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Petit éloge du politicien «professionnel»

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Il est de bon ton de nos jours de mépriser le politicien « professionnel » (PP).

C’est-à-dire celui ou celle qui n’a souvent pas exercé – ou peu exercé – d’autre métier avant d’entrer en politique. Qui multiplie les mandats. Bref, qui fera de la représentation politique, des rôles de législateur et de contrôleur de l’action du gouvernement le cœur de sa vie.

« Il n’a jamais rien fait d’autre ! » entend-on souvent pour dénigrer ces personnes toujours soupçonnées de manquer d’expérience dans d’autres sphères de la société.

Individualiste

Aussi, on lui reproche d’être trop ambitieux individuellement ; ou de s’enfermer dans la « bulle parlementaire » et d’en venir à perdre le contact avec la réalité-quotidienne-concrète-du-terrain-de-monsieur-madame-tout-le-monde.

On estime qu’il veut « le pouvoir pour le pouvoir » et non le pouvoir en vue d’améliorer le sort de ses commettants et de sa nation. Googlez le terme, pour voir. On tombe tout de suite sur un article français intitulé : « Le politicien professionnel ne veut pas votre bien ».

Ces soupçons ne sont pas totalement dénués de vérité. Il y a en politique des personnages – surtout ceux dont l’élection est quasi assurée – tentés par le parasitisme. S’accrochant à leur poste électif. Cyniques et croyant que tout leur est dû.

Vive le PP

Ils sont heureusement très rares.

Plusieurs PP sont, au contraire, très utiles. Je pense à Pascal Bérubé, notamment. C’est lui, mercredi, qui a réussi à aller chercher les réponses les plus signifiantes lors de la comparution d’Horacio Arruda en commission parlementaire. Notamment l’information cruciale au sujet de la fermeture des restaurants.

Pourtant, le chef parlementaire du PQ ne disposait que de 13 minutes. Ou peut-être est-ce justement la courte période qui l’a conduit à y aller chirurgicalement ?

Mais en l’écoutant, je me suis dit : c’est un métier, intervenir en commission ! Il faut savoir forger les bonnes questions (avec l’aide d’efficaces recherchistes, bien sûr). Et comme tout métier, il s’apprend.

Quel contraste avec certains autres élus d’élection récente, qui ne comprenaient manifestement pas l’exercice ! Un peu plus et ils demandaient candidement au directeur national de santé publique quelle était sa couleur préférée !

Dans la durée

Bérubé, que j’ai joint hier, rejette le terme de « politicien professionnel ». On le comprend. En bon politicien, il reformule d’ailleurs : « élu qui s’inscrit dans la durée ». Et rappelle que c’est toujours les électeurs qui choisissent. Dans son cas, c’est un cinquième mandat dans Matane-Matapédia. Il a été élu une première fois en 2007.

Notre système ne favorise pas tellement la très longue durée de type parasitaire, contrairement à d’autres à l’étranger (on pense à la France). L’Assemblée nationale du Québec se renouvelle d’ailleurs fréquemment, et ce fut le cas lors des dernières élections générales d’une manière sans précédent ou presque.

D’où l’importance, d’ailleurs, de conserver en son sein quelques « politiciens professionnels » à la mémoire longue. Leur expérience comportant plusieurs strates, ils ont pu approfondir leurs connaissances sur de nombreux « dossiers » clés et récurrents dans l’histoire du Québec.

Ils savent comment rester liés à leurs commettants (sans quoi ils ne seraient pas réélus) tout en développant une connaissance des rouages de cette antique (et fascinante) machine à digérer les débats de société et à produire des lois qu’est le Parlement.