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L’autonomisme rabougri de Legault

Quebec
Photo Stevens LeBlanc François Legault admet qu’il préfère des transferts aux points d’impôt.

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Quand François Legault a fondé la Coalition avenir Québec en 2012, on comprit que l’ancien ministre péquiste troquait le souverainisme pour l’autonomisme.

Le virage fut plus clair encore en 2015, quand il fit changer le logo multicolore de sa nouvelle formation pour un logo tout bleu. La CAQ serait désormais résolument nationaliste, mais à l’intérieur du Canada.

Absolue

Dans la plateforme de 20 pages déposée alors, intitulée « Nouveau projet pour les nationalistes du Québec », le mot « autonomie » apparaissait 15 fois.

« En plaçant le principe de l’autonomie au cœur de son projet politique, la CAQ s’inscrit dans une lignée qui, au cours de l’histoire, a fait de la défense des intérêts vitaux du Québec une priorité absolue. »

« Absolue » : vous avez bien lu.

S’il y a une compétence où le Québec revendique son autonomie, c’est bien la santé. Or, la semaine dernière, au terme de la rencontre virtuelle des premiers ministres sur le financement du système de santé, l’autonomisme de Legault n’avait vraiment plus rien d’« absolu ».

Il a en effet ouvert clairement la porte à ce que le gouvernement Trudeau lui envoie des transferts, certes majorés, mais moyennant des conditions ! Autrement dit : je t’envoie des sous, à condition que tu les dépenses en conformité avec les objectifs que nous t’imposons ! Ici : soins aux aînés, assurance-médicaments et santé mentale.

Voilà qui contrevient à l’esprit du fédéralisme. Et même à la vision que prétendait défendre Justin Trudeau en 2015, avant d’être élu : « Les défis auxquels nous faisons face ne peuvent être résolus uniquement à partir d’Ottawa. Ils exigent un vrai partenariat entre le gouvernement fédéral et les provinces, et une vision qui respecte les compétences du Québec et de toutes les provinces. »

Points d’impôt

Comme 2015 paraît loin soudainement !

François Legault, à l’époque, toujours dans son fameux document à l’intention des nationalistes, soutenait que la bataille pour l’équité fiscale au Canada est loin d’être gagnée. « Le déséquilibre fiscal entre les provinces et le fédéral est encore bien réel, notamment en raison du poids des dépenses en santé. »

Que proposait la CAQ ? Le rapatriement de points d’impôt. C’est-à-dire « une libération accrue du champ fiscal occupé par le gouvernement fédéral ». Les Québécois enverraient tout simplement moins d’argent au fédéral, qui libérerait l’assiette fiscale. Le Québec ne serait pas aussi dépendant d’une « négociation » pour obtenir ses sous.

Dans les années 1960, le chef libéral Jean Lesage avait réussi à rapatrier plusieurs de ces « points » d’impôt.

Sur le plan conceptuel, cela est « plus cohérent avec le principe du fédéralisme », comme le notait à Qub, hier, le constitutionnaliste Patrick Taillon.

Sacrifier l’autonomie

Or vendredi, Legault a admis qu’il préférerait finalement des transferts aux points d’impôt. Raisonnement pour le moins curieux, de la part d’un « autonomiste ».

Pour quelques millions de plus à court terme, le gouvernement Legault sacrifierait ainsi « notre autonomie à long terme », signalait le professeur Taillon, qui doutait que le jeu en vaille la chandelle au bout du compte.

Au contraire, ce serait une manière risquée de cultiver une dépendance financière à l’égard d’Ottawa. Bref, à des années-lumière de l’autonomisme claironné d’il y a cinq ans.