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Pierre Lacroix et le GBS

Pierre Lacroix
Photo d'archives Très chaleureux, loyal, amical, drôle avec ses amis, Pierre Lacroix pouvait devenir très dur en affaires.

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Gros Pierre, comme on aimait l’appeler à ses débuts, était un homme attachant.

D’abord comme agent pour la brasserie O’Keefe et, à 24 ans, quand il est devenu un agent riche et puissant, dans les années 70, il a gardé un côté terre à terre qui le rendait sympathique. Même quand il noyait une information dans un déluge de commentaires vides.

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Ça lui arrivait quand il ne voulait pas préciser le montant d’un contrat dans les années qui ont précédé la divulgation des salaires. C’est l’incroyable contrat de Michael Bossy qui a ouvert les yeux aux gens du milieu du hockey. D’une claque, d’un seul contrat, Michael Bossy a envoyé aux orties les contrats que le grand Guy Lafleur avait pu signer dans sa carrière.

Malheureusement, Lafleur n’a jamais eu Pierre Lacroix comme agent.

RÉGLER LES CAS COMPLIQUÉS

Je peux affirmer sans me tromper que mon confrère Bertrand Raymond était un proche de Lacroix. J’avais une relation d’affaires moins personnelle. Mais j’ai passé des heures avec Pierre Lacroix à me faire expliquer quelques méandres des négociations du merveilleux monde du hockey. Il m’expliquait ce qu’étaient les rapports de forces et les coups fourrés. Et quand un cas complexe se présentait, c’est souvent lui que j’appelais. Avant que Gilles Lupien ne prenne la relève.

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Plus le cas était compliqué, plus Pierre Lacroix revenait au GBS. Nous sommes quelques chroniqueurs à avoir employé les « GBS » du gros Pierre pour comprendre une histoire emberlificotée : « Le GBS, c’est le Gros Bon Sens », expliquait Lacroix. Quand tu te fies au bon gros sens, tu peux toujours trouver un terrain d’entente où tout le monde va gagner », racontait-il pour justifier une décision.

Le problème, c’est que très souvent, le GBS penchait de son bord.

L’ÉCHANGE DE MATS SUNDIN

Quand Marcel Aubut a été assez tanné de se faire brasser dans les négos par Pierre Lacroix, il lui a donné rendez-vous dans un restaurant de Montréal. Et a fini par lui donner carte blanche. 

Lacroix a commencé par renier son grand ami Michel Bergeron en offrant le poste d’entraîneur à Marc Crawford. Bergeron a eu besoin de plusieurs années à se remettre de ce coup de Jarnac. Si ton ami et agent ne t’offre pas le poste de coach, personne au monde ne va le faire. Et Bergeron a compris qu’il ne serait plus jamais coach d’une équipe dans la Ligue nationale.

Ça explique un peu cette double personnalité de Pierre Lacroix. Très chaleureux, loyal, amical, drôle avec ses amis, le même homme pouvait devenir rancunier, mesquin et très dur en affaires. 

Il a réalisé de très belles transactions. Il a ramassé Patrick Roy sur un plateau d’argent dans les circonstances qu’on connaît. Et Claude Lemieux dans des circonstances un peu similaires.

Mais sa première transaction avec les Nordiques a été catastrophique. Il a échangé le grand Mats Sundin aux Maple Leafs de Toronto contre Wendel Clark. Un échange inexplicable. Mais Lacroix voulait tellement évacuer l’odeur de perdants dans le vestiaire des Nordiques qu’il faut lui donner une absolution. Après tout, un an et demi plus tard, il gagnait la Coupe Stanley avec Patrick Roy devant le but.

LACROIX ET GILLES LUPIEN

En 2000, quand j’ai replongé dans l’écriture de Lance et compte, j’ai fait de mon héros Pierre Lambert un agent de joueurs. J’ai passé plusieurs semaines à travailler sur le personnage. Compte tenu du caractère de Lambert dans la série, quel genre d’agent serait-il ?

J’avais eu de beaux modèles. Don Meehan, Norm Kaplan, Cookie Lazarus. Mais, surtout, il y avait eu Pierre Lacroix et son successeur, Robert Sauvé. Ils avaient réalisé de beaux placements, acheté et vendu de belles maisons pour leurs joueurs et négocié des millions par dizaines.

J’ai continué à gratter et à chercher. Un jour, chez le barbier Ménick, j’ai entendu une conversation entre Ménick et Gilles Lupien. J’ai entendu Lupien raconter les bagarres dans lesquelles il était impliqué pour que ses p’tits gars soient mieux servis et davantage respectés. Comment le grand était prêt à sacrifier une grosse commission pour que son client soit mieux traité.

Finalement, c’est Gilles Lupien que j’ai pris comme modèle. Les combines financières et le saut comme directeur général de Pierre Lacroix ne cadraient pas avec la dramatique.

Mais remarquez que Pierre s’en foutait. Il aimait profondément Colombe, sa femme, et ses enfants. C’était un homme dur en affaires, mais c’était encore plus un homme de famille.

Et un homme d’amis. Ils ont été chanceux et choyés.