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Lasclay: des mitaines isolées à l’asclépiade

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Loin d’être freinés par la pandémie, deux entrepreneurs de Québec viennent de lancer des mitaines isolées à la soie d’asclépiade, une fibre végétale chaude, écoresponsable et cultivée ici. Lasclay rêve de réaliser ce que plusieurs avant eux n’ont pas réussi à faire: rentabiliser la «soie d'Amérique».  

«À un moment donné, faudrait se lancer», se sont dit il y a quelques mois Gabriel Gouveia et Philippe Langlois, les cofondateurs de la jeune pousse Lasclay.  

La fibre de l’asclépiade, aussi connue sous le nom de soie d’Amérique, a de quoi séduire. En plus d’être naturelle, son exploitation soutient les écosystèmes et la survie des papillons monarques, pollinisateurs de la plante qui lui assure une reproduction à l’infini.  

Catherine Tétreault

Chaude, légère, résistante à l’eau et à l’humidité... Pas étonnant que les Premières Nations cultivent l’asclépiade depuis belle lurette pour se tenir au chaud l’hiver.  

Pourquoi donc se lancer maintenant? «C’est un drôle de mélange. Il y a une conjonction de facteurs comme la pandémie, l’intérêt de l’achat local et le nouveau joueur qu’est l’asclépiade. C’est un bouillonnement qui est arrivé à échéance», explique Gabriel Gouveia, diplômé en design de produits à l’Université Laval.  

Leur mission: démocratiser l'usage de l'asclépiade dans les vêtements hivernaux et remplacer les isolants moins écoresponsables. 

Sentiment d’urgence        

Au début de l’automne, les entrepreneurs sentent un engouement sans précédent pour leur produit à naître. Ils reçoivent alors pas moins de 6500 courriels de personnes intéressées à en savoir plus... avant même la mise en vente des mitaines.  

Devant un tel enthousiasme, difficile de comprendre pourquoi d’autres entrepreneurs ont subi des échecs retentissants.  

Petit retour en arrière.  

En 2016, Philippe Langlois découvre l’asclépiade en allant en cueillir au Lac-Saint-Jean. À cette époque, Protec Style est la principale filière de l’asclépiade au Québec. L’année suivante, elle déclare faillite, incapable de mécaniser la récolte et l’extraction de la plante. Deux mois plus tard, la nouvelle entreprise Monark Eco Fibre rachète les actifs de Protec Style, pour finalement tout abandonner en 2018. Naît finalement la Coopérative Monark qui regroupe une centaine de producteurs d’asclépiade. Début 2020, une dizaine de membres abandonnent la culture. Bref, une filière difficile à faire décoller.  

Philippe Langlois, co-fondateur de Lasclay.
Lasclay
Philippe Langlois, co-fondateur de Lasclay.

«Il y a eu beaucoup de marketing par le passé, mais le fait que ça ait échoué et qu’on s’installe dans le vide, on se retrouve dans un terrain déjà exploré», soutient Gabriel.  

«On sait ce que c’est lancer un projet, comment aller chercher l’attention des gens, explique Philippe, diplômé en design graphique à l’Université Laval. On a une vision très holistique du projet et on travaille en symbiose. On est une armée de deux personnes et on travaille 7 jours sur 7!» 

Gabriel Gouveia, co-fondateur de Lasclay.
Lasclay
Gabriel Gouveia, co-fondateur de Lasclay.

Popularité assurée?        

En septembre dernier, les cofondateurs prévoyaient fabriquer une centaine de paires de mitaines. L’intérêt des groupes véganes et proenvironnement ont légèrement fait changer la donne.  

«La portée organique sur les réseaux sociaux a super bien fonctionné, explique Gabriel. Ça a explosé un peu trop vite à notre goût. On pense en faire 1000 paires, peut-être 1500 d’ici janvier.» 

Le duo d’entrepreneurs s’est aussi donné comme objectif de démocratiser l’asclépiade et le prix d’achat des articles confectionnés ici.  

«On ne veut pas aller dans les 200$, 300$ par paire comme les Canada Goose, mais c’est certain que pour une paire de mitaines fabriquées au Québec avec un isolant récolté ici, ça va être plus cher», résume Philippe. 

Catherine Tétreault

Les entrepreneurs rêvent déjà à la suite, mais le risque du marché les force à rester terre à terre.  

«On se tire dans le pied si on développe des manteaux dès le jour 1. Les mitaines, on peut en faire plus, on peut aller chercher une clientèle rapidement et il y a moins de risques qu’un manteau», explique Gabriel.  

Confiants, les cofondateurs espèrent lancer une collection plus exhaustive l’hiver prochain. En vendant une bonne quantité de mitaines cet automne, ils espèrent amasser des fonds pour la recherche et le développement en 2021.  

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