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La plaignante garde la tête haute malgré l’acquittement de Rozon

Elle demande aux victimes d’agressions sexuelles de continuer à dénoncer

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Même si Gilbert Rozon a été acquitté, il ne faut pas que les victimes se découragent de porter plainte, a lancé la femme qui l’accusait de viol, malgré sa déception à l’égard du verdict rendu mardi.

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« À toutes les victimes, j’aimerais vous dire ceci : n’ayez pas honte. La culpabilité que vous ressentez ne vous appartient pas. Malgré la déception d’aujourd’hui [mardi], je vous invite à dénoncer, peut-être qu’ainsi, les choses commenceront à changer », a déclaré courageusement Annick Charette, au palais de justice de Montréal.

C’est avec la tête haute que la femme de 60 ans s’est présentée pour la première fois devant les médias, afin de commenter l’acquittement du fondateur de Juste pour rire, qui faisait l’objet d’accusations de viol et d’attentat à la pudeur pour un événement survenu il y a 40 ans dans les Laurentides.     

  • Écoutez l'entrevue de Pierre Nantel avec Sophie Gagnon, directrice générale de Juripop, sur QUB radio:    

 « Le mardi 15 décembre restera un jour sombre pour toutes les victimes d’agressions sexuelles au Québec, a dit celle qui a obtenu mardi la levée de l’interdiction de publication de son identité. Je suis un autre exemple des limites du système de justice en matière de violences sexuelles. [...] C’est un message bien négatif qu’envoie la justice aux victimes. »

Selon la version de Mme Charette, Rozon l’a violée à la suite d’une sortie dans une discothèque, vers 1980. Le magnat déchu de l’humour a trouvé un prétexte pour l’emmener dans une maison et lui faire des avances. La femme a refusé et sous l’insistance de Rozon, elle se serait débattue.

  • Écoutez l'entrevue de Patricia Tulasne qui est membre du collectif «Les courageuses» avec Benoit Dutrizac sur QUB Radio:

 

La plaignante est ensuite allée dormir, et c’est pendant son sommeil que Rozon serait entré dans la chambre pour la violer

Crédible, selon la juge

« L’analyse du témoignage démontre qu’elle est crédible : elle témoigne de façon honnête, sincère, sans biais et sans exagération », a commenté la juge Mélanie Hébert.

Sauf que Rozon, qui jurait avoir respecté le consentement, a témoigné en se plaçant en victime. Selon lui, c’est Mme Charette qui a profité de lui pendant qu’il dormait, ajoutant s’être « laissé faire » et avoir « accepté [son] sort parce que ça [l]’arrangeait ».

« Même si le tribunal ne croit pas la version des faits donnée par M. Rozon, celle-ci soulève tout de même un doute raisonnable », a expliqué la juge Hébert.

Ainsi, même si elle a rejeté les arguments de la défense qui tentait de dépeindre la plaignante comme étant « délurée » en se fondant sur des mythes et stéréotypes, elle a quand même acquitté Rozon. La juge a expliqué avoir ainsi suivi les règles de la justice, en reconnaissant qu’elles étaient à l’avantage des accusés.

Le système ne suit pas 

Photo AFP

« Le système judiciaire actuel ne met pas les victimes d’abus à caractère sexuel et leur bien-être au cœur de ses démarches, a pour sa part conclu Mme Charette, aujourd’hui secrétaire générale-trésorière de la Fédération nationale des communications et de la culture (FNCC–CSN). L’encourageant vent de changement que l’on ressent dans notre société ne se traduit malheureusement pas encore dans le parcours d’une victime dans le système de justice. »

Gilbert Rozon n’a pas commenté son acquittement, se limitant à un « merci, bonne soirée ».  

  • Écoutez La rencontre Dutrizac-Dumont sur QUB radio:    

Le magnat déchu de l’humour, Gilbert Rozon, était entouré de proches mardi, au palais de justice de Montréal. Il n’a pas voulu commenter son acquittement pour viol et attentat à la pudeur, à la suite du verdict rendu par la juge Mélanie Hébert.
Photo Pierre-Paul Poulin
Le magnat déchu de l’humour, Gilbert Rozon, était entouré de proches mardi, au palais de justice de Montréal. Il n’a pas voulu commenter son acquittement pour viol et attentat à la pudeur, à la suite du verdict rendu par la juge Mélanie Hébert.

Des réactions au verdict  

Photo d'archives

« Le tribunal rappelle que le verdict d’acquittement ne signifie pas que les incidents reprochés ne se sont pas produits. Il signifie tout simplement qu’il subsiste [...] un doute raisonnable quant à la culpabilité de M. Rozon parce que le ministère public ne s’est pas déchargé de son fardeau. »

– Mélanie Hébert, juge

Photo AFP

« Je déplore profondément que les mythes et les stéréotypes d’une autre époque, qui ont largement étayé les arguments de la défense, aient pu trouver écho auprès de la cour. C’est un message bien négatif qu’envoie la justice aux victimes. »

« Plus que jamais aujourd’hui, j’ai espoir que d’autres options seront bientôt offertes aux victimes pour les aider dans leur processus de guérison, que ce soit par la médiation, la thérapie, la justice réparatrice ou la création d’un tribunal spécialisé. »

– Annick Charette, plaignante

Photo AFP

« Dans toutes les causes, c’est impossible d’en arriver à une condamnation sans que la personne porte plainte. C’est important [de porter plainte], il n’y a pas de procès sans plainte. »

– Me Bruno Ménard, procureur de la Couronne