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On les met où, les pauvres?

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On les met où, les pauvres ? Dans les grandes villes, la question, brutale, se pose depuis des années. D’où le spectacle désolant du démantèlement, hier, d’un « campement » de sans-abri, jonché sur la rue Notre-Dame dans Hochelaga-Maisonneuve.

Ordonné par le service des incendies, le SPVM a hérité du sale boulot à faire in extremis avant que l’hiver frappe. Les campeurs seront envoyés dans des « lits » de refuges. De rares exceptions auront un logement – l’unique revendication des campeurs. 

Valérie Plante, mairesse de Montréal, a réagi en lançant la balle ailleurs : « L’itinérance, c’est provincial et le CIUSSS est en charge ». Pauvres de pauvres, pas de chance là non plus.

L’itinérance, c’est la pointe de l’iceberg de la pauvreté. C’est son visage le plus visible, le plus dérangeant. Or, la pauvreté, c’est multiforme. Il y a même des « working poor », comme disent les Anglais. 

Les nouveaux pauvres

Et des logements abordables ? Dans les grandes villes, il n’y en a plus depuis des années. Montréal ne fait plus exception. Ici aussi, les élus municipaux ont laissé les évictions de locataires se multiplier pour des propriétaires pressés de transformer leurs apparts en condos lucratifs. 

La peste de la spéculation immobilière et des Airbnb a fait le reste. Les « nouveaux » pauvres, ceux de la pandémie, atterrissent à leur tour dans ce même vacuum. D’où, aussi, les allées de plus en plus bondées des banques alimentaires. 

Et des logements sociaux, alors ? En octobre, après des décennies d’inaction, les paliers fédéral et québécois ont signé une entente de 3,7 milliards de dollars sur 10 ans. Une goutte dans l’océan. 

Et des services sociaux pour aider les pauvres, itinérants ou pas ? Des années d’austérité et de « réformes » Barrette les en ont affamés. Et des soins publics en santé mentale ? Aussi bien chercher un palmier à Kuujjuaq. 

Il faut se promener à Montréal, loin des quartiers chics, pour prendre la pleine mesure de la détresse qui s’y vit. Entre autres aux coins de Saint-Hubert et Sainte-Catherine, où se trouve un nouveau refuge, c’est à désespérer de la vie. 

La guerre perdue

En Occident, depuis l’ère néolibérale des années 80-90 portée par le duo Thatcher-Reagan, les écarts de richesse ne cessent de se creuser. La raréfaction des logements décents en ville en est une manifestation parmi d’autres. 

À Montréal, même la qualité des HLM existants dépend du quartier où ils se trouvent. Plus on s’éloigne du centre, plus leur vétusté saute aux yeux. Je n’oublierai jamais cette députée qui m’avait dit voir des résidents de HLM arriver dans son bureau avec des contenants remplis de punaises. Et les campeurs de la rue Notre-Dame ? Plusieurs finiront en refuge, où ils ne veulent pas aller. Réduits eux aussi à des « lits » de passage. Les intervenants de rue – des saints et des saintes – feront de leur mieux avec pas grand-chose. 

Le reste d’entre nous attendra le vaccin. Les élus, aussi. Plume le chantait crûment : « Les pauvres, quand ça va trop mal, ça s’tape sa photo dans le journal. Les pauvres, c’est bien achalant. » Tenez, comme des itinérants évincés de leur campement. 

Comme dirait l’autre, la guerre à la pauvreté est terminée et les pauvres ont perdu.