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Éthique: Legault moins sévère que Charest

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On ne semble pas comprendre la notion de conflit d’intérêts au gouvernement Legault.

Ou alors on ne veut pas comprendre.

L’article 15 du code d’éthique et de déontologie est pourtant clair : «Un député ne peut se placer dans une situation où son intérêt personnel peut influencer son indépendance de jugement dans l’exercice de sa charge».

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Le deuxième rapport d’enquête de la commissaire à l’éthique Ariane Mignolet au sujet du ministre de l’Économie Pierre Fitzgibbon a révélé que ce dernier refuse de se départir de ses actions dans l’«entreprise A».

En faisant le récit d’un évènement, elle démontre que cela a déjà manifestement affecté son jugement.

Le 25 novembre 2019, elle le contacte au sujet de «l’entreprise A», qui avait fait une demande d’aide à Investissement Québec (IQ), qui relève de Fitzgibbon.

Ce dernier fait alors part de son intention de communiquer avec IQ «pour qu’elle refuse la demande de l’entreprise».

La commissaire lui indique alors «qu’il ne peut surtout pas intervenir ici à titre de ministre ; cela le placerait en situation de conflit d’intérêts».

Le ministre ignore l’avertissement et intervient quand même contre l’entreprise A!

Or, dans sa conférence de presse de mardi, il s’en vante, soutenant qu’ainsi, il s’était sauvé du conflit d’intérêts.

Le leader adjoint de la CAQ Éric Caire – surnommé jadis le «shérif» – reprit cette logique en chambre hier, félicitant son collègue d’avoir donné une instruction à IQ!

Mais voilà précisément le résultat d’un conflit d’intérêts : peut-être que l’entreprise A méritait une aide!

Charest

François Legault aimait bien descendre en flammes Jean Charest sur des questions éthiques. Il avait promis la «tolérance zéro» en ces matières. Pourtant, face à son ministre, il est moins exigeant que l’ex-premier ministre libéral.

Il a choisi de mettre tout son poids pour le défendre et accepter qu’il reste en infraction au code de manière durable, du moins jusqu’à ce qu’il «fitzgibbonnise» le code!

Dans des situations similaires, Jean Charest tenta aussi, certes, d’ajuster en coulisse les directives éthiques pour les membres de l’exécutif (les ministres) ; sorte de code qui, à l’époque, était uniquement une liste de principes issue du bureau du PM. (C’est une loi depuis 2012.)

Mais Charest, dans au moins deux cas s’apparentant à celui de Fitzgibbon, finit, pressé par des controverses, par placer ses ministres devant un choix clair : tu vends tes actions ou c’est la fin de ta carrière politique.

• David Whissell, alors ministre du Travail et important actionnaire de l’entreprise familiale d’asphaltage ABC Rive-Nord, choisit de démissionner.

• Pierre Arcand, qui détenait des parts dans l’entreprise de panneaux de publicité Métromédia, opta pour la vente. À perte.

Lorsque MM. Whissell et Arcand s’engagèrent en politique, les règles n’avaient rien de clair. Whissell eut même un blanc-seing du jurisconsulte pour conserver ses actions. Les règles évoluèrent au cours de leur mandat et, d’ailleurs, à la lumière de leur cas.

Un «chum»

Règles qui étaient en vigueur depuis six ans sous forme de loi lorsque M. Fitzgibbon entra en politique. Règles qu’aujourd’hui il a l’impudence de qualifier d’«obsolètes», l’arrogance de les ignorer. Et ce, avec l’appui du premier ministre.

«C’est gênant!», «un chum, c’est un chum», etc. : choisissez parmi les nombreuses expressions d'indignation qui sortaient habituellement de la bouche de M. Legault lorsque ses adversaires se retrouvaient dans des situations apparentées.