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Décès de Pierre Lacroix : bon vendeur, fin négociateur

GEN-Guy Lafleur au lancement de son vin qui porte son nom
Photos d'archives Vincent Damphousse a pu compter sur l’expertise et le soutien moral de Pierre Lacroix lorsque ce dernier était son agent.

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Pierre Lacroix travaillait au service des relations publiques de la brasserie O’Keefe à mes débuts dans le journalisme. C’était à l’époque où Molson, O’Keefe et Labatt commanditaient tout ce qui touchait au sport, en commençant par le Canadien, les Expos, les Nordiques et les Alouettes.

Les trois grandes brasseries étaient présentes partout dans la province.

Vous pouviez être sûr de tomber sur un représentant de l’une des trois brasseries, que vous alliez à la Traversée du lac Saint-Jean, à une course de stock-car, à un match de hockey ou de baseball junior, aussi bien qu’à un tournoi de golf, un tournoi fer, un tournoi de poches, un tournoi de dards, un tournoi de quilles, un tournoi de pêche, alouette !

Les Québécois n’avaient pas encore développé leur palais pour le vin.

Lacroix était dans son élément. Pas parce qu’il aimait la bière puisqu’il ne prenait pas une goutte d’alcool. La première fois qu’il a fait une entorse à son habitude, ce fut lors de la première conquête de la coupe Stanley de l’Avalanche, en 1996 à Miami. 

Et ce fut à peine s’il avait goûté au champagne.

La référence au Québec

Ce que Pierre connaissait, c’était la vente. Il avait fait ses premiers pas dans le domaine chez Raymond Sports, à Laval. Il s’est ensuite retrouvé chez O’Keefe, puis il a ouvert son agence de représentation d’athlètes.

Son premier client a été Robert Sauvé, suivi de Mike Bossy. 

Deux bonnes prises !

Plus tard, se sont ajoutés Patrick Roy, Vincent Damphousse, Pierre Turgeon et la plupart des autres grandes pointures du hockey québécois.

Damphousse avait 16 ans quand il a fait sa connaissance.

« Mon père lui avait demandé de nous rendre visite afin de lui poser des questions concernant mon contrat junior », raconte-t-il. 

« Il est devenu mon agent à partir de ce moment. Je me sentais à l’aise avec lui. »

Les agents de joueurs de hockey étaient peu nombreux au Québec à ce moment-là. 

Outre Lacroix, le plus connu était Bob Perno, qui travaillait pour l’écurie de Gus Badali. Agent numéro un du hockey de la fin des années 1970 à la fin des années 1980, Badali fut le premier agent de Wayne Gretzky et de Mario Lemieux. 

Quant à Perno, il s’est joint plus tard à l’équipe de Don Meehan avant de posséder sa propre agence.

Présent aux négociations

Damphousse raconte que Lacroix a contribué à deux grands épisodes de sa carrière. 

Le premier est survenu l’année de son repêchage dans la Ligue nationale. Il figurait parmi les meilleurs joueurs de la cuvée 1986. Ayant amassé 65 et 103 points à ses deux premières saisons avec les Voisins de Laval, il fut repêché au sixième rang par les Maple Leafs de Toronto.

Les cinq premiers choix furent Joe Murphy (Detroit), Jimmy Carson (Los Angeles), Neil Brady (New Jersey), Zarley Zalapski (Pittsburgh) et Shawn Anderson (Buffalo).

« Pierre ne faisait pas de cachette à ses clients. Il les emmenait avec lui quand il négociait leur contrat », raconte Damphousse.

« Nous avions rencontré les dirigeants des Leafs à l’aéroport de Dorval. C’est à ce moment que j’ai commencé à m’intéresser au côté affaires du hockey. Je voyais Pierre travailler. Il était patient et il apportait de bons arguments.

« Après deux heures de pourparlers, mon premier contrat était réglé. J’avais une entente de trois ans en poche. »

Agent persuasif

Les négociations se déroulaient différemment dans le temps. Un outil important manquait aux joueurs.

« Les salaires n’étaient pas divulgués, on ne pouvait donc pas mettre des comparaisons sur la table », rappelle Damphousse.

« Il fallait essayer de convaincre les gens avec qui on négociait. Mais Pierre était un homme confiant. Il était bon négociateur. »

Après cinq saisons à Toronto, dont une de 94 points, Damphousse fut échangé aux Oilers d’Edmonton en 1991. Il fit encore très bien en récoltant 89 points à sa première année dans la capitale albertaine.

« J’étais sans contrat à la fin de la saison et j’ai fait part de mon désir à Pierre que je voulais retourner chez nous. Je voulais jouer pour le
Canadien », relate-t-il.

« Ce fut le deuxième épisode le plus important dans ma carrière. Ça démontre l’influence qu’avait Pierre. Il était respecté à travers la ligue. »

Âgé de 25 ans, Damphousse était au sommet de son art. Il connut la saison la plus productive de sa carrière en 1992-1993 avec une récolte de 97 points. Le 9 juin 1993, il défilait dans les rues de Montréal avec la coupe Stanley.

De janvier à décembre

Lacroix était lui au zénith de sa carrière. Il était reconnu pour s’occuper de ses joueurs en tout temps. Quand l’un d’entre eux avait besoin de lui, il savait que Lacroix répondrait à l’appel.

« Sa clientèle variait toujours entre 25 et 30 joueurs », souligne Damphousse.

« Ça lui suffisait, car il voulait être en mesure de nous donner le meilleur service possible. Il était toujours disponible. »

C’était la raison pour laquelle il avait appelé sa compagnie Jandec, ce qui signifie janvier à décembre.

« Une atmosphère familiale régnait au sein de son entreprise », ajoute Damphousse. 

« Son épouse Colombe et lui nous réunissaient tous les deux ans pour passer du bon temps ensemble. »

Au revoir, Pierre.