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Aires protégées: pourquoi le ministre de l’Environnement néglige-t-il le sud?

Foresterie
Photo courtoisie Vous ne transformerez pas le chien de garde qu’est le ministère de l’Environnement en chien de traîneau au service des extracteurs de ressources.

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M. Charette, vous ne transformerez pas le chien de garde qu’est le ministère de l’Environnement en chien de traîneau au service des extracteurs de ressources.

Esquivant ses engagements internationaux pour la sixième fois en presque trente ans, le Québec se prépare à rater de nouveau sa cible de doter son territoire d’un réseau d’aires protégées conséquent avec ses promesses. Son actuel objectif ? Protéger 17 % du pays d’ici le 31 décembre 2020.

Il a annoncé en fin de semaine la création d’impressionnantes aires protégées dans le Grand Nord. C’est bien beau tout ça. 

Mais, voyez-vous, le sens profond du projet québécois est de protéger 17 % de chacun des grands écosystèmes du Québec. Il y en a treize, de ces « provinces naturelles », depuis la frontière états-unienne jusqu’à l’Ungava. 

Menace réelle

Nous ne nous opposons nullement à ce qu’un pourcentage significatif du Grand Nord soit protégé, où seule l’industrie minière pourrait constituer une menace à moyen terme. Sauf que l’urgence la plus imminente pour assurer la conservation de territoires représentatifs encore naturels se retrouve au sud du 49e parallèle — où vit 97 % de la population — et plus particulièrement en forêt boréale. 

La menace réelle à la création d’un réseau représentatif des écosystèmes forestiers provient essentiellement du ministère des Forêts (MFFP), qui s’y oppose obstinément, allant même jusqu’à renier les consensus obtenus entre les représentants du gouvernement, les comités régionaux et les Autochtones... en 2016. En Abitibi, ces ententes auraient pu faire passer la proportion d’aires protégées de 7,3 % à 12 % du territoire. On peut présumer que le même scénario se reproduit dans les autres régions forestières du Québec. L’attitude du MFFP dans ce dossier n’est ni plus ni moins qu’une trahison à l’engagement international pris par le Québec, découlant de la Convention sur la diversité biologique tenue à Rio de Janeiro en 1992.

Pourquoi le ministre responsable de l’environnement, Benoît Charette, ne protège-t-il pas le sud ? Il proclame — tel un néo bonhomme Sept-Heures — qu’il ne « fermera pas un village pour la création d’une aire protégée ». Or durant les cinquante dernières années, au Québec, aucun projet de conservation n’a provoqué d’effets négatifs notables. Par contre, des localités forestières et minières comme celles de Gagnon et de Joutel ont été rayées de la carte. On ne peut pas dire non plus que les communautés de Malartic et de Lebel-sur-Quévillon profitent tellement de l’extraction des ressources naturelles avoisinantes. Leurs populations déclinent, selon les derniers recensements de Statistique Canada !

Lobby forestier

En réalité, le ministre Charette est en train de plier devant le lobby forestier et de capituler devant quelques hauts-fonctionnaires du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) qui semblent avoir fait le serment de mettre tout arbre des forêts publiques du sud à la disposition de l’industrie forestière. Tout juste, et pour le show, accordera-t-il quelques hectares de protection sur des marécages ou des boisés inaccessibles.

C’est pourquoi, aujourd’hui, l’Action boréale désire envoyer un message à monsieur Benoît Charette. Depuis vingt ans, notre mouvement a patiemment, assidûment, diligemment et bénévolement participé à l’élaboration d’un réseau d’aires protégées en Abitibi et au Témiscamingue : étude de terrains, constitution de documents, de mémoires, soirées informatives avec le milieu, consultations gouvernementales, et ce, avec tout ce que ça implique en termes de déplacements et d’autres frais. Tout ça pour aboutir à un plan d’aires protégées concret, proposé par votre propre ministère et favorablement accueilli ici, en région. Vous vous apprêtez maintenant à le rejeter de cavalière façon, trahissant ainsi votre rôle, votre mission !

Pas une pénalité

En ce cas, l’Action boréale envisagera de retirer son gant de velours qui recouvre sa main de fer et encouragera tous les organismes du Québec dédiés à la défense du bien commun à en faire autant.

Vous ne transformerez pas le chien de garde qu’est le ministère de l’Environnement en chien de traîneau au service des extracteurs de ressources.

Monsieur le ministre, une aire protégée n’est pas une « pénalité », comme vous l’avez qualifiée, mais un hommage à la vie sur Terre et aussi, une partie importante de l’héritage tangible que nous léguerons aux générations futures. 

Henri Jacob, président de l’Action boréale

Richard Desjardins, vice-président de l’Action boréale

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