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En Allemagne, des bastions d’extrême droite parmi les zones les plus touchées par la COVID-19

Signe de la gravité de la situation, Angela Merkel est sortie de ses gonds mercredi devant les députés.
AFP Signe de la gravité de la situation, Angela Merkel est sortie de ses gonds mercredi devant les députés.

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Berlin | Dans une Allemagne frappée de plein fouet par la deuxième vague de la pandémie, des bastions d’extrême droite, opposés aux restrictions et sensibles aux thèses complotistes, figurent parmi les zones les plus touchées. 

L’Allemagne, bonne élève européenne lors de la première vague au printemps, éprouve les plus grandes difficultés, à quelques jours de l’hiver, à faire baisser le nombre d’infections, avec environ 20 000 nouveaux cas recensés chaque jour.

Elle a enregistré un nombre record de décès mercredi avec 590 morts.

Signe de la gravité de la situation, Angela Merkel est sortie de ses gonds mercredi devant les députés.

« Dernier Noël »

« Si nous avons trop de contacts maintenant, avant Noël, et qu’ensuite c’est le dernier Noël avec les grands-parents, alors nous aurons raté quelque chose », a-t-elle lancé.

La chancelière a plaidé pour des mesures plus drastiques, dont la fermeture des magasins non essentiels, des écoles entre Noël et la mi-janvier, et pour la réduction des contacts.

La situation est particulièrement alarmante dans les Länder d’ex-RDA, plutôt épargnés au printemps.

La Saxe est le cas le plus emblématique, avec un taux d’incidence le plus élevé d’Allemagne, atteignant mardi 319,4 pour 100 000 habitants, quand la moyenne fédérale s’élève à 114,2, selon l’institut Robert Koch.

Ce même Land avait placé en 2017 l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) en tête (27%), et donné au parti d’extrême droite son meilleur score fédéral . 

Une équipe de l’Institut pour la démocratie et la société civile, basée dans la région voisine de Iena, vient de lancer une étude sur la « corrélation statistique forte et très significative » entre vote pour l’AfD et intensité de la pandémie, a annoncé sur Twitter son directeur, Matthias Quent.

« Il pourrait y avoir des facteurs qui expliquent les résultats élevés de l’AfD et en même temps des valeurs d’incidence élevées », sans que cette corrélation soit le seul facteur explicatif, met toutefois en garde ce chercheur.

La proportion de personnes âgées et de familles nombreuses, la présence de travailleurs transfrontaliers ou encore l’organisation du système de soins, différente selon les Länder, influent aussi sur le dynamisme de la pandémie.

Parmi les partis allemands, l’AfD est cependant le seul à avoir affiché son scepticisme, voire son opposition aux restrictions. Ses députés ont rechigné dans l’enceinte du parlement à porter le masque, comparé à une « burqa pour tous » par un des leurs. 

Plus d’un électeur sur deux de l’AfD (56%) juge excessives les mesures de restriction, selon un récent sondage Forsa.

Et les passerelles sont nombreuses avec le mouvement allemand des « libres-penseurs », qui réunit dans des manifestations régulières un assemblage hétéroclite d’opposants aux vaccins, militants complotistes et sympathisants d’extrême droite.

« Corona-scepticisme »

Près d’un tiers de ces manifestants souhaiteraient voter pour l’AfD aux élections de 2021, révèle une étude pour le quotidien FAZ.

En Saxe, la situation sanitaire s’est tellement dégradée que les autorités ont annoncé mardi de sévères restrictions.

Dans des villes saxonnes comme Görlitz ou Bautzen, où l’extrême droite séduit plus d’un électeur sur quatre, le taux d’incidence avoisine les 400.

À l’inverse, dans la première ville du Land, Leipzig, en voie d’embourgeoisement et où la gauche a le vent en poupe, le taux d’incidence est proche de la moyenne fédérale, avec mardi 140,1.

Dans cette région, berceau du mouvement islamophobe Pegida, le « corona-scepticisme » trouve un large écho, y compris au sein du personnel médical ou parmi les décideurs économiques. 

La Saxe n’est pas la seule concernée par ce phénomène.

Le district de Regen, en Bavière, présentait ainsi mardi le taux d’incidence le plus élevé de toute l’Allemagne, à 578,7. Il avait aussi offert il y a trois ans son meilleur score en Bavière à la formation d’extrême droite, à plus de 16%.

En Rhénanie-du-Nord-Westphalie, la ville de Gelsenkirchen, où l’AfD a fait son plus haut score dans ce Land le plus peuplé du pays, l’incidence est trois plus élevée que dans la métropole proche de Münster (169 contre 56).

À l’inverse, les circonscriptions bénéficiant des taux d’infection les plus faibles, pour la plupart situées dans le Schleswig-Holstein (nord) votent à moins de 8% pour l’extrême droite.

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