu’on ne le pense, plus de Grande-Bretagne, plus d’États-Unis « au carré » et moins de cathos). Pratique ! Il y a toujours un aspect qu’on peut mobiliser en fonction du moment.

Varloper

On se fait toujours un peu varloper sur Twitter ; mais, cette fois-là, à travers le fiel, quelques remarques m’avaient semblé pertinentes.

« Indiscipliné, insouciant, festif » [...] Alors, être latin serait un motif de honte ! »

« J’imagine que les Grecs, Polonais, Tchèques, Slovaques, Israéliens, Néerlandais sont latins vu que leurs cas [montent] aussi. Mais bon, comme tout bon journaliste, tu dois pas lire l’anglais et voir ailleurs. »

Paf, dans la gueule !

Testée

Quoi qu’il en soit, cinq chercheurs (J.F. Daoust, E. Bélanger, R. Dassonneville, E. Lachapelle et R. Nadeau) ont récemment voulu tester l’« hypothèse latine », selon laquelle nous serions plus affectés parce que moins disciplinés.

Résultat : ce n’est pas le cas du tout !

Ils ont contrasté les réponses de Québécois et d’habitants du ROC à 13 vagues de sondages, à plusieurs moments et sur divers aspects : enclins ou non à appliquer les règles ? Or, les différences entre le Québec et le ROC sont insignifiantes.

D’ailleurs, sur le port du couvre-visage, après un départ lent, le Québec, à partir de la fin mai, y a adhéré massivement. À la fin juillet, il l’appliquait davantage que le ROC.

Dans leur texte, les chercheurs soutiennent que l’hypothèse de la semaine de relâche hâtive a été infirmée par certains de leurs collègues (autour d’Arnaud Godin de McGill).

La virulence de la COVID au Québec reste une énigme. Surtout que c’est ici que l’état d’urgence a été appliqué en premier, le 14 mars, notent les auteurs.

Mais les déficiences dans la préparation de la Santé publique et des phénomènes anciens affectant le système de santé (y compris les résidences pour vieux) « recèlent probablement des hypothèses potentiellement plus intéressantes » pour comprendre le fossé COVID entre le Québec et le ROC.