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Dr Arruda et le principe de précaution (2)

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Si vous le permettez, je veux revenir sur ma chronique d’hier concernant le Dr Arruda et le principe de précaution, qui veut que lorsque la vie des personnes est en danger, il ne faut pas attendre un consensus scientifique pour agir.

« ON ÉTUDIE LA QUESTION »

Comme je l’écrivais hier, si l’on se fie à un texte que le Dr Arruda a cosigné dans une revue scientifique en juin dernier, notre Directeur de la santé publique n’est pas un grand fan du principe de précaution. 

Ce qui expliquerait peut-être pourquoi il tarde tant à agir en ce qui a trait au dossier de la transmission du virus par voie aérienne — dossier qui fait pourtant les manchettes depuis cinq mois.

« Nous sommes en train d’effectuer des études sur cette question, et notre rapport devrait être rendu public dans quelques jours », a dit le Dr Arruda jeudi, lorsque interrogé sur le sujet par un Gabriel Nadeau-Dubois très solide.

Or, en juillet dernier, 239 scientifiques tiraient la sonnette d’alarme. « Il est temps de s’occuper de la transmission aérienne de la COVID-19 », déclaraient-ils dans une lettre ouverte qui a fait grand bruit.

Voilà ce que ces scientifiques disaient au sujet du principe de précaution.

« La transmission par l’air de SARS-CoV-2 n’est pas universellement acceptée ; mais notre opinion collective est qu’il existe assez d’éléments probants pour appliquer le principe de précaution... »

En bon québécois : la situation est urgente, ce n’est pas le temps d’attendre un consensus scientifique pour agir, les preuves amassées jusqu’à présent sont suffisamment éloquentes, déguédinez, calvinse !

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LA MAISON EST EN FEU !

Or, que fait le Québec ?

On « effectue des études ».

C’est comme si ta maison était en feu et que ton voisin te proposait d’utiliser son extincteur.

« Oui, bon, merci, c’est gentil, mais avant de l’utiliser, j’aimerais effectuer des études pour voir s’il serait efficace chez nous... »

Euh... De kessé ?

J’ai interviewé l’épidémiologiste Nima Machouf au sujet de la réaction du Dr Arruda, et elle la trouvait incompréhensible. 

Quoi, l’avis de 239 experts n’est pas suffisant ? Le Québec est tellement distinct que les virus se comportent différemment chez nous ?

Il faut étudier comment ils voyagent DANS L’AIR DU QUÉBEC ?

Dans leur lettre, ces spécialistes disaient qu’il fallait en priorité « ventiler les lieux de travail, les écoles, les hôpitaux et les maisons de retraite, et installer des outils de lutte contre les infections tels que des filtrations de l’air de haut niveau ». 

C’est justement ce que veut faire la Fondation Jasmin Roy : recueillir des contributions du public pour acheter des purificateurs d’air pour les écoles.

Et qu’est-ce que les centres de service ont dit à monsieur Roy ? « Non, merci, on n’en a pas besoin... »

ON PREND NOTRE TEMPS

« La transmission aérienne n’est certainement pas le mode de transmission principal du virus, mais si on veut appliquer le principe de précaution, il faut ajouter le contrôle de l’air à l’arsenal sanitaire », a déclaré au Soleil la professeure Caroline Duchaine, directrice du laboratoire sur les bioaérosols à l’Université Laval.

Mais nous, au Québec, on « fait des études ».

Et en attendant les résultats, on dit aux profs d’ouvrir les fenêtres. 

Suis-je le seul à trouver ça aberrant ?

  • Écoutez l'entrevue de Richard Martineau avec Caroline Duchaine sur QUB radio: