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Les cascadeurs durement touchés

La pandémie de COVID a privé la métropole de nombreux tournages américains

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Photo courtoisie Thomas Liccioni a assuré la doublure de Michael Fassbender, alias Magneto, dans X-Men : Apocalypse.

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La pandémie donne un dur coup aux cascadeurs québécois. Habitués à dépendre des tournages américains dans la métropole, certains d’entre eux ont vu leur revenu annuel diminuer de 90 % pour l’année 2020.

La COVID-19, qui a paralysé l’industrie cinématographique et télévisuelle durant plusieurs mois, lui a coûté plusieurs contrats. À pareille date l’an dernier, le cascadeur cumulait 60 jours passés devant les caméras pour diverses scènes d’action. En 2020, le total de ses journées de tournage s’élève à... six. 

Et le Québécois n’est pas un novice. Depuis plus de 10 ans, Rodney Alexandre a été engagé pour des productions d’envergure telles que RoboCop, Death Wish, Mother ! et divers chapitres de la saga X-Men. Il a également doublé les acteurs Jamie Foxx, Trevante Rhodes et Kevin Hart, entre autres. Bref, il n’a pas l’habitude de manquer de travail en raison de son curriculum vitæ bien garni. 

Il ne le cache pas, l’idée de se réorienter – ou, du moins, de mener une autre carrière en parallèle – lui traverse l’esprit depuis le début de la pandémie. 

« J’ai 37 ans. Je ne veux pas être à la merci d’une industrie incertaine comme le cinéma pour gagner ma vie. Alors oui, je songe à retourner à l’école pour pratiquer un autre métier où, pandémie ou pas, l’argent va continuer à rentrer », avance-t-il. 

On estime à une cinquantaine le nombre de Québécois qui exercent le métier de cascadeur. Et ils ont tous ressenti les conséquences de la pandémie sur leur secteur d’activité. 

« Industrie incertaine »

Rodney Alexandre n’est donc pas le seul à s’être questionné au cours des derniers mois. Le cascadeur Stéphane Julien a connu, cet été, sa plus longue période creuse en 20 ans de carrière. Après six mois sans contrat, l’incertitude commençait à ronger la confiance – et les économies – de celui qu’on a vu dans Suicide Squad, 300 et Pet Sematary, entre autres. 

« C’est un métier qui n’offre pas de sécurité financière, alors on est habitués d’avoir des périodes plus tranquilles. Mais la pandémie, elle nous a tous pris par surprise. Et elle a frappé fort. Elle nous a enlevé un été de tournages, période où je fais habituellement la majorité de mon revenu », indique-t-il.

Quelques chanceux

Le téléphone s’est finalement remis à sonner à la fin de l’été. Après avoir terminé le tournage de Home Alone, à Montréal, Stéphane Julien se trouvait à Toronto, sur le plateau de la série américaine See, lorsqu’il s’est entretenu avec Le Journal.

« Je commence à rattraper le retard. Mais je fais partie des chanceux », précise-t-il. 

Ses paroles trouvent écho dans celles de Thomas Liccioni. Cascadeur et coordonnateur ayant doublé, entre autres, Leonardo DiCaprio (Le Revenant) et Michael Fassbender (X-Men), il raconte avoir reçu des appels de plusieurs collègues cherchant désespérément des contrats au cours des derniers mois.

« La majorité des cascadeurs québécois dépendent des productions américaines, alors la pandémie a fait mal à beaucoup de gens dans notre milieu. Et ce n’est pas encore terminé. Est-ce que la situation va un jour revenir à la normale ? On ne le sait pas. L’avenir est très incertain pour nous, en ce moment », laisse-t-il tomber.  

La capture de mouvement comme bouée  

Alors que le cinéma et la télévision étaient encore paralysés par la pandémie, certains cascadeurs ont trouvé une véritable bouée de sauvetage en la capture de mouvement l’été dernier. 

« C’est ce qu’il y a de plus safe », assure le cascadeur Thomas Liccioni. 

La capture de mouvement, communément appelée « motion capture », est une technique permettant d’enregistrer les mouvements du corps humain afin de les transposer sur les personnages de films ou de jeux vidéo.

« On est cinq ou six dans une immense salle et on peut tout faire sans jamais avoir à se toucher. En plus, comme ce sont nos corps et non nos visages qui sont utilisés, on peut travailler avec un masque toute la journée », explique Thomas Liccioni.

En plus de réaliser des cascades pour le cinéma et la télévision, Stéphane Julien a donné vie à des personnages de Splinter Cell ou encore d’Assassin’s Creed grâce au « motion capture ».
Photo courtoisie
En plus de réaliser des cascades pour le cinéma et la télévision, Stéphane Julien a donné vie à des personnages de Splinter Cell ou encore d’Assassin’s Creed grâce au « motion capture ».

Même son de cloche du côté de Stéphane Julien. Habitué des séances de motion capture, il a donné vie, par le passé, à divers personnages des populaires sagas Assassin’s Creed, Far Cry et Splinter Cell, entre autres. 

Milieu saturé

Mais cette bouée, ils ont été nombreux à vouloir s’en emparer durant les derniers mois, faisant du motion capture une industrie saturée. Thomas Liccioni raconte avoir été inondé de demandes de la part de cascadeurs désireux d’offrir leurs services pour les tournages de jeux vidéo. 

« Tout le monde voulait en faire, alors l’offre est devenue beaucoup plus grande que la demande. Je suis chanceux d’être dans ce milieu depuis plusieurs années, ça m’a permis de travailler en l’absence de tournages pour la télévision ou le cinéma », explique-t-il. 

Thomas Liccioni s’est ainsi occupé à travailler sur The Outlast Trials, nouveau chapitre de la série d’horreur attendu l’an prochain, et sur un autre projet d’envergure dont il doit, pour l’instant, taire le nom. 

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