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Le 3e lien, tristement drôle

Mathieu Lacombe
Photo d'archives Le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe

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Un des moments parlementaires les plus tristement drôles de 2020 s’est produit vendredi lorsque le libéral Pierre Arcand a questionné le gouvernement Legault sur le troisième lien.

En version COVID, le Salon bleu ne peut recevoir plus de 37 des 125 élus. Aussi, aucun ministre des Transports (ni en titre, François Bonnardel ; ni délégué, Chantal Rouleau) n’était présent.

C’est le pauvre Mathieu Lacombe, ministre de la... Famille, qui fut contraint de tenter un semblant de simili réponse à la première question.

Celle-ci, adressée pourtant au premier ministre, était ultra simple : «Pourquoi, après plus de deux ans, son gouvernement est incapable de chiffrer et de préciser son projet?»

La suite illustra bien le désarroi du cabinet Legault face à son engagement imprudent de construire un tunnel Québec-Lévis. Rappelons qu’en 2018, la CAQ a promis de commencer à construire le troisième lien avant les prochaines élections de 2022.

«Ça bouge!»

M. Lacombe a commencé par dire que c’était un «projet de transport structurant» (qualificatif qui sied évidemment mieux au projet de tramway de Québec, mal aimé par la CAQ).

Semblant désemparé, il a soutenu sans (trop) rire que si ce type de question était posée, «c’est parce que ça avance, c’est parce que ça bouge, c’est parce que ça brasse et ça, quand ça arrive, c’est une bonne nouvelle. C’est parce qu’on n’est pas assis sur nos mains.»

M. Lacombe a raison, plusieurs choses bougent dans ce projet : d’abord le tracé. Et ensuite, les échéanciers. Comme l’a rappelé Pierre Arcand, ces derniers sont constamment reportés. En juin – pourtant en pleine COVID-19 –, le ministre Bonnardel avait promis de présenter le projet pour l’automne.

Combien?

La question est fondamentale : combien ça va coûter? Les défenseurs du troisième lien détestent souvent le projet de tramway, mais au moins, une enveloppe a été fixée.

Le tunnel Québec-Lévis ne fait pas partie des projets à «accélérer» dans la loi 66 adoptée hier tout simplement parce que ce n’est pas un projet. Rien n’est fixé : ni le tracé ni l’intégration avec le tramway et, évidemment, pas les coûts.

Dans ce flou, ça spécule follement. La semaine dernière, une radio de Québec soutenait que le gouvernement songe à reconstruire les bretelles de l’autoroute Dufferin afin d’en faire une sortie pour le tunnel. Oui, ces bretelles, inutiles, qui menèrent dans le cap jusqu’à leur démolition en 2006 au coût de dizaines de millions $.

Il s’agirait évidemment d’un mépris épouvantable pour le quartier Saint-Roch qui tente péniblement de se relever des saccages autoroutiers des années 1960.

Fait cocasse, c’est Jonatan Julien, ancien opposant au troisième lien du temps où il était un élu de Régis Labeaume, qui répondit à la question complémentaire d’Arcand.

Laquelle, aussi, était bien simple. Quelle sera l’excuse de la CAQ en 2021 pour repousser encore les échéances?

M. Julien, ministre des Ressources naturelles, promit que son collègue Bonnardel sera «rapidement» en mesure d’en livrer toutes les «données».

La question portait sur les excuses. Depuis mars, le gouvernement en avait une en or pour se débarrasser de ce projet insensé, qui pourrait coûter une dizaine de milliards de dollars : la pandémie. Celle-ci n’est pas encore terminée. Peut-être est-il encore temps de l’invoquer pour liquider cet engagement embarrassant?