/news/currentevents
Navigation

Procès de Gilbert Rozon: «C’est incroyable comme sentiment d’impuissance», dit la plaignante

Coup d'oeil sur cet article

«Je pense que ce mardi 15 décembre va rester un jour sombre pour toutes les victimes d’agression sexuelle», a déclaré la plaignante au procès de Gilbert Rozon, Annick Charette, à sa sortie de la salle d’audience.

L'ex-magnat de l'humour a été acquitté mardi après-midi des accusations de viol et d’attentat auxquelles il faisait face. 

  • Écoutez l'entrevue de Patricia Tulasne qui est membre du collectif «Les courageuses» avec Benoit Dutrizac sur QUB Radio:

• À lire aussi: Gilbert Rozon acquitté de viol et d’attentat à la pudeur

Voici sa déclaration complète   

Le mardi 15 décembre restera un jour sombre pour toutes les victimes d’agression sexuelle au Québec. Je suis un autre exemple des limites du système de justice en matière de violences sexuelles.

Je déplore profondément que les mythes et les stéréotypes d’une autre époque, qui ont largement étayé les arguments de la défense, aient pu trouver écho auprès de la cour. C’est un message bien négatif qu’envoie la justice aux victimes.

Un autre de mes constats aura été que le système judiciaire actuel ne met pas les victimes d’abus à caractère sexuel et leur bien-être au cœur de ses démarches. L’encourageant vent de changement que l’on ressent dans notre société ne se traduit malheureusement pas encore dans le parcours d’une victime dans le système de justice.

Ce système établit des attentes élevées au chapitre de la performance de la victime à travers le processus, et surtout à travers son premier témoignage. Il est indéniablement nécessaire que les victimes soient mieux accompagnées et informées, et ce, même avant de faire une première déclaration à la police. Les ressources financières et humaines manquent au sein des organismes de terrain comme le réseau des CAVAC et Juripop, qui font un travail capital.

Bien que je sois reconnaissante que les inspecteurs et procureurs qui m’ont accompagnée tout au long de cette croisade l’aient fait avec beaucoup de sollicitude, ce processus représente une tempête dans un univers inconnu qui ravive les traumatismes vécus et génère un fort sentiment d’impuissance. Plus que jamais aujourd’hui, j’ai espoir que d’autres options seront bientôt offertes aux victimes pour les aider dans leur processus de guérison, que ce soit par la médiation, la thérapie, la justice réparatrice ou la création d’un tribunal spécialisé.

En ce qui a trait aux milieux de la culture et des médias, ils doivent impérativement continuer l’important examen de conscience entamé. Les mentalités et les façons de faire doivent encore évoluer pour s’assurer d’offrir à tous ses travailleurs un milieu de travail sécuritaire, sans harcèlement ni violence. Ayant travaillé toute ma carrière dans ces milieux et aujourd’hui, en tant que secrétaire générale de la Fédération nationale des communications et de la culture (FNCC), je ne peux que constater que cette bataille n’est pas encore gagnée.

Je tiens à remercier la FNCC, en particulier sa présidente Pascale St-Onge, et Télé-Québec pour leur soutien indéfectible dans ce long parcours et je salue le cran des Courageuses qui, en dénonçant publiquement, ont amené des centaines de victimes à libérer leur parole. Elles m’auront permis d’aller jusqu’au bout.

Finalement, à toutes les victimes, j’aimerais vous dire ceci: n’ayez pas honte. La culpabilité que vous ressentez ne vous appartient pas. Malgré la déception d’aujourd’hui, je vous invite à dénoncer, peut-être qu’ainsi, les choses commenceront à changer.  

  • Écoutez la chronique de Caroline St-Hilaire à l’émission de Pierre Nantel sur QUB radio: