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L’homme qui apprend vite et bien

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Photo d'archives, Agence QMI Luc Brodeur-Jourdain va partager ses connaissances avec les membres de la ligne offensive des Alouettes, la saison prochaine.

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Le beau parcours de Luc Brodeur-Jourdain se poursuit. La semaine dernière, les Alouettes lui ont accordé une promotion en le nommant entraîneur de la ligne offensive. Mais l’homme demeure le même. Il accepte sa nomination avec grande humilité.

« Je suis un privilégié du sport », dit-il avec modestie.

Les événements se sont succédé à un rythme effréné depuis son retrait de la compétition. 

« Habituellement, un joueur qui se retire de la compétition doit traverser une période d’adaptation. Il a un deuil à vivre. Il doit réorienter sa vie », explique-t-il.

Brodeur-Jourdain n’a pas eu à s’interroger sur son avenir après son dernier match, en juillet 2019. Il est passé du rôle de centre au sein de la ligne à l’attaque au poste d’adjoint à l’entraîneur de cette unité, qui était alors occupé par Paul Dunn.

Il devait remplir les mêmes fonctions cette année sous la direction de
Marcel Bellefeuille, qui fut embauché en janvier dernier. Or, au mois de mai, Bellefeuille annonçait qu’il retournait à ses anciennes amours à titre d’entraîneur en chef des Gee Gees de l’Université d’Ottawa.

Son départ n’a pas été comblé tout de suite, la saison de la Ligue canadienne ayant été annulée en raison de la COVID-19.

Une question a suffi 

Brodeur-Jourdain n’a pas eu à passer d’entrevue. Danny Maciocia et Khari Jones lui ont simplement demandé s’il était prêt à relever le défi. Il n’a eu aucune hésitation. Ce fut oui sur-le-champ.

« Je dois beaucoup à Khari », dit-il.

« C’est lui qui m’a permis de commencer mon dernier match comme partant. C’est le genre d’événement qui ne s’oublie pas. »

Cette marque de confiance correspond bien à la personne qu’est Brodeur-Jourdain. Quand il entreprend un travail, il veut aller jusqu’au bout et réussir.

Footballeur de salon

Le football est entré dans sa vie sur le tard. Il n’avait jamais pratiqué ce sport avant sa deuxième année au CÉGEP de Saint-Jean-de-Richelieu. Il se destinait à une carrière dans l’électronique. Il se voyait comme ingénieur de son en musique et suivre des tournées dans les grandes capitales du monde.

Brodeur-Jourdain est curieux de nature. Durant sa jeunesse à Saint-
Hyacinthe, il démontait des appareils de radio pour en connaître le fonctionnement. Il voulait savoir comment le son sortait des radios de table ou à transistors, comme ceux que l’on voyait à l’époque.

Le football pour lui, c’était regarder le Super Bowl en mangeant des ailes de poulet avec son père et ses oncles. Il n’avait aucune notion du jeu.

Cheminement hors de l’ordinaire

Mais à partir du moment où il a commencé à jouer, sa curiosité et sa volonté de réussir lui ont permis d’assimiler les techniques de jeu.

« J’ai connu un cheminement atypique, convient-il. Des opportunités se sont présentées et j’ai su en tirer profit. Il y a toujours aussi une question de timing. »

De Saint-Jean, Brodeur-Jourdain est parti pour Québec, où il a poursuivi son apprentissage avec le puissant Rouge et Or de l’Université Laval. Il a contribué à trois conquêtes de la coupe Vanier.

De dernier à champion

Cependant, les recruteurs de la Ligue canadienne de football étaient loin d’être convaincus qu’il pouvait jouer dans les rangs professionnels.

« J’ai été “Monsieur Insignifiant” du repêchage de 2008 en étant le dernier joueur choisi », mentionne-t-il en riant.

« Je pense que Brendon LaBatte est le seul joueur de cette cuvée qui compte plus de saisons que moi dans la Ligue canadienne. Et il joue encore ! Il faut dire que LaBatte fut un choix de première ronde. »

Repêché au sixième rang, LaBatte a porté les couleurs des Blue Bombers de Winnipeg pendant quatre saisons avant de se joindre aux Roughriders de la Saskatchewan, équipe de sa province natale.

Mais Brodeur-Jourdain n’a rien à lui envier. En 11 saisons dans la LCF, il a aidé les Alouettes à remporter deux coupes Grey. De plus, il a été élu deux fois au sein de l’équipe d’étoiles de la division Est.

« J’ai su démontrer mes ambitions, mon désir de m’améliorer, ma polyvalence et ma durabilité », ajoute-t-il.

Un présage

Sans oublier sa soif d’apprendre. Brodeur-Jourdain assistait déjà à des réunions d’entraîneur quand il jouait.

« Les positions de centre, de quart-arrière, de demi de sûreté et de secondeur intérieur comportent des grandes responsabilités », explique-t-il.

« Ces joueurs doivent entretenir des liens directs avec l’entraîneur en chef et ses adjoints. Je ne parlais pas dans les réunions parce que mon mandat n’était pas de diriger. Je prenais des notes afin de pouvoir véhiculer le message à mes compagnons de la ligne à l’attaque. »

Pas de problème à diriger Matte

Son intégration au sein du personnel d’entraîneurs s’est faite en douceur.

« Considérant qu’il ne s’était écoulé que deux semaines entre mon dernier match comme joueur et mes débuts comme entraîneur, les coachs auraient pu dire : Pourquoi on l’écouterait, celui-là ?” », dit-il.

« Heureusement, j’ai eu la chance de tomber sur des types qui ont une ouverture d’esprit et une capacité d’écoute. Je ne pouvais souhaiter un meilleur scénario. Je suis reconnaissant. »

L’an prochain, Brodeur-Jourdain aura à superviser et à évaluer le travail de son ancien coéquipier et bon ami Kristian Matte, qui lui a succédé au poste de centre. 

Cette perspective ne lui fait pas peur. Il est persuadé que leur rapport n’en souffrira pas.

« On a franchi cette barrière il y a longtemps », enchaîne Brodeur-Jourdain. 

« Si vous questionnez Kristian, il vous dira que notre relation a toujours été très transparente. On ne se gênait pas pour échanger nos points de vue sur nos performances. 

« On se disait nos quatre vérités, mais ça s’est toujours fait dans un cadre professionnel. » 

C’est à l’image des deux bonhommes.