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La magie des intérêts composés

Finance performance of return on investment ROI concept with arrow0523102019
Illustration Adobe Stock

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Déjà que les Fêtes passent au tordeur, inutile que je provoque une nouvelle déception, pensez-vous. Je m’en excuse, mais il le faut...

Comme les parents obligés un moment donné de reconnaître des années de mensonges en annonçant à leurs enfants l’inexistence du père Noël, je me dois de vous ramener à la réalité, les amis : la « magie des intérêts composés » est un mythe.

Je sais qu’on vous rabâche ce conte fantastique depuis des lustres. Je soupçonne les conseillers financiers de perpétuer ce folklore pour enrober leurs histoires beiges d’une aura surnaturelle.

Vous savez de quoi je parle. Pour nous encourager à épargner, les conseillers nous montrent un graphique qui grimpe de façon presque exponentielle et qui culmine, au bout de 30-40 ans, sur une fortune inimaginable.

« Tu vois ça, mon petit, c’est grâce à la magie des intérêts composés. Il faut en profiter tôt ! Ho ! ho ! ho ! » Il n’y a rien d’un enchantement ici, désolé.

Les intérêts composés, c’est quoi ?

Je ne nie pas l’existence de l’intérêt composé, c’est un phénomène bien réel en finance. En quelques mots, c’est lorsqu’on calcule de l’intérêt sur de l’intérêt.

Vous prenez une somme (le capital), vous la déposez dans un produit financier qui génère des intérêts, ce rendement s’ajoute après une certaine période au capital, sur lequel les intérêts s’accumulent de nouveau.

Prenons 100 $ qui fructifient à 4 % par année. Au bout de 12 mois, on se retrouvera avec 100 $ plus 4 $ en intérêts. Le rendement sera alors « capitalisé », comme on dit, ce qui fait que les intérêts du cycle suivant seront calculés sur 104 $.

À la deuxième année, ce capital bonifié produit 4,16 $ de revenus d’intérêts. On démarre donc la troisième année avec 108,16 $ qui généreront 4,32 $ pour un nouveau total de 112,48 $, et ainsi de suite (voyez la progression vertigineuse des intérêts).

Magique ? On pourrait parler d’un miracle si tout le reste de l’économie cessait de tourner exactement de la même manière.

L’inflation composée

Cette semaine, on faisait état de la hausse importante du prix des aliments. On anticipe une augmentation de 3 % à 5 % au cours de la prochaine année. Cela représentera une dépense supplémentaire de 695 $ pour une famille de quatre, dit-on.

Cette envolée, ce n’est pas en comparaison de ce qu’on payait il y a cinq ans, c’est par rapport à ce que nous coûtent les aliments en ce moment, dont le prix a déjà crû depuis 12 mois.

L’inflation est « composée » elle aussi, et on ne s’émerveille pas pour autant. Son impact fait en sorte que le panier d’épicerie nous coûte aujourd’hui 240 % plus cher qu’en l’an 2000. Sans des salaires qui augmentent aussi de manière « composée », on n’aurait plus les moyens de se nourrir.

L’évolution des prix de l’immobilier dans certains marchés est plus frappante encore. Pas un mois ne passe sans qu’on nous livre une nouvelle fournée de statistiques faisant état de fortes augmentations, toujours en référence aux prix de l’année précédente, lesquels étaient déjà gonflés en comparaison de l’année d’avant.

En l’an 2000, le duplex que j’habite (le haut) a été acheté 200 000 $. Une augmentation de 10 % de la valeur de l’immeuble aurait permis à son propriétaire de l’époque de le vendre avec un profit de 20 000 $ l’année suivante.

Le duplex a depuis été converti en copropriété. Le rez-de-chaussée « vaut » maintenant à lui seul deux fois et demie le prix payé pour tout l’immeuble il y a 20 ans. Une augmentation de 10 % de la valeur de cette seule unité représente maintenant une plus-value de 50 000 $.

Une chance que les rendements de nos placements sont composés, car on serait tous à la rue.

Une illusion

Alors, quelle est l’affaire ? Dans l’ensemble, l’évolution du coût des choses suit une trajectoire similaire à celle de ce petit pécule qui promet de se transformer en trésor sous l’effet « magique » de l’intérêt composé.

Si une modeste cagnotte ne nous permet pas d’acheter une maison aujourd’hui, le pactole qu’il deviendra dans 30-40 ans ne nous ouvrira pas pour autant les accès du marché immobilier, qui aura lui aussi augmenté.

L’intérêt composé est grandement surévalué. Quand un jeune commence à épargner, son effet est insignifiant. Il le restera sans l’apport d’un taux d’épargne important et d’un taux de rendement élevé.

Pas de magie. Juste des efforts et du risque. C’est moins merveilleux.